Instruire un enfant Asperger #3 : donner un cadre

Comme je l’évoquais notamment dans l’article Un rythme à part, la gestion de l’emploi du temps d’instruction d’un enfant ou ado autiste peut se révéler délicate. Il faut en effet jongler presque heure par heure avec la fatigue, le stress, les oppositions, mais aussi les imprévus, et les impératifs générés par l’environnement : les frères et sœurs, les rendez-vous, et… les conditions exceptionnelles.

Vous voyez sans peine où je veux en venir : les périodes comme celle que nous vivons actuellement (confinement, déconfinement, reconfinement, activités interrompues, changements impromptus dans les routines) sont des gouffres à énergie pour les jeunes autistes.

Chez nous, la rentrée a été très exigeante : reprise d’activités après plusieurs mois d’arrêt (cours de flûte et de formation musicale), mais aussi démarrage de nouvelles (Martin a commencé la chorale et l’escrime). Il a fallu reprendre le rythme que nous avions laissé de côté depuis début mars, reprendre l’habitude des cours à heure fixe, des trajets en bus, des temps d’attente, et cela a été très coûteux pour Martin. Il ne faut jamais oublier non plus que même si ces activités sont un plaisir pour lui, elles sont aussi source de fatigue et de certaines tensions (il faut faire des efforts pour compenser les difficultés, prendre sur soi pour dialoguer avec les autres, supporter les bruits, les contacts, communiquer efficacement…). En général, en sortant de ses activités, Martin est épuisé, physiquement et psychologiquement. Il est inutile d’espérer caser un temps d’instruction après une activité à l’extérieur : Martin a besoin de s’isoler et de se ressourcer. Il faut aussi prévoir que ces activités vont lui demander d’être en forme, et donc anticiper les temps de repos.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les périodes de confinement ne sont pas spécialement plus faciles à gérer pour les personnes autistes. Certes, il y a moins d’interactions directes, mais il faut s’adapter à un tas de pratiques nouvelles, tout en n’ayant plus le cadre habituel… La mise en place de cours en visioconférence est une chance, car cela permet de conserver un lien avec les professeurs, et de progresser dans la pratique musicale ou sportive, mais gérer le dialogue via webcam n’est pas toujours simple (surtout quand on sait que le téléphone est encore un instrument avec lequel Martin est peu à l’aise), ni le fait d’avoir cours dans un lieu qui n’est pas celui où il se déroule habituellement, sans compter que certains horaires ont été modifiés… Ne perdons pas de vue non plus que l’anxiété liée à la pandémie est bien présente.

« Jamais content », me direz-vous ! Eh bien oui, c’est compliqué, mais pour un autiste, c’est le quotidien. Tout ou presque s’envisage en terme de « quantité d’énergie » et de « niveau de fatigue », il faut tout peser pour en mesurer les bénéfices et les conséquences, positives ou négatives, et prendre des décisions en fonction des impératifs… Pas simple pour un enfant ou un ado, c’est souvent aux parents de le guider, de le protéger, de décoder pour lui tout ce que suppose tel engagement, telle activité, et d’anticiper les temps de récupération dont il aura besoin. C’est vers cette maîtrise et cette autonomie que nous essayons d’amener notre fils.

Mais en attendant de trouver un équilibre, et lorsque le quotidien est perturbé, il devient extrêmement difficile de garder un emploi du temps fixe. On compose, on s’adapte, on pare au plus pressé. Le risque est alors de prendre simplement les choses comme elles viennent, ne plus avoir de cadre. Or, ce cadre est nécessaire aux personnes autistes : il est en partie contraignant, mais il est aussi et surtout rassurant. Il donne des repères, une routine, permet de savoir ce qui va se passer ensuite, et cela est d’une importance capitale lorsqu’il est impossible de s’appuyer sur les repères habituels.

Tout le défi consiste donc à établir dans l’urgence un nouvel emploi du temps, qui tienne compte à la fois des impératifs (horaires des cours en visio, notamment, mais aussi temps de récupération et besoins des autres membres de la famille) mais aussi des possibilités et envies de Martin, afin qu’il reste motivé et puisse s’instruire dans de bonnes conditions, en ayant des repères rassurants et un cadre qui le guide dans les étapes de la journée et de la semaine. C’est à ce défi que nous nous attelons depuis une semaine : redonner un cadre, établir un nouvel emploi du temps, à la fois suffisamment « rigide » pour être rassurant, et suffisamment souple pour être adapté et ne pas devenir source de stress supplémentaire.

Côté parent instructeur, le challenge est non seulement de savoir s’adapter, mais aussi et surtout de ne pas culpabiliser. Car il faut être lucide, c’est souvent le temps d’instruction qui est raboté. On ne peut exiger d’un enfant épuisé qu’il se mette au travail. Nous avons la chance avec Martin d’avoir un enfant curieux, qui aime lire, et beaucoup de choses sont acquises par des lectures au lieu d’être vues de façon plus « formelle ». Mais évidemment, cela ne laisse pas la « trace écrite » chère à l’inspection. Il faut à un certain moment se positionner : savoir si ce qui nous importe est le bien être de notre enfant, ou de plaire à l’institution. Pour ma part, je suis tout à fait convaincue qu’un enfant qui va mal ne pourra pas être dans de bonnes conditions pour apprendre. De même, je pense que le rythme d’acquisition compte moins que les bons réflexes, les bonnes habitudes, et la qualité de vie. Si Martin met 3 ans au lieu de 2 pour atteindre un niveau de fin de 4e, peu importe. Il avance, il progresse, et il conserve le plaisir de découvrir. Tout en apprenant à prendre soin de lui, à écouter ses besoins et à connaître ses limites, ce qui lui sera essentiel dans sa vie d’adulte.

J’espère vous avoir donné un éclairage utile sur la situation, et sur l’intérêt de conserver un cadre tout au long de l’année (j’ai parlé du confinement, mais cela vaut aussi par exemple pour les périodes de vacances qui peuvent être angoissantes pour les enfants autistes, qui perdent leurs repères et ne parviennent plus à trouver une routine dans les journées trop improvisées). Bon courage à vous tous dans ces jours difficiles, prenez soin de vous et vos familles.

Instruction en famille ou « école confinée » ?

Bonjour à tous. 🙂

Depuis le 17 mars, nous vivons une situation sans précédent : tous les établissements scolaires sont fermés, et les enseignements se poursuivent à domicile, la plupart du temps avec l’aide de documents ou de cours en ligne.

Les groupes ief ont reçu énormément de nouvelles demandes d’adhésion venant de parents un peu perdus face à cet état de fait. Si certains parents instructeurs ont pu être assez véhéments (notamment en refusant que ces parents rejoignent les groupes ief), la plupart ont tenté de donner des conseils, de rassurer et de répondre aux questions. J’ai même lu certains messages très optimistes qui se demandaient si cette occasion offerte aux parents de découvrir la joie d’enseigner à leur(s) enfant(s) n’allait pas susciter des vocations et encourager certaines familles à se lancer dans l’ief.

J’ai tout de suite été assez dubitative sur ce point. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi, et vous dire pourquoi l’ief n’est pas comparable avec cette « école confinée » qui a pris le relais de l’école en présentiel.

1. L’ief est un choix

Les parents instructeurs ont beaucoup réfléchi avant de se lancer dans l’aventure de l’ief. Ils se sont renseignés, ils ont lu, discuté, ont pesé le pour et le contre, sont parfois passés par la case scolarisation avant d’opter pour l’ief. Ils ont posé des choix pédagogiques. Ils ont soigneusement choisi les supports d’instruction. Ils ont pensé leur rythme, leur emploi du temps, leur mode de vie et d’enseignement.

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Le fait de se trouver du jour au lendemain obligé d’instruire son enfant, sur des supports que nous n’avons pas choisis, avec un rythme et un programme qui nous est imposé, est bien éloigné de cette démarche. Si les supports, le rythme d’enseignement, le mode d’évaluation étaient imposés aux parents instructeurs, nombre d’entre eux renonceraient purement et simplement à l’ief. D’ailleurs, il est facile de s’en convaincre lorsque notre liberté pédagogique est menacée : la levée de boucliers est immédiate.

Avoir le choix de se lancer ou pas dans l’ief est un paramètre essentiel pour bien vivre cette aventure (d’autant plus en ces temps étranges où tous nos repères sont bouleversés). Ce n’est déjà pas une mince affaire que de mettre en place une instruction en famille sereine, qui convienne à tout le monde, qui « roule »… alors si en plus cela nous est imposé de façon brutale, il y a fort à parier que la contrainte et l’anxiété seront des obstacles difficiles à franchir pour parvenir à un résultat satisfaisant.

2. Se lancer du jour au lendemain dans l’ief est toujours délicat

Dans certains cas, les parents n’ont pas le loisir de se poser des questions : la situation exige une déscolarisation immédiate. Il peut s’agir d’une maladie, d’une phobie scolaire, d’une AVS absente, d’une souffrance de l’enfant… Ces situations sont toujours complexes, et il faut un temps plus ou moins long aux parents comme aux enfants pour que l’ief puisse réellement se mettre en place.

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Je ne parle pas que des détails matériels (oui, il faut un coin pour travailler, des manuels, un peu d’organisation), mais surtout de l’état d’esprit nécessaire pour que cette expérience soit agréable.

Ce qui est conseillé aux parents, en général, c’est de prendre du temps. De lâcher du lest, de ne rien (s’)imposer durant un certain temps, pour prendre le temps de mettre en place une instruction qui leur convienne réellement, et aussi, dans le cas où l’enfant était en souffrance à l’école, pour qu’il puisse retrouver le goût d’apprendre, le plaisir de se mettre au travail. Cette période peut parfois être assez longue, mais elle permet de ne commencer l’instruction que lorsque le parent et l’enfant sont prêts et motivés (et les progrès assez rapides permettent facilement de « rattraper le temps perdu »… même si ce temps n’est pas perdu, et qu’il n’y a au final rien à « rattraper » 😉 ).

Et en général, on ne parle là que d’un seul enfant. Il est rarissime qu’une famille soit contrainte de déscolariser au débotté plusieurs enfants. Or, c’est bien ce qui se passe ici : les parents de plusieurs enfants se retrouvent du jour au lendemain parents instructeurs multi-niveaux. Et ça, c’est autrement plus compliqué que de simplement assurer durant le temps des devoirs… (sur le sujet de l’instruction d’enfants sur plusieurs niveaux, voir ici.)

3. Le rythme de l’école n’est pas celui de l’ief

La question du temps que nous passons sur l’instruction (notamment formelle) de nos enfants revient régulièrement. Lorsque nous annonçons la couleur, on voit parfois (allez, souvent) des regards dubitatifs, catastrophés ou méprisants. Car non, nos enfants ne passent pas autant de temps à travailler que ne le font les élèves de leur âge. Enfin… en tout cas, ils ne passent pas autant de temps devant leurs livres et cahiers.

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J’explique : en classe, l’effet de groupe fait perdre du temps. Beaucoup de temps. Il faut entrer en classe, ôter son manteau, s’asseoir, sortir ses affaires, attendre le silence, commencer laborieusement à chercher la bonne page, attendre que tout le monde trouve ladite page, commencer à lire la leçon, répondre à 12 questions dont 7 ou 8 sans aucun rapport avec le sujet du jour, reprendre la lecture, demander de sortir le cahier d’exercices, attendre que tout le monde l’ait trouvé, ait noté la date et le titre, régler les histoires de stylos, règles, gommes oubliés/empruntés/perdus/prêtés, répéter, donner la consigne, expliquer, répéter la consigne, ré-expliquer, demander le silence, finir d’expliquer… je vous fais grâce de la suite, vous avez compris.

A la maison, il y a évidemment des interruptions, des minutes qui s’envolent on ne sait où, surtout lorsqu’on a plusieurs enfants, mais globalement, tout est beaucoup moins chronophage et bouclé beaucoup plus vite.

Pas besoin d’attendre que tout le monde fasse silence, pas besoin de répéter 5 fois la même chose, d’expliquer plusieurs fois, de faire 6 exercices identiques : on est en face à face, on voit tout de suite si notre enfant a compris la leçon, on répond uniquement à ses questions, on explique à nouveau seulement s’il n’a pas compris, si l’exercice est bien fait, pas besoin d’en faire un autre, on passe à la suite, on avance.

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Pour vous donner quelques chiffres : entre le CP et le CM2, on passe à peu près entre 2 et 4 heures par jour à travailler réellement. Je ne compte pas les lectures, les épisodes de « C’est pas sorcier ! », les observations, les jeux à l’extérieur, ni tous les apprentissages ancrés dans le quotidien. Et je vous assure que les regards réprobateurs dont je vous parlais au début sont sans fondement : le niveau de nos enfants est largement dans les clous par rapport aux enfants scolarisés.

Revenons-en à notre « école confinée » : j’ai été abasourdie par le temps que passaient certaines amies à assurer l’enseignement de leurs enfants. Entre les leçons, les exercices, les devoirs, etc, certaines passaient entre 4 et 6 heures pour tout boucler… Dans ces conditions, difficile de se dire que l’ief est une liberté et permet de respecter les rythmes de chacun ! Difficile aussi de croire que nos enfants peuvent avoir un enseignement de qualité et tout de même passer l’après-midi à jouer… Je pense que certains enseignants ont voulu « trop bien faire », ont craint de ne pas donner quelque chose d’assez complet. Mais la pression mise sur les familles a été lourde, et beaucoup se sont senties totalement dépassées par l’ampleur de la tâche. Loin de leur donner envie de regarder du côté de l’ief, cela a été une expérience traumatisante, stressante, et qui relevait davantage du chemin de croix interminable que de l’expérience enrichissante dont parlent les parents instructeurs…

Sans surprise, j’ai vu fleurir de très très nombreux « enseigner, c’est un métier, et à l’évidence, ce n’est pas le mien ». Alors oui, enseigner en classe à une trentaine d’enfants est un métier. Mais instruire son enfant ou ses enfants n’est pas hors de portée. En revanche, cela suppose comme dit plus haut de la motivation et de l’organisation.

4. « Etre en ief » ne signifie pas « ne pas sortir »

Contrairement à ce que pensent certaines personnes, les enfants en ief ne passent pas leur temps à la maison. Certes, l’instruction formelle se fait principalement à la maison, mais nous avons aussi une vie « normale », des activités, et tout un tas d’occasions d’être ailleurs que chez nous. Nos enfants pratiquent diverses activités (musique, sport, théâtre), ils font partie de clubs ou d’assos, ils vont voir des amis, ils font des sorties. Nous allons visiter des musées, des villes, d’autres pays parfois, des monuments, nous nous rendons à des expositions, des foires, des fêtes. Nous passons souvent pas mal de temps dans la nature.

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Vraiment, ce temps que nous vivons est aussi étrange pour les familles en ief que pour les autres : nous sommes nous aussi privés de nos repères, de nos lieux favoris, de nos amis.

Alors bien sûr tout ce qui tourne autour de l’instruction formelle est moins perturbé chez nous, mais toute l’instruction informelle et les loisirs sont mis sens dessus dessous aussi bien pour nous que pour vous. Et pour beaucoup de familles, habituées justement à sortir de chez elles pour vivre de nombreuses activités, ce temps est particulièrement délicat à gérer…

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Pour résumer, je dirais que ce qui induit peut-être les gens en erreur et les conduit à penser que l’ief et le mode d’enseignement assuré en ce moment sont comparables, c’est probablement le terme « école à la maison ».

  • Nous ne faisons pas « l’école » : à quoi bon reproduire le modèle de l’école ? Si nous avons opté pour l’ief, c’est justement pour vivre autre chose, pour ne pas être soumis au même rythme, aux mêmes procédés pédagogiques, aux mêmes méthodes d’évaluation… Vivre l’école chez nous n’aurait pas de sens, d’autant que ce qui caractérise l’école, c’est le groupe.
  • Nous ne sommes pas seulement « à la maison » : une grande part de notre façon d’instruire repose justement sur le fait de sortir, de rencontrer d’autres personnes, de vivre d’autres situations. C’est ce qui est au cœur de notre façon de transmettre : permettre que l’éducation, l’instruction et l’apprentissage ne soient pas déconnectés, ni cantonnés aux manuels scolaires. Chez nous, une des idées principales est de donner à nos enfants un goût pour la découverte et la culture, de leur montrer qu’on apprend toute sa vie, et dans toutes les circonstances.

*  *  *

J’espère avoir réussi à lever quelques ambiguïtés, et peut-être aussi à expliquer un peu aux familles scolarisantes pourquoi certains parents instructeurs sont irrités lorsqu’on leur annonce que toute la France « fait l’ief », et pourquoi en fait ce que vous vivez actuellement peut-être dans la douleur n’est absolument pas le reflet de ce que nous nous vivons au quotidien.

 

J’ai lu il y a quelque temps un article sur le blog « Heather Anne world » qui allait un peu dans ce sens. J’ai traduit (avec son aimable autorisation) son article, et je publierai donc cette traduction en complément à mon article, car son point de vue est intéressant et qu’elle y donne aussi quelques conseils à l’usage des parents confrontés à l’obligation de faire face à la fermeture des classes.

Edit : je ne l’ai pas mentionné dans l’article, mais je tiens à dire de façon très claire mon respect pour les enseignants. Nombre de mes ami(e)s sont ou ont été professeurs, et je sais que la plupart des enseignants sont des personnes passionnées et dévouées, qui mettent tout en oeuvre pour faire leur travail (et souvent bien plus que leur travail) le mieux possible. Comme je le disais, beaucoup d’entre eux tentent de transmettre au mieux aux élèves le nécessaire en cette période, et ils font un boulot formidable et rarement reconnu. Je tenais à le préciser, car notre choix passe parfois pour un acte manifestement « anti-scolaire ». Ce n’est en rien le cas. 😉

« LA » grande question

Ceux et celles qui pratiquent l’ief savent déjà sans doute quel sujet je vais aborder, et celles et ceux qui se posent sérieusement la question de sauter le pas sont certainement très préoccupés par cet aspect des choses, car c’est en général le premier « contre-argument » qui nous est opposé lorsqu’on parle d’école à la maison à des personnes qui n’ont pas fait ce choix, famille, amis, connaissances, boulanger, cousin du frère de la tante du charcutier…

Voici donc la fameuse question vedette qui plane sur l’ief et couvre de son ombre les discussions avec les non-iefeurs : quid de la socialisation ?

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J’avoue que c’est une question que nous nous sommes nous-mêmes posée, car notre décision au moment d’inscrire Martin à la maternelle était avant tout due au fait que nous ne sentions pas notre aîné « prêt » à s’intégrer dans un groupe. C’était un enfant assez solitaire, réservé, facilement déstabilisé par les changements (à l’époque nous n’avions aucune idée du fait qu’il était autiste, mais nous avions conscience de ces ressentis chez lui). Nous nous sommes évidemment demandé si, à terme, le fait de ne pas aller à l’école n’allait pas accentuer ces aspects de sa personnalité.

Pour tout dire, une fois que l’aventure est lancée, cette question (voire cette inquiétude) tombe vite. On constate rapidement que notre enfant n’est pas asocial, ni particulièrement en retrait, « sauvage », incapable de s’intégrer. Même pour notre jeune Asperger (dont l’aisance en société n’est pas la caractéristique principale, disons), aucune angoisse : il était bien, comme sa sœur, un peu timide, mais c’est une question de personnalité (petite remarque en passant : j’ai été scolarisée à 3 ans, et j’ai traîné durant toute mon enfance une timidité maladive). Dès qu’ils avaient quelques repères, ils étaient tout à fait à l’aise.

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La socialisation ne s’acquiert pas en côtoyant 4 ou 5 jours par semaine, durant 6 ou 8 heures, des enfants du même âge. Honnêtement, quand, dans votre vie d’adulte, avez-vous eu à vivre toute une journée avec 25 personnes nées la même année que vous, assis dans une même salle pour effectuer la même activité ?

La socialisation, c’est tout un ensemble de choses, mais certainement pas ça.

C’est connaître les règles nécessaires à la vie en société : la politesse, la courtoisie, le fait d’attendre son tour, de pouvoir s’adresser à quelqu’un de façon appropriée. Tout cela s’acquiert chaque jour, au sein de la famille, avec les frères et sœurs, au parc, à la bibliothèque, au supermarché, à la piscine…

Cela se travaille aussi tout naturellement lors d’activité de groupe : une sortie nature avec un guide, une conférence, un atelier découverte… De plus, les activités « extra-scolaires » sont aussi un lieu où les enfants rencontrent d’autres enfants, d’autres adultes, et interagissent avec eux.

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Alors oui, il convient parfois de se poser cette question, spécialement je dirais si l’on considère le cas d’un enfant unique, et/ou vivant dans un endroit assez isolé, où l’on a peu d’occasions de rencontres et de discussions.

Mais honnêtement, à moins que votre enfant ne vive reclus dans une cave (ou un grenier, le résultat est le même), l’argument de la socialisation ne me semble pas pertinent pour critiquer un choix d’instruction en famille. Il suffit en général de regarder évoluer ces enfants ou adolescents en société : ils sont pour la plupart très à l’aise, et absolument pas angoissés par le fait de se trouver en groupe. Un petit plus à noter : ils sont souvent plus à même de discuter avec des personnes différentes d’eux, que ce soit en termes d’âge, d’origines, de centres d’intérêts. Ce n’est pas une règle absolue (loin de là), mais il faut avouer que le fait même d’avoir reçu un mode d’instruction « atypique », d’avoir parfois été en butte soi-même aux préjugés de par ce choix de vie, amène une ouverture d’esprit et une bienveillance qui ne sont pas toujours de mise parmi les personnes qui ont toujours vécu selon un mode « traditionnel », davantage « main-stream », pourrait-on dire.

Ceci dit, si cela vous préoccupe, il existe beaucoup de moyens pour vous assurer que vos enfants ne seront pas isolés : les relais parents-enfants, les centres aérés, les cours d’éveil à… ce que vous voudrez (musique, cuisine, escalade, découverte de la nature…), les ateliers de lecture dans les bibliothèques, les sorties proposées par les associations et qui se font souvent en groupe (réserves naturelles, archéologie, musées…). De nombreux cours et stages sont accessibles et en général se font en groupe (musique, sport, etc). Enfin, l’arme ultime : les sports collectifs, pour ceux qui les apprécient.

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Concrètement, chez nous, ça donne quoi ?

Avec 4 enfants, vous vous doutez qu’aucun de nous ne se sent isolé… Les enfants ont développé des liens très forts entre eux : ils passent une grande partie de leurs journées ensemble, ils jouent ensemble, les plus grands lisent des histoires aux petits, jouent avec eux, leur apprennent un tas de choses. Ils s’apprécient et ont une grande complicité.

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Chacun d’eux s’est ouvert au monde à sa façon, à son rythme. L’un avec facilité et naturel, l’autre après un temps d’observation et avec davantage de prudence… Ils grandissent, ils avancent avec leurs envies et leur personnalité. Ils sont à l’aise dans un groupe, aiment rencontrer de nouvelles personnes. Les activités communes à l’église (groupes d’enfants, spectacles, repas) et au conservatoire (cours collectifs, chorale, danse) sont un plaisir pour eux.

Quant à Martin, il apprend lui aussi, il fait partie d’un groupe de jeunes à l’église (et a participé pour Noël au montage d’un spectacle de mime en groupe) et suit sans souci le cours collectif de formation musicale. Il a aussi manifesté son intention de rejoindre l’an prochain la chorale du conservatoire). Si la question de la socialisation d’un enfant Asperger en ief vous intéresse, je vous invite à lire mon article sur le sujet (clic).

Bref, pour conclure, et comme je l’ai lu sur plusieurs sites/blogs : la socialisation n’est en fait une inquiétude que pour ceux qui ne sont pas en ief. Une fois que la vie sans école a commencé, on se rend compte à quel point il est hypocrite et infondé de faire reposer la socialisation d’un individu, quel que soit son âge, sur la fréquentation d’un établissement scolaire.

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Je vous laisse quelques liens vers des sites d’assos ief et des blogs qui abordent cette question :

 

Bonne lecture ! 😉

Petit budget : où trouver des livres ?

Manuels, supports de travail ou de recherche, trésors d’aventure et d’émotions, notre chez-nous regorge de livres en tous genres. Evidemment, cela a un coût. Ayant un petit budget, nous avons au fil du temps trouvé quelques astuces pour limiter les dépenses sans (trop) nous priver…

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Acheter d’occasion

C’est une solution à la fois économique et écologique. Il faut savoir qu’il est possible de faire des économies substantielles, tout en achetant des livres en bon voire en excellent état, certains étant même comme neufs.

Pour trouver des livres d’occasions, de nombreuses solutions :

  • les librairies de seconde main, les bouquinistes, les ressourceries autour de chez vous
  • les librairies traditionnelles qui proposent aussi des livres d’occasion (par exemple Gibert, directement à Paris, ou en livraison, à 0,01€ dès 25€ d’achats)
  • les sites d’achat d’occasion (par exemple Momox-shop, qui livre gratuitement dès 15€ d’achats)
  • Emmaüs, qui propose dans presque tous ses lieux de vente une librairie où vous trouvez des livres pour quelques centimes, et qui propose désormais aussi un service en ligne (clic)
  • les vide-greniers, dont vous pouvez trouver la liste ici
  • les réseaux sociaux, groupes ief, forums, où vous trouvez fréquemment des offres d’autres parents/familles
  • les ventes de bibliothèques municipales, qui écoulent parfois une partie de leur stock à prix réduit

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Acheter neuf à petit prix

Certains sites, associations, organismes, proposent des livres à prix modiques. C’est le cas par exemple de l’association « Lire c’est partir« , qui propose des livres (et CD) jeunesse à partir de 0,80€. A la maison, nous sommes fans de « Biscotte et Compote« , une histoire de petites marmottes.

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Récupérer des livres (gratuits)

C’est le bon plan, mais nous sommes alors dépendants du coup de chance qui fera que les livres en question nous intéresseront.

Plusieurs façons de faire :

  • en parler autour de soi : annoncer qu’on est preneur de tout livre dont le propriétaire voudrait se séparer
  • guetter les propositions sur les réseaux sociaux ou forums : sur les groupes ief ou de vente de matériel pédagogique, il arrive que des dons soient proposés
  • fréquenter les boîtes à livres : dans certaines villes, on trouve des lieux d’échange gratuit de livres d’occasion, on y trouve parfois des pépites
  • traîner en fin de braderie ou vide-grenier : il est fréquent que les exposants donnent des livres invendus, ça peut valoir la peine de jeter un œil

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Emprunter

Le meilleur moyen de disposer d’un stock de livres important et varié est de fréquenter une bibliothèque. Evidemment, les villes sont souvent favorisées car elles disposent d’un budget plus conséquent et donc d’un fonds et de collections plus fournis. Cependant, certains villages ou petites villes ont la chance d’avoir une bibliothèque tout à fait correcte. De plus, certaines de ces structures travaillent en lien avec une bibliothèque ou médiathèque plus importante, qui lui prête régulièrement des ouvrages récents et peut faire des achats pour répondre aux demandes des abonnés.

Avantage non négligeable de l’emprunt (outre la variété) : il est possible de s’assurer avant d’acheter que le livre convoité plaît et correspond à nos attentes.

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Si vous avez d’autres pistes pour apaiser vos fringales livresques, n’hésitez pas à les partager ! 🙂

 

Où achetons-nous ?

Pour clore cet article, je vous partage nos petites habitudes en terme d’achats de livres.

  • Pour le neuf : n’ayant pas de libraire à proximité, j’achète en ligne sur le site de la librairie Decitre. C’est une bonne alternative au site controversé portant le nom d’un grand fleuve d’Amérique du sud : il s’agit d’une entreprise française, sérieuse, qui propose un envoi rapide et soigné, à 0,01€. Edit : j’ajoute une découverte récente : lalibrairie.com, groupement de libraires indépendants, proposant des tarifs de livraison très corrects. A tester ! 🙂
  • Pour l’occasion : nous nous fournissons essentiellement chez Emmaüs et sur le site Momox-shop. Il m’arrive aussi d’acheter dans des groupes ief.

Nous sommes par ailleurs des usagers assidus de notre petite bibliothèque associative, et du point d’échange installé à l’entrée du supermarché local, où nous déposons aussi régulièrement des livres. 🙂

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*Les photos ne représentent pas nos enfants, ce sont des images libres de droits.*

 

IEF et famille « nombreuse » : gérer plusieurs niveaux

Une question qui revient très souvent lorsque nous abordons la question de l’IEF est : « Comment fais-tu pour faire l’école sur 3 niveaux en même temps ? »

Un petit point sur notre quotidien, pour essayer d’expliquer un peu pourquoi ce n’est pas si compliqué, en fait !

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« En même temps » : oui… et non !

Je ne suis pas douée d’ubiquité, je ne fais pas tout en même temps (malheureusement !). Mais avec 2-3 astuces, il est possible de mener en parallèle plusieurs activités.

Tout d’abord, les emplois du temps ne sont pas identiques pour les 3 enfants. Rythme différent, matières différentes, activités différentes, tout cela permet de jongler et de se rendre disponible pour l’un, puis l’autre.

Il faut aussi garder en tête que les enfants n’ont pas tous le même âge : si le plus jeune a besoin de beaucoup d’accompagnement, les deux plus grands travaillent davantage en autonomie. Ils savent ce qu’ils ont à faire, peuvent choisir l’ordre qui leur convient, et n’ont pas besoin d’un retour immédiat sur leur production. Ils savent chercher un mot dans le dictionnaire, vérifier leurs calculs avec une calculatrice, et au besoin, on reprend l’exercice quelques minutes plus tard si vraiment ça bloque.

Le fait d’avoir plusieurs enfants est d’ailleurs le principal moteur d’autonomie chez nous, que ce soit pour l’instruction ou pour n’importe quel domaine de la vie : maman (ou papa) n’est pas forcément disponible tout le temps ni à la seconde, il faut s’adapter, patienter, se débrouiller…

Donc, non, je ne fais pas tout « en même temps », nous essayons de composer un puzzle où chacun peut avoir du temps et de la place, et où chaque membre de la famille avance, à son rythme, vers l’autonomie.

Concrètement : pendant que je j’explique la notion de maths à mon CP, ma CE2 lit sa leçon de géographie et commence ses exercices, et mon CM2 fait ses exercices de géométrie.

Il arrive aussi régulièrement que l’un des enfants s’occupe d’un plus jeune (garder le bébé ou jouer avec lui, lire une histoire à un plus petit, expliquer comment faire ceci ou cela) : l’autonomie grandit, en même temps que les compétences et la complicité.

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« 3 niveaux » : oui… et non…

Certains apprentissages sont personnels et là, le niveau joue, c’est certain. Je ne peux pas demander à mon CP de se passionner pour les fractions, ni à ma CE2 de se remettre aux lignes d’écriture… Il n’est pas question de tout faire ensemble, c’est évident.

Cependant, certaines activités se font en groupe, en participation libre parfois pour le plus jeune (il grapille ce qu’il veut, vient, repart, écoute d’une oreille, participe s’il le souhaite, tout me va tant qu’il ne perturbe pas les aînés). C’est le cas pour l’anglais (Martin et Joanne ont le même « niveau », et Paul-Elie s’y met sérieusement), l’histoire de l’art, l’instruction biblique, et les activités liées à nos fils rouges (l’arbre pour Paul-Elie, les continents pour Joanne, et l’eau pour Martin). On regarde aussi en famille les documentaires, on fait les sorties ensemble, on s’échange les magazines, on discute… Bref, il s’agit au sens fort d’une instruction en famille, dont aucun membre n’est déconnecté (à ce sujet, je vous invite à lire ce très chouette article –clic– sur le blog Ressources pour s’amuser ensemble).

 

« Faire l’école » : non… et non ! :p

C’est ce qui rend la tâche un peu plus facile, d’ailleurs ! Je ne « fais » pas « l’école », j’accompagne mes enfants dans leur instruction. Cela change pas mal de choses. D’abord, je ne me vois pas comme le pompiste qui remplit un réservoir vide, mais plutôt comme le jardinier qui permet aux plantes de disposer de ce qui leur est nécessaire pour grandir (et qui apprend au passage).

Je ne suis pas (ou très très rarement) en position de prof de cours magistral, mais plutôt à la place de guide : je conseille, je rectifie, je donne une main secourable ou un éclairage différent, je propose… Mais ce sont les enfants qui s’instruisent, finalement.

Le fait que nous soyons dans le cadre familial apporte aussi une différence de taille : nous sommes un petit groupe, qui sait et aime fonctionner ensemble, et être à l’écoute des envies et des besoins des uns et des autres. Si l’un est fatigué, il fait une pause, si un autre est motivé, il avance à pas de géant sur telle notion, si un troisième a besoin de relire pour la cinquième fois son énoncé, ce n’est pas grave, et s’il faut reporter une activité au lendemain, on le fait, sans état d’âme. Toutes choses qui sont impossibles dans le cadre d’une classe.

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Pour revenir sur la notion de difficulté, je réponds souvent que je n’ai pas eu à instruire du jour au lendemain 3 enfants, tout en m’occupant d’un bébé. Nous avons d’abord eu un enfant, puis deux, …etc. Les activités se sont mises en place naturellement, et se sont ajoutées les unes aux autres au fil du temps. Alors certes, c’est du travail, mais j’avoue que je suis extrêmement admirative des familles qui déscolarisent toute une fratrie et se jettent dans le bain de l’IEF. Parce que là, oui, le changement est radical et demande pas mal d’aménagements, de changements, et une organisation tout à fait différente.

 

*Les photos ne représentent pas nos enfants, ce sont des images libres de droits.*

Quand tout ne se passe pas comme prévu…

J’avais TOUT pour bien entamer l’année.

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Un super programme, un emploi du temps magnifique, des enfants motivés (si si), des manuels au top, de nouveaux projets, et même, luxe suprême, de beaux bureaux tout neufs (et des chaises à roulettes) pour les deux aînés.

Tout, je vous dis, et plus encore… Des idées, des envies, de la motivation…

Et puis rien ne s’est passé comme prévu.

Le démarrage a été un peu chamboulé par les beaux jours de septembre, dont nous avons tenu à profiter au maximum (nous vivons en appartement, alors chaque gramme de nature compte !). Le petit dernier, bien que prodigue en sourires, s’est révélé assez prenant, et ses horaires de sieste et d’éveil ont aussi contribué à perturber l’emploi du temps si bien ficelé. Une grosse fatigue en novembre, accompagnée d’une baisse de moral conséquente, et de l’annonce de notre contrôle courant décembre ont eu raison de ma motivation pour le reste de l’automne. J’attendais la grande respiration des vacances de Noël avec impatience (Noël, c’est magique pour moi, c’est MON moment, j’y remplis mon réservoir pour plusieurs mois)… et ça a été une vraie catastrophe côté santé… Du 29 décembre au 5 février, nous n’avons pas eu un seul jour de répit : les enfants ont été malades à tour de rôle (et je ne parle pas d’un rhume ou d’une vague gastro, je parle de plusieurs jours et nuits à 40°, l’enfant KO, les urgences, l’inquiétude, et tout ce qui va avec), puis moi, puis de nouveau notre tout-petit…

Autant vous dire que nous n’avons pas ouvert un manuel durant cette période… Et que le retard s’est accumulé, tout comme la frustration de ne pas pouvoir profiter de tout ce que j’avais en réserve.

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C’est dans ces moments-là que l’on se pose beaucoup de questions, et suite à ces moments-là que l’on trouve quelques réponses (heureusement !).

Ce qui était prévu vs la réalité

Nous avions un beau programme, bien rempli, des projets (notamment le lancement de notre journal mensuel), et finalement peu de choses ont été faites.

Bon, objectivement, on a quand même bien avancé, fait des sorties, lu des tas de bouquins, découvert des musiques, cultures, paysages… Bien profité aussi de la nature, observé les plantes et les arbres, les insectes et petites bêtes.

Nous avons bien amorcé la rédaction de notre journal, et nous avons joyeusement commencé notre tour du monde virtuel; nous avons honorablement progressé dans le programme prévu pour chaque enfant, et nous avons trouvé un rythme à peu près correct malgré les chamboulements dus à l’arrivée du petit frère.

Ce qui a été le plus mis à mal, finalement, c’est l’emploi du temps, qui a rarement été suivi…

Ce que je retire de ces mois chaotiques

La première leçon pour moi, c’est que j’avais peut-être un peu perdu de vue l’un des piliers de notre IEF, à savoir la souplesse (comme je l’évoquais ici), la possibilité de s’adapter au rythme de chacun, aux envies ponctuelles, aux événements exceptionnels… Oui, nous avons travaillé, appris, découvert. Non, la plupart du temps, nous n’avons pas respecté l’emploi du temps ni le programme. Et alors ? Nous allons revenir sur le nécessaire, et le reste sera vu plus tard, ou autrement, il n’y a rien de dramatique.

Deuxième leçon : comme souvent, j’avais mis la barre assez haut, et j’avais concocté un programme chargé. Très. Et je n’avais pas prévu… l’imprévisible, qui ne manque pourtant jamais d’arriver lorsqu’on a quatre enfants ! Ma bonne résolution, donc : prévoir désormais 2 semaines vides sur l’année. Elles pourront servir à absorber les petits contretemps (enfant malade, maman malade :p , voyage imprévu, invasion de sauterelles en peluche…), à faire des révisions si besoin, ou à PROFITER (du soleil, d’un voyage imprévu, d’une étude de terrain sur les sauterelles en peluche…).

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Nous voici donc repartis pour une suite d’année plus pacifiée, dirons-nous, avec une motivation renouvelée et un plaisir d’apprendre intact. Sans parler de la joie de renouer avec ce blog. 😉

A lire ! « Faire l’école à la maison », par Isa Lise

Je suis affreusement en retard, mais je vous fais aujourd’hui un compte-rendu de ma lecture du guide publié par Isa Lise l’an dernier (2017) chez Eyrolles.

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Cet ouvrage est une mine d’or !

Je pourrais m’arrêter là, vous laissant du même coup davantage de temps pour simplement foncer lire ce guide. Mais pour ceux et celles qui auraient besoin d’arguments supplémentaires, je vais développer un peu. 😉

Tout d’abord, qui est l’auteure ?

Isa Lise est une maman, ayant pratiqué l’IEF depuis plus de 10 ans. Elle ne vous est sans doute pas inconnue si vous êtes habitué(e) de la lecture de blogs IEF ou si vous vous promenez sur les groupes Facebook dédiés à l’IEF. Auteure de deux guides IEF, elle témoigne, conseille, invite à réfléchir et propose de nombreuses pistes sur son blog pour vivre l’aventure de l’IEF et s’y épanouir.

Vous pouvez la découvrir sur son blog, Apprendre avec bonheur.

Je vous recommande aussi le blog Faire l’école à la maison, qui complète bien le livre.

Le contenu du livre

Je n’avais pas lu son précédent ouvrage (L’école à la maison, des pistes pour apprendre autrement), qui semble-t-il développait davantage les différentes méthodes et pistes d’apprentissage alternatives.

Ici, comme le sous-titre l’indique, Isa Lise nous propose de « connaître le cadre légal, les outils disponibles et l’organisation à mettre en place à la maison ».

Le livre se compose de 3 parties :

  • Instruire son enfant (cadre légal, raisons à l’origine de ce choix, devenir des enfants non-scos),
  • S’organiser (choix financiers, vie sociale, les différents visages de l’IEF, la gestion pratique de l’IEF),
  • Apprendre à la maison sans cours par correspondance (présentation de différentes pédagogies, pistes pour un apprentissage vivant, l’enfant acteur des apprentissages).

Le livre est facile et agréable à lire, vivant (on y retrouve de nombreux témoignages et anecdotes), on trouve facilement une info précise, et il est riche : on sort de la lecture avec le sentiment d’avoir reçu des renseignements efficaces mais pas simplistes, montrant diverses facettes et approches, donnant des pistes de réflexion intéressantes plus que des solutions « toutes faites ».

Vous trouverez aussi des points « L’essentiel à retenir » à la fin de chaque chapitre, et des tests tout au long de l’ouvrage qui vous permettront de vous poser les bonnes questions et de savoir un peu mieux où vous vous situez. C’est très appréciable si on est encore dans le flou sur certains points !

L’intérêt du livre

C’est une somme, à la fois guide et précis, ouvrage de réflexion qui nous invite à la fois à nous poser, à nous interroger et à agir, décider, oser.

J’avoue que si j’apprécie la plume d’Isa Lise, je ne pensais pas trouver un tel intérêt à la lecture de ce manuel. J’imaginais qu’il s’adressait surtout à des parents en questionnement AVANT de sauter le pas, ou à des débutants un peu perdus. C’est là que je me trompais, et c’est ce qui fait pour moi la richesse de l’ouvrage. Certes, il est à recommander sans hésitation à ce genre de public (notamment la première partie), mais sa lecture sera profitable même à des parents plus expérimentés.

Je crois qu’on se lance toujours dans l’aventure de l’IEF avec des questions, et quelques idées préconçues ou réponses « toutes faites ». Ce livre m’a permis de revenir sur quelques unes de ces idées, de me poser des questions sur certaines pratiques qui me semblaient évidentes, de découvrir d’autres points de vue ou façon de faire.

J’ai beaucoup aimé les pistes de réflexion proposées, j’ai apprécié de découvrir des aspects moins « main stream » de l’IEF, et j’ai trouvé que la partie « cadre légal », qui manque généralement passablement de glamour, était suffisamment claire et concise pour ne pas alourdir l’ouvrage.

En bref

Un livre bien fait et équilibré, qui donne de vraies pistes de réflexion aux parents, et de vraies clés pour mettre en place l’IEF. Les infos sont pertinentes et reflètent bien ce qu’on vit au quotidien en IEF. Une lecture vraiment agréable, et un ouvrage que je vais recommander sans réserve et offrir sans doute dans mon entourage.

De retour !

C’est le grand retour après un looooooooooong silence…

Notre vie a été bien remplie durant ces derniers mois et un brin chamboulée aussi !

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Nous avons en effet accueilli un quatrième petit oiseau dans notre petit nid : il est né fin janvier et fait la joie de toute la famille.

Nous n’avons pas pour autant arrêté de nous instruire ni de nous faire plaisir : des visites très intéressantes cet été et cet automne, des dizaines de kilos de livres dévorés, l’inspection pour 2017-2018 déjà bouclée, et plein de découvertes…

Il restait peu de temps pour ce blog, qui a donc fait les frais de ce bouillonnement IRL ! Maintenant que le rythme est un peu apaisé, je retrouve avec plaisir mon clavier pour partager à nouveau notre quotidien, nos outils, nos réflexions, nos bons plans…

 

A venir : quelques idées de visites et sorties, un commentaire sur le formidable bouquin d’Isa Lise (pour découvrir son blog, c’est ici : clic!), le point sur notre programme de CM1, des pistes pour la Grande Section, un retour sur nos nouveaux supports en langues, géométrie et sciences, et un projet à partager (mystère, mystère…).

Bonne lecture !

L’IEF avec un enfant Asperger

Le syndrome d’Asperger est un trouble du spectre autistique. Il concerne des enfants qui présentent des traits autistiques (communication particulière, comportements stéréotypés, rigidité et attachement aux routines, difficulté à entrer en relation de façon ordinaire), sans déficience intellectuelle, ni trouble du langage.

Pour en savoir plus sur cet aspect de l’autisme, je vous invite à consulter cette page et à télécharger éventuellement ce document très complet et accessible : le syndrome d’Asperger chez l’enfant.

Le syndrome d’Asperger n’est pas une maladie (ça ne « s’attrape » pas et on n’en « guérit » pas), c’est un état, une condition. Il ne disparaît pas à l’âge adulte, on apprend à faire avec.

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Pour retrouver cette affiche : clic.

Notre fils aîné a été diagnostiqué Asperger à l’âge de 7 ans. Nous avions déjà fait le choix de l’IEF, ce qui nous différencie d’autres familles, où la déscolarisation intervient suite au diagnostic ou à des soucis à l’école.

Cependant, les difficultés dans la socialisation et la communication étant centraux dans le syndrome, et les autistes Asperger apprenant en partie ces habiletés par l’imitation des pairs, la question d’une scolarisation de notre fils s’est posée.

Après nous être informés auprès de diverses sources, nous avons décidé de continuer l’IEF, pour lui comme pour sa sœur et son frère (qui ne sont pas autistes).

Je vous propose de vous exposer brièvement les raisons de ce choix, qui va un peu à contre-courant des démarches d’associations qui militent activement pour l’inclusion scolaire des enfants autistes.

  • L’énergie dépensée pour la socialisation et la concentration n’est plus disponible pour les apprentissages.

Les personnes Asperger sont très sensibles à la fatigue, et la plupart présente des particularités sensorielles (hypersensibilité au bruit, à la lumière…). Se trouver pendant 6 à 8 heures en groupe, dans des classes souvent bruyantes, à devoir gérer les interactions sociales, à s’adapter au rythme du groupe, à ne pouvoir s’isoler, est coûteux en énergie pour les enfants, et peut nuire à la concentration et à la qualité de l’apprentissage. En IEF, l’énergie est totalement centrée sur les apprentissages.

  • Les enfants Asperger ont besoin de temps de repos adaptés.

Après une période de socialisation, ou un temps dans le bruit, une personne Asperger aura besoin d’un temps plus ou moins long à l’écart, dans le silence le plus souvent, pour pouvoir se ressourcer. D’autant que des troubles du sommeil sont souvent associés au syndrome, et que les efforts au niveau psychomoteur fatiguent rapidement l’enfant. L’IEF permet de s’adapter au mieux au rythme de l’enfant et à ses besoins de repos, de récupération.

  • Les enfants Asperger ont souvent des troubles associés qui sont plus facilement pris en compte et en charge en IEF.

Le TDA/h (trouble de l’attention, avec ou sans hyperactivité), les « dys- » (dyslexie, dyspraxie, principalement), les TOC, l’épilepsie, ou des troubles de la coordination et de la motricité fine (entraînant des problèmes pour la maîtrise de l’écriture, notamment), les troubles associés au syndrome sont fréquents, et compliquent encore la scolarisation (nécessitant souvent une AVS qu’on a bien de la peine à obtenir, et qui est rarement formée de façon spécifique). En IEF, il est possible de composer avec ces troubles de façon beaucoup plus souple, et de faire progresser l’enfant à petits pas. En outre, il devient aussi plus facile de trouver des créneaux pour les rendez-vous chez les spécialistes (orthophoniste, psychomotricité, etc).

  • Les apprentissages peuvent s’appuyer sur les intérêts spécifiques de l’enfant.

Les personnes Asperger se caractérisent souvent par un (ou plusieurs) intérêt(s) particulier(s), c’est-à-dire qu’ils ont un sujet de prédilection sur lequel ils aiment se documenter de façon assez pointue, ou une activité qu’ils aiment pratiquer très régulièrement. Ce sujet peut facilement en IEF devenir la base d’apprentissages (formels ou non) qui vont motiver l’enfant de façon particulière.

  • La socialisation « forcée » n’est pas productive.

J’en ai parlé plus haut, se trouver enfermé plusieurs heures avec plus de 25 enfants peut être une épreuve pénible pour un enfant Asperger. En IEF, il devient possible de gérer une socialisation « à doses adaptées ». Si vous avez plusieurs enfants, ils sont de fait socialisés. Il n’est pas question de ne voir que sa famille, bien sûr, mais de pouvoir choisir le rythme de socialisation. Rencontrer peut-être un seul autre enfant au début, pour faire connaissance, faire des sorties en petits groupes, pour apprivoiser le fait de se trouver « en bande ». Retrouver aussi d’autres enfants dans un cadre défini (un cours de musique, par exemple) peut contribuer à apaiser l’angoisse qui peut naître d’une situation un peu floue, où l’enfant ne sait pas ce qu’il est censé faire. Et puis, la socialisation, c’est aussi rencontrer d’autres personnes (pas seulement des enfants de son âge) : apprendre à aller du pain, discuter avec le bibliothécaire, échanger quelques mots avec le facteur… En IEF, l’enfant pourra aller à son rythme et ne sera pas envahi par les contacts sociaux.

  • L’enfant Asperger a une façon particulière d’apprendre et de progresser.

Le style d’apprentissage de l’enfant autiste est particulier, il apprend à un rythme spécifique, il a souvent une angoisse face à l’échec (ce qui l’amène à refuser certains exercices par peur de ne pas les réussir), il a besoin que les consignes soient énoncées de façon particulière. Il peut aussi progresser très vite dans certains domaines, et beaucoup plus lentement dans d’autres. L’IEF permet de s’adapter facilement à toutes ces particularités. On peut se permettre de suivre des niveaux différents, de laisser un temps de côté ce qui coince, d’y revenir plus tard, ou de s’y attarder, passer plus vite sur ce qui est déjà maîtrisé…

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Pour toutes ces raisons, de nombreuses familles aux Etats-Unis, au Canada ou ailleurs choisissent l’IEF pour leurs enfants.

Le rythme et les exigences adaptées permettent de progresser en douceur, de travailler avec les forces de l’enfant tout en tenant compte de ses limites (qui ne sont pas gravées dans le marbre, et que l’on peut aussi faire reculer, peu à peu). Il y a déjà tant de défis dans le quotidien d’un enfant Asperger que je trouve que le milieu scolaire représente un challenge épuisant et inutile (sauf dans le cas d’une école « différente », prête à s’adapter, avec un effectif réduit, et des enseignants ouverts et formés).

Je sais que les associations militent pour l’inclusion scolaire, c’est une demande pressante de leur part, et je la respecte en même temps que je la comprends. 20% seulement des enfants autistes ont accès à la scolarisation, une grande partie de ces enfants est tout simplement priée de se cacher et de débarrasser le plancher, ce qui est inacceptable. Il faut bien exiger fortement que l’inclusion soit possible, naturelle, simplement pour que l’IEF reste ce qu’elle doit être : un choix libre. Pas question d’imposer l’IEF à une famille, sous prétexte que son enfant est inadapté à une classe ordinaire.

Cependant, je pense que dans le cas de beaucoup d’enfants Asperger (et en l’absence de formation en d’information des enseignants), l’IEF peut être une solution idéale.

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L’apprentissage se fait, l’observation aussi, l’imitation se met en place lors des événements normaux d’une vie d’enfant (activités en famille ou avec d’autres personnes, sorties, vie quotidienne), le tout dans un cadre connu et rassurant, et en compagnie des personnes qui connaissent le mieux l’enfant et ses besoins. Que demander de mieux ?

 

EDIT : Je me rends compte que mon article ne parle que très peu des points forts des enfants Asperger… Le syndrome n’est pas qu’un ensemble de déficiences, c’est une façon différente de fonctionner et de penser. Si l’on est loin du cliché de l’autiste « génie », les personnes Asperger présentent souvent des aptitudes particulières dans certains domaines… comme tous les enfants ! Si votre enfant vient de recevoir ce diagnostic, pas de panique, le chemin sera sans nul doute différent, mais pas moins beau ni riche.

 

Un article, sur le blog « Petits Homeschoolers », qui évoque l’IEF sous l’angle de la pédagogie Charlotte Mason : La pédagogie Charlotte Mason et les enfants Asperger.

« Je ne sais pas comment tu fais! », ou comment passer tout son temps (ou presque) avec ses enfants

C’est une des réflexions qui revient très souvent quand j’évoque l’IEF avec des familles scolarisantes.

La plupart de mes amies m’a dit au moins une fois cette phrase, ou une assez équivalente.

J’avoue que si on imagine assez facilement des enfants assez grands ou des ados plutôt autonomes, l’idée de passer chaque jour avec de jeunes enfants peut être d’avance fatigante.

Alors qu’en est-il ? Les parents IEFeurs sont-ils de super-héros ? Avons-nous suivi un entraînement spécial auprès de maîtres zen ? Sommes-nous tout simplement de meilleurs parents ? O:)

Rien de tout cela, je l’avoue. Nous avons tous nos trucs pour assurer le quotidien. Voici les miens, n’hésitez pas à partager les vôtres. 😉

L’IEF est un choix

Rien que ça, c’est énorme, parce que ça donne une vraie motivation. Nous avons choisi cette vie, et comme tout choix, il a été réfléchi, pesé, mesuré, et nous nous y sommes engagés délibérément, et avec enthousiasme.

S’en souvenir suffit parfois à redonner un petit coup de fouet. Se souvenir de nos motivations profondes, des raisons qui ont débouché sur cette décision, remet les pendules à l’heure quand tout ne roule pas comme prévu, et c’est fréquent !

Nous avons fait un choix, et nous l’assumons. Nous le vivons. Il y a de bons côtés, et aussi de moins bons. Mais cela nous correspond. Lorsque cela ne nous correspondra plus, ou plus assez, on en reparlera, mais pour l’instant, c’est cette vie qui nous convient.

C’est aussi un choix fait ensemble, et le soutien du conjoint est une part importante de ma motivation. Quand je doute ou que je fatigue, je ne suis pas seule, il est là, et c’est un vrai soulagement pour moi.

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Qui veut voyager loin ménage sa monture

Comme toute activité, la vie de famille et l’IEF exigent des pauses et des temps de repos.

Ayant eu trois enfants en 4 ans, et n’ayant pas de permis de conduire, il m’était difficile d’avoir une activité de détente à l’extérieur. Je n’arrive pas non plus à me reposer à fond une semaine par an, et à assurer le reste du temps. Alors je me ménage des pauses dans la journée.

Je profite du temps calme du début d’après-midi pour me poser un peu. Pendant que les deux petits sont à la sieste et que le grand lit tranquillement, je prends une heure pour moi. Bien sûr, si besoin, je suis disponible, et parfois la sieste tombe à l’eau, mais je suis finalement rarement dérangée. Je bois un café, je fouille le net, je lis un bouquin, j’écris pour le blog, peu importe, mais c’est un temps à moi. Je recharge mon capital patience, ça me permet de finir la journée (à peu près) sereinement.

Le soir, lorsque mon mari rentre du travail, je sais qu’il va prendre un peu le relais. Il joue ou discute avec les enfants pendant que je prends une douche ou un bain, que je prépare le repas (sans enfants autour, c’est reposant), ou que je fais tout autre chose, sans rapport avec ma vie de maman. S’il rentre tôt, ou durant le week-end, il arrive aussi que mon mari sorte jouer ou se promener avec les enfants pendant que je me repose. Ce n’est pas très souvent, mais ça me fait du bien.

Il ne faut pas oublier non plus les temps passés chez les amis, les moments où les enfants font des activités à l’extérieur, vont au centre aéré ou en colo…

A vous de trouver ce qui vous ressource, et de décider du rythme qui vous convient, mais prenez soin de vous, c’est un service que vous vous rendez, et un bon exemple d’hygiène de vie que vous donnez à vos enfants.

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« Tes enfants sont faciles, tu as de la chance ! »

C’est vrai, mes enfants sont plutôt calmes, assez raisonnables, et je ne suis pas obligée de les surveiller sans cesse pour être sûre qu’ils ne vont pas démonter la maison.

Est-ce de la chance, ou le fruit de notre éducation ? Un peu des deux, probablement.

Mais une chose est sûre : j’ai vu des enfants calmes et charmants devenir en entrant à l’école de petites furies incontrôlables, violentes, insolentes, et prêtes à exploser au moindre prétexte.

C’est un fait, si l’école réussit à certains enfants, d’autres, assez nombreux, y sont malmenés. C’est souvent le cas des jeunes enfants, qui ne sont pas prêts à la vie en communauté, pas prêts à « affronter » les autres, pas prêts à être livrés à eux-mêmes une bonne partie du temps.

L’école est exigeante, fatigante, stressante, bruyante. Les enfants y apprennent des comportements nouveaux (insolence, brutalité), ils font de gros efforts pour obéir et faire ce qui est attendu (en résulte souvent une tension qui doit bien être évacuée), ils sont stressés et fatigués par le rythme, les réveils matinaux, le manque de temps calmes, de sieste aussi parfois.

Je lis souvent le témoignage de parents qui constatent que leurs enfants une fois déscolarisés ont un comportement radicalement différent. Evidemment, ça ne se fait pas du jour au lendemain, il faut le temps de se défaire de cette pression, mais il n’est pas rare d’entendre ce genre de remarques venant de parents qui pensaient jusque là  que leur enfant était capricieux, inattentif aux autres, incapable de se poser pour une activité calme, ou volontairement brutal avec ses pairs.

D’autre part, il ne faut pas croire que ce calme est simplement dans leur nature : ce sont des enfants, ils peuvent être bruyants, excités, nerveusement fatigués, ou simplement avoir envie de faire le bazar. Mais il y a quelques règles chez nous, et nous les faisons respecter (on ne court pas et on ne saute pas à l’intérieur (nous sommes en appartement); on chuchote pendant le temps d’école et le temps calme; on ne crie pas dans la maison).

En contrepartie, il est évident que nous donnons aux enfants la possibilité de se défouler comme ils en ont besoin.

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L’autonomie, ça se conquiert

Aucun enfant ne naît autonome. C’est ainsi. Nos bébés sont profondément dépendants de nous, c’est une question de survie.

Un bébé a un besoin vital de proximité physique, et un besoin tout aussi vital d’être rassuré (l’un allant souvent avec l’autre, d’ailleurs).

Il est normal qu’un enfant ne veuille pas se séparer de sa mère (oui, même à deux ans !), normal aussi que ce soit vers elle qu’il se tourne dès qu’il est angoissé, frustré, gêné.

Je l’ai dit, j’ai eu trois enfants en 4 ans, les deux premiers sont nés à 18 mois d’intervalle. Autant vous dire qu’entre la naissance de Martin, notre aîné, et les 3 ans de Joanne, sa cadette, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour moi. Si Martin était un bébé calme, qui dormait bien et beaucoup assez rapidement, sa petite sœur avait quant à elle un grand besoin d’être portée presque à longueur de journée. Elle passait le plus clair de sont temps dans l’écharpe de portage, et dès qu’on la posait, elle hurlait tant et si bien que je la surnommait à l’époque « la petite sirène ». J’en souris aujourd’hui, mais je dois avouer que durant la phase où même son papa ne trouvait pas grâce à ses yeux, et où je l’entendais vociférer dans ses bras pendant les 10 minutes où je prenais une douche, je n’en pouvais plus. Si on m’avait dit à l’époque que nous allions pratiquer l’IEF, et que je passerais mes journées avec mes deux bouts de chou et leur petit frère à venir, j’aurais rigolé. Ou pleuré. Ou les deux.

En général, les parents estiment normal de donner beaucoup de temps à un enfant les premiers mois, voire jusqu’à un ou deux ans, puis ils attendent de l’enfant qu’il puisse jouer seul un moment, qu’il ne les sollicite pas en permanence.

Chez nous, selon les enfants, l’autonomie pour le jeu est venue entre 6 mois et 3 ans, très progressivement.

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Mais encore aujourd’hui, les besoins des uns et des autres varient selon les moments, ce n’est pas un processus linéaire. C’est vers 3 ans que notre petit dernier a commencé véritablement à jouer seul, avant ça, il avait besoin d’un parent ou d’un membre de la fratrie avec lui. Notre fille a 6 ans et demi, mais elle joue rarement seule.

Nous avons conscience du besoin de nos enfants, et nous essayons d’y répondre de notre mieux. Ce n’est pas parfait, rien ne l’est, mais nous sommes disponibles, le plus possible. Nous essayons de répondre à leurs sollicitations. Bien sûr, le fait qu’ils soient trois est aussi une aide : ils jouent ensemble, et cela nous permet d’être un peu moins présents, un peu moins nécessaires. Mais il est normal qu’un enfant aie besoin de ses parents, même lorsqu’il mange seul, marche seul, s’habille seul.

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C’est agréable d’être ensemble

Comme je le disais plus haut, si passer du temps avec un enfant stressé, surexcité par la fatigue ou les pression scolaire  peut être une perspective peu enthousiasmante, je connais peu de parents qui n’apprécient pas de passer de bons moments de détente ou de jeu avec leurs enfants.

Vous me direz : « Oui, mais l’IEF, ce n’est pas les vacances, et on ne va pas simplement jouer ! », ou encore « J’ai déjà du mal à être patiente pour les devoirs, alors je ne pourrais pas leur faire l’école ! ».

En fait, cette vision des choses est biaisée. Il est évident qu’on ne peut pas comparer l’IEF à des loisirs perpétuels. Il est évident aussi qu’on ne peut comparer le temps des devoirs, avec un parent fatigué par sa journée et stressé par l’heure qui tourne, et un enfant qui est épuisé de sa journée, qui n’aspire qu’à aller jouer ou se reposer, ou qui peut-être se met une pression folle pour « réussir » en pensant en être incapable, avec ce qui se passe en IEF.

Un enfant en IEF peut aller à son rythme, ne pas être sous pression de réussite, choisir à quoi il veut travailler, il a la possibilité et le temps de se passionner, d’approfondir ce qui l’intéresse. Rien à voir avec la bataille du soir pour qu’il se plie à des exercices ennuyeux ou qu’il ingurgite des leçons sèches. Pas besoin d’être une pro de la patience pour l’accompagner alors dans ses apprentissages.

L’IEF, c’est une transmission des savoirs, mais c’est aussi découvrir ensemble, visiter des monuments, chercher, progresser, encourager, se fabriquer un tas de souvenirs, se faire des amis, se lancer dans un élevage d’escargots, dans des bricolages scientifiques, se rendre à une exposition, bref, c’est loin d’une interminable partie de « C’est l’heure des devoirs ».

Voir ses enfants grandir, s’intéresser, s’épanouir, retenir, lire et nous raconter ensuite, poser des questions, se passionner, maîtriser, c’est un émerveillement. Souvenez-vous du jour où il a dit « maman » pour la première fois. Du jour où elle a fait ses premiers pas. Du premier dessin qu’il a réalisé. De la première fois qu’elle a fait du vélo sans les stabilisateurs. C’est ça, l’IEF. C’est être là pour tous ces moments, et tous ceux qui leur ressemblent.

C’est aussi avoir conscience que le temps passe vite. Que même les choses contraignantes n’ont finalement été qu’un tout petit souffle dans notre vie. Que même si c’est parfois fatigant ou décourageant, cette période est un trésor durant lequel nos petits et moins petits se construisent, et qu’en être partie prenante est un vrai cadeau qui nous est fait.

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