Projet de loi : le poids des mots

Warning : cet article est inhabituellement long (même pour moi…) Je me suis posé la question de le couper, mais je trouve plus simple de pouvoir grouper les infos au même endroit, sachant que je ne souhaite pas multiplier « pour le plaisir » les articles concernant ce projet de loi. Vous trouverez donc, après une introduction qui vous exposera la raison d’être de cet article-fleuve, une première partie consacrée aux insultes dont les familles instructrices ont été l’objet, une seconde partie où je reviens sur les amalgames qui nous discréditent, et une troisième où j’ai relevé quelques interventions qui nous défendent et disent à quel point l’article 21 est malhonnête et disproportionné.

Au fil de mes quelques articles concernant le projet de loi confortant les principes de la République, vous avez peut-être trouvé que je ne m’offusquais pas énormément des termes employés parfois pour évoquer les enfants instruits en famille, les parents instructeurs, ou même notre mode de vie et nos motivations.

Je ne suis pas née de la dernière pluie, et j’ai suivi suffisamment de débats politiques pour ne pas montre sur mes grands chevaux dès qu’une formule un peu fleurie est lâchée. Je connais les règles des joutes verbales entre politiciens, et à l’heure où Twitter semble avoir plus de poids, car plus de visibilité, que les tribunes des journaux, je comprends que le maniement des « petites phrases » qui font le sel de la politique française soit plus que jamais d’actualité. C’est à celui qui aura la plus assassine, la plus acérée, la plus percutante, la plus mémorable (puisque la longueur du Tweet est malheureusement limitée et remet tout le monde sur un pied d’égalité).

Je ne suis pas facilement vexée, choquée, je ne me sens pas humiliée dès qu’on remet en cause mes actes ou mes motivations. Je ne hurle pas à l’offense pour une phrase un peu limite : ce sont les règles du jeu, et on a suffisamment à faire pour ne pas pinailler sur les termes.

Cependant… il ne faut pas minimiser les conséquences d’un discours, surtout lorsqu’il émane de la majorité présidentielle, surtout lorsqu’il est maintes fois martelé et relayé par divers médias. Surtout lorsqu’il prétend respecter l’autre alors qu’il l’insulte. Depuis le 2 octobre, date du discours d’Emmanuel Macron aux Mureaux, où nous avons appris la volonté du président de mettre fin à l’IEF, nous ses principaux acteurs, avons été la cible de calomnies, de propos injurieux, qui ont au mieux sous-entendu et au pire affirmé que nous maltraitions nos enfants, que nous ne respections pas leurs droits fondamentaux, que nous n’avions que faire de leur bien-être, que nous étions des personnes dangereuses, ennemies de la République, forcément en lutte idéologique contre ses valeurs.

Tout cela est inadmissible. Il n’est pas acceptable, dans un pays civilisé et démocratique, que le Gouvernement ou ses proches insulte une partie de la population (qui, je le rappelle, n’a commis aucun délit). Cela ne constitue pas, aux yeux du droit, de la diffamation : pour cela, il faudrait que les propos en question portent atteintes à l’honneur d’une personne physique ou morale. Pourtant, notre honneur et celui de nos enfants est bien sali par les paroles calomnieuses que je vais vous rapporter ci-dessous.

Pour chaque attaque, j’ai tenté de retrouver la personne qui l’avait prononcée ou rédigée, la date et le lieu où les propos ont été tenus ou relayés. Si vous constatez la moindre erreur, ou si vous souhaitez ajouter votre pierre à l’édifice, merci de me contacter ! Je précise aussi que cette liste est (malheureusement) appelée à s’étoffer au fur et à mesure des déclarations et de mes recherches.

2 octobre 2020 – Discours des Mureaux – Verbatim complet ici clic

Emmanuel Macron : « (…) qu’est-ce qui aujourd’hui, dans notre société, met en danger notre République, notre capacité à vivre ensemble, et vous faire part des décisions prises en conséquence. »

« Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamiste. C’est un projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République, qui se traduit souvent par la constitution d’une contre-société et dont les manifestations sont la déscolarisation des enfants, le développement de pratiques sportives, culturelles communautarisées qui sont le prétexte pour l’enseignement de principes qui ne sont pas conformes aux lois de la République. »

« Sur ce sujet, face à toutes ces dérives qui excluent des milliers d’enfants de l’éducation à la citoyenneté, de l’accès à la culture, à notre histoire, à nos valeurs, à l’expérience de l’altérité qui est le cœur de l’école républicaine, j’ai pris une décision, sans doute, et je la mesure, et nous en avons beaucoup débattu avec les ministres, sans doute l’une des plus radicales depuis les lois de 1882 et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969. Dès la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès 3 ans. L’instruction à domicile sera strictement limitée, notamment aux impératifs de santé. »

2 novembre 2020Audition par la commission des lois constitutionnelles (source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/cion_lois/l15cion_lois2021015_compte-rendu?%20fbclid=IwAR094qkOtJEHsHm2X7TGEi6AcWKHIrpQxa0VwznMX_H31hJSbFM9wHb2XSo)

Gérald Darmanin : « Il faut vraiment être naïf pour ne pas voir le lien entre la radicalisation, la communautarisation et le fait que les enfants n’aillent pas à l’école de la République et que l’on ne puisse même pas suivre leur parcours. (…) Si la déscolarisation a pu, à un moment donné, être comprise dans la République, elle lui porte aujourd’hui de trop nombreux coups de poignard et fabrique des êtres parfois conditionnés au séparatisme. »

Stéphane Peu : « Pour ce qui est de l’instruction à domicile, je me range plutôt du côté du ministre. Il nous semble important, au groupe de la Gauche démocrate et républicaine, de couper court à des pratiques néfastes. »

18 novembre 2020 à confirmer (le Figaro?) – Repris le 9 décembre par le Monde (source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/09/l-evitement-scolaire-un-enjeu-au-c-ur-du-projet-de-loi-sur-les-principes-republicains_6062701_3224.html)

Gérald Darmanin : « petits fantômes de la République »

18 novembre 2020 – sur l’antenne d’Europe 1, dans « La Matinale » de Sonia Mabrouk

Gérald Darmanin : « Il y a des gens qui font l’instruction à domicile, qui le font extrêmement bien, et c’est effectivement quelque chose qu’il faut remarquer. Mais il y a 50 000 enfants aujourd’hui qui ne vont pas à l’école ce sont les chiffres de l’Education nationale, la moitié pour des raisons médicales, et l’autre moitié nous nous posons des questions extrêmement sérieuses, de gens qui sont totalement désocialisés, et qui sont mis sous des dérives sectaires, islamistes et qu’il nous faut condamner. »

23 novembre 2020 – en réponse aux questions de Jean-Jacques Bourdin sur « RMC Bourdin direct »

Marlène Schiappa : Parce que vous savez parfois quand vous interrogez les élus locaux, on n’a pas un chiffre exact d’enfants qui n’ont jamais été à l’école. Et pourquoi le Président a souhaité prendre cette mesure, c’est parce que vous avez une inégalité terrible de destins entre un enfant qui a 10 ans et qui a pu aller à l’école, apprendre, à lire, à écrire, à réfléchir, à être au contact d’autres enfants qui ne sont pas élevés comme lui, qui n’ont pas les même origines forcément, peut-être pas la même religion, pas les même pratiques, pas la même éducation. Et de l’autre côté vous avez des enfants de 10 ans, qui n’ont jamais mis les pieds dans une école et qui sont – c’qu’on veut attraper ce ne sont pas les parents qui font des écoles alternatives, heu…

Jean-Jacques Bourdin : Les enfants fantômes, c’est ce qu’a dit Gérald Darmanin ?

Marlène Schiappa : Exactement, c’est tout à fait ça, ce sont les enfants dont on ne connaît même pas l’existence et qui n’ont jamais ouvert un livre de classe.

17 décembre 2020 – Audition de M. Blanquer par la Commission spéciale (source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/csprincrep/l15csprincrep2021003_compte-rendu)

Jean-Michel Blanquer : « Quoi qu’il en soit, un grand nombre de familles considèrent donc que leurs enfants ne doivent pas côtoyer d’autres enfants, d’autres milieux ou d’autres confessions. Cela peut conduire à des situations préoccupantes, néfastes à l’apprentissage et au bien-être de l’enfant. L’islamisme radical n’est pas seul en cause, même s’il est dans tous les esprits : il y a aussi les phénomènes sectaires et d’autres formes de radicalisation. »

22 janvier 2021 – Commission spéciale (source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/csprincrep/l15csprincrep2021045_compte-rendu)

Anne Brugnera : « Les détournements et les dérives de l’instruction en famille, même minoritaires, ne peuvent pas être considérés comme insignifiants et appellent une réaction des pouvoirs publics et du législateur. Dans certains cas, ils traduisent une forme de rejet de l’école, une forme de séparatisme qui doivent également nous alerter. Parmi ces dérives, plus encore que les lacunes de l’enseignement nous préoccupent celles qui portent atteinte à l’intégrité morale et physique des enfants. Nous avons auditionné la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), selon laquelle l’instruction en famille peut s’inscrire dans des projets néfastes de société fermée où sont utilisées des techniques psychologisantes pouvant entraîner un enfermement de l’enfant et un embrigadement des consciences. Le lien entre instruction en famille et séparatisme est difficile à mesurer mais il existe. »

Jean-Michel Blanquer : « Beaucoup d’entre vous ont manié le concept de liberté ; or, la première des libertés de l’homme, c’est d’interagir avec ses semblables. Sans cette liberté, un enfant devient sauvage : c’est une réalité anthropologique. »

Anne-Christine Lang : « On constate, de manière de plus en plus fréquente, une forme de rejet de l’école, du creuset républicain, au nom d’un communautarisme, d’un consumérisme, d’un entre soi, d’un individualisme qui nous inquiètent. (…) L’enfant a le droit de sortir du huis-clos familial et du seul regard de ses parents. »

Florent Boudié : « En réalité, nous cherchons à débusquer le séparatisme partout où il s’introduit, dans les services publics locaux, les structures associatives, les pratiques coutumières comme les certificats de virginité ou la polygamie, jusqu’au sein du système scolaire ou à la marge. On peut y trouver des signes de repli communautaire, que nous voulons pénaliser et sanctionner fortement. »

Jean-Michel Blanquer : « Lorsque nous démantelons des structures clandestines, plus de la moitié des enfants sont officiellement instruits en famille. La question se pose donc bel et bien, d’autant plus que, souvent, l’instruction en famille n’est qu’un paravent à l’endoctrinement et que ces situations peuvent favoriser la violation des droits de l’enfant. » 

François de Rugy : « Oui, le Gouvernement pense qu’on peut encadrer cette liberté par un régime d’autorisation. En France, il existe un droit au logement. Pour autant, construire un logement, ou même changer une fenêtre, est soumis à autorisation. »

Jean-Baptiste Moreau : « (…) l’école de la République vise aussi à sortir les enfants de l’assignation à résidence (…). »

1er février 2021 – Assemblée nationale, discussion du projet de loi (source : https://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2020-2021/20210144.asp)

Jean-Michel Blanquer : «  (…) l’école, c’est bon pour les enfants, et absolument indispensable pour la construction de l’enfant comme pour la construction de la République. » ; « (…) les articles que j’aurai le plaisir de vous présenter au cours des prochains jours n’ont pas trait seulement à la défense de la République, mais aussi à la défense des droits de l’enfant. » ; « Elle permettra aussi de protéger les droits de l’enfant, parce qu’on ne pourra pas faire n’importe quoi dans ce cadre-là. »

Anne Brugnera : «  Conforter le respect des principes de la République, c’est lutter contre des comportements qui visent à faire prévaloir d’autres normes que celles de la République (…) » ; « Notre objectif est de prémunir les enfants contre toute forme d’endoctrinement ou d’obscurantisme, et plus largement, de garantir le respect de leurs droits, notamment à l’éducation. » ; « Ces évolutions récentes peuvent traduire une forme de séparatisme social, de rupture délibérée avec l’école de la République. » ; « Enfin, il ne faut pas nier les carences que nous observons parfois dans la qualité de l’instruction des enfants concernés, ainsi que dans le respect de leurs droits les plus fondamentaux, de leur intégrité physique et morale, comme en témoignent, hélas, certaines dérives constatées. » ; « Nous devons regarder cette réalité dans toute sa diversité et complexité, avec responsabilité et courage, avec tout le respect dû aux familles et aux enfants concernés, et dans le même temps, nous voulons agir avec la plus grande fermeté envers ceux qui contournent les règles de la République et bafouent les droits de l’enfant. » ; « Il s’agit de protéger les jeunes esprits des influences néfastes, de leur permettre de grandir et de partager le socle de valeurs communes. »

Je voudrais finir en m’attardant un moment sur ce qui, plus que quelques paroles bien précises, est à mon sens le plus insultant. Le plus insultant, car le moins honnête, à vrai dire, car je ne peux croire que les porteurs de ce projet de loi soient à ce point ignorants de la réalité de l’IEF… Le plus insultant, donc, est pour moi le climat de suspicion créé autour de nos familles. On laisse penser que nous n’avons comme principal souci que de transmettre une idéologie malsaine à nos enfants, de les endoctriner d’une façon ou d’une autre. Que nous les laissons à l’abandon, ou pire, que nous les contraignons à suivre je ne sais quel programme destiné à leur laver le cerveau. On suggère que nous sommes hostiles à la société et que nos enfants sont enfermés chez nous, ne rencontrent jamais personne. On laisse entendre qu’il n’existe aucun cadre légal à l’IEF, que n’importe qui peut faire n’importe quoi, sans aucune conséquence. Corolaire : nous serions de dangereux anarchistes, et nos enfants ne seraient confrontés à aucune règle, aucun principe commun, et seraient incapables de se plier à la moindre directive. Tout cela est faux et injurieux. Les enfants instruits en famille sont connus, suivis, contrôlés. Bien plus que n’importe quel enfant scolarisé. Ils fréquentent d’autres personnes, adultes et enfants, de tous âges, de toutes origines, de tous milieux. Ils vont au parc, à la bibliothèque, à la piscine. Sont inscrits dans des clubs sportifs, des conservatoires, des écoles d’art… Ils vont au musée, au cinéma, écouter des concerts, assister à des pièces de théâtre. Souvent, ils ont bien davantage d’activités que les enfants scolarisés. En tient-on compte ? A-t-il été question de laisser les familles qui instruisent correctement leurs enfants continuer à le faire ? Pas le moins du monde, si ces familles ne sont pas concernées par le handicap ou l’itinérance.

Et puis, évidemment, il y a l’amalgame constant entre IEF et volonté séparatiste. Dans un dialogue sincère et respectueux, on doit éviter à tout prix la généralisation abusive et les raccourcis faciles. Il est malhonnête de laisser entendre à la France entière, dont la majorité ignore les modalités réelles de l’IEF (lorsqu’elle sait seulement que cela existe et est permis), que notre pratique n’est pas encadrée, qu’elle relève de la volonté malsaine d’une population marginale de ne pas participer au projet républicain.

Depuis le 2 octobre, on nous met dans le même sac que les islamistes les plus radicaux, les plus sanguinaires. Dans le même sac que les terroristes, que les hors-la-loi qui contournent les principes républicains, que les fondamentalistes qui ne jurent que par leur conception d’une religion qu’ils ont dévoyée, que les « ennemis de la République » qui veulent l’attaquer, en saper les fondements, la mettre à terre, l’humilier, la détruire. Le discours du président qui vise en premier lieu les dérives islamistes, pour en arriver à la conclusion qu’il faut interdire l’instruction en famille, a été la première marche de cet escalier : comment ne pas comprendre que l’IEF ne concernerait dans sa très grande majorité que des activistes radicaux de l’islam ? Cela est faux : on ne retrouve pas plus de musulmans en IEF que dans la population générale (on y trouve en revanche une franche proportion d’athées, ce qui semble contredire l’idée selon laquelle les parents s’engageraient dans l’IEF pour transmettre des valeurs religieuses). On ne voit pas plus de filles que de garçons en IEF (vous pouvez consulter cet article pour quelques précisions supplémentaires : clic). On ne compte parmi les terroristes aucun ex-enfant instruit en famille. Si la cible est véritablement l’islam radical, très bien. Combattons-le. Mais combattons-le là où il se trouve. Pas besoin de désigner de faux coupables pour se glorifier à bon compte d’avoir agit fermement sur la question de la lutte contre le fondamentalisme !

Je veux bien admettre qu’il existe certaines familles qui déscolarisent (ou ne scolarisent pas) à cause de convictions religieuses. Mais cela ne constitue en rien un délit. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dispose : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » Mais j’admets que parmi les familles en question, on trouve sans doute quelques islamistes. Mais encore une fois, de combien de familles parlons-nouqs ? 50 000 enfants en IEF, dont la moitié pour raisons de santé. Restent 25 000 enfants, donc. Combien de dangereux séparatistes dans le lot ? Admettons que, suivant les chiffres de l’Observatoire de la laïcité dans la population générale, 6 % de la population totale soit de religion musulmane : on arrive à 1 500 enfants. Sur ces 1 500, combien se trouvent au sein de familles radicales ? On va donc priver d’une liberté fondamentale, inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme, l’ensemble de la population pour une poignée de personnes qui enfreignent la loi. Disons qu’on décide demain de priver tous les Français de permis de conduire parce que certaines personnes conduisent de façon dangereuse, ou qu’une infime minorité conduit sans permis… Vous trouveriez cela juste ? En vérité, on ne sait absolument pas de combien de personnes il est question, comme le souligne cet article du Centre de Recherches internationales de Sciences Po (clic) : « Cependant, aucune enquête ne permet de dire dans quelle proportion l’instruction en famille concerne les familles musulmanes ni quel type de familles musulmanes elle concerne réellement. »

Honnêtement, il y a bien plus d’enfants en danger d’endoctrinement qui fréquentent l’école (c’est mathématique !) Occupons-nous de tous les enfants en danger, ne nions pas la réalité en supposant que tous les enfants scolarisés (y compris dans l’école de la République) évoluent au sein de familles saines et équilibrées. Ne nous voilons pas la face en refusant de traiter le cas des 100 000 enfants réellement privés d’instruction (clic) car vivant dans une grande précarité…

La vérité, c’est que pour l’immense majorité des familles instructrices (lorsque l’IEF relève d’un choix et non d’une obligation), l’IEF est avant tout un choix de vie. Il ne recouvre bien souvent pas d’autre idéologie que celle de passer du temps en famille, de voir ses enfants grandir et s’éveiller, apprendre, s’épanouir, de se permettre de ne pas courir sans cesse ou de ne pas entrer trop jeune dans un système de compétition. La réalité est là et, bien sûr, présentée ainsi, elle a peu à voir avec le rejet des valeurs de la République. Nos enfants et nous-mêmes ne sommes pas coupés de la société : nous y vivons, nous l’aimons, nous y participons. Nous sommes nombreux à avoir des engagements associatifs, à nous soucier de notre pays et de ses habitants, de notre cadre de vie et de la transmission de notre Histoire.

C’est aussi la raison pour laquelle nous sommes nombreux, parents instructeurs, à nous battre aujourd’hui selon les règles permises par notre démocratie : en rencontrant les parlementaires, en exposant nos demandes, en informant nos concitoyens, et en faisant, malgré tout, confiance à nos dirigeants pour respecter la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), qui affirme : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » (Art. 26.3), pour respecter la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), qui souligne : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. » (Art. 4), « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. » (Art. 5), et pour respecter le principe édicté par le Conseil constitutionnel :

« (…) toute mesure restreignant un droit fondamental doit, pour être proportionnée, satisfaire à une triple exigence d’adéquation, de nécessité et de proportionnalité au sens strict. Plus précisément :

– Une telle mesure doit être adéquate, c’est-à-dire appropriée, ce qui suppose qu’elle soit a priori susceptible de permettre ou de faciliter la réalisation du but recherché par son auteur ;

– Elle doit être nécessaire : elle ne doit pas excéder – par sa nature ou ses modalités – ce qu’exige la réalisation du but poursuivi, d’autres moyens appropriés, mais qui affecteraient de façon moins préjudiciable les personnes concernées ou la collectivité, ne devant pas être à la disposition de son auteur ;

– Elle doit enfin être proportionnée au sens strict : elle ne doit pas, par les charges qu’elle crée, être hors de proportion avec le résultat recherché. »

L’article 21 n’est pas adéquat : il ne permettra pas de repérer les familles radicalisées, et celles qui veulent demeurer dans la clandestinité le demeureront.

L’article 21 n’est pas nécessaire : il suffit en fait d’appliquer les lois déjà existantes, et de donner des moyens supplémentaires à l’administration pour assumer ses responsabilités.

L’article 21 n’est pas proportionné : nul besoin de priver tout un chacun d’une liberté pour lutter contre le séparatisme islamiste qui ne concerne qu’une frange infime de la population (et même pas celle qui est ciblée par le projet de loi…).

Voilà pourquoi le Conseil constitutionnel représente un grand espoir dans notre lutte.

Je cite enfin, pour information, plusieurs interventions entendues à l’Assemblée nationale : une partie de celle du député Christophe Lagarde, dont je ne partage pas toutes les positions, mais qui revient sur un certain nombre de points intéressants concernant l’IEF (source : assemblee-nationale.fr/15/cri/2020-2021/20210145.asp#P2385355).

J’en viens maintenant à la question de l’éducation et de l’instruction en famille. C’est la partie la plus déséquilibrée de votre projet de loi : on y sort manifestement du cadre d’un texte contre le séparatisme pour y exprimer une idéologie que je qualifie de laïcarde et qui est à mes yeux le contraire de la laïcité. Nous l’avons vu lors des débats en commission, cette idéologie veut imposer sa vision de l’éducation par l’État en niant le droit de la famille à pourvoir à l’éducation de ses enfants tout en respectant les valeurs républicaines.

Cela contrevient précisément au principe de liberté de l’éducation, et je pense d’ailleurs que ce n’est pas constitutionnel. Partant d’une crainte légitime – la captation d’enfants au service d’une idéologie –, le Gouvernement dresse des constats faux, non documentés, qui vont nuire à la liberté de l’éducation en famille, pénalisant une majorité de familles qui font ce choix sans poser aucun problème à la République, pour n’atteindre qu’une petite minorité de sectes et d’islamistes radicaux.

Nous l’avons dit en commission, ce sont les contrôles qui font défaut. On nous a répondu qu’ils étaient réalisés trop tard, six ou neuf mois après la déclaration d’instruction dans la famille. Mais il suffirait de mettre les moyens nécessaires pour qu’ils le soient dans un délai d’un mois ou deux ! Vous nous dites que cela nécessiterait beaucoup trop de personnel, mais c’est un mensonge que nous nous emploierons à démonter dans les jours qui viennent : il n’y aurait pas beaucoup de postes à créer pour répondre aux besoins. Il faudrait surtout recruter des agents spécialisés, capables de détecter ce qui relève effectivement d’un danger pour l’enfant et pour la République, afin de laisser les autres projets se construire dans un climat de confiance. Il suffit d’effectuer des contrôles, car la confiance n’exclut pas le contrôle.

Vous avez totalement inversé la logique : là où il fallait jusqu’à présent déclarer l’instruction en famille qui faisait ensuite l’objet de contrôles, vous avez décidé que des autorisations préalables devraient désormais être délivrées. Mais sur quelle base ? Sur quelle base allez-vous juger que des parents sont capables de construire le parcours éducatif de leur enfant à domicile, avant même qu’ils aient commencé à le faire ? Leur origine ? Leur religion ? Leur niveau social ? Leur niveau de formation ? En réalité, vous ne pouvez le faire qu’à partir du moment où le projet a débuté.

Nous pensons que l’éducation nationale devrait aider à la définition de ce projet puis le contrôler de manière très claire. En revanche, nous ne pensons pas qu’elle seule sache éduquer des enfants, contrairement à ce qu’ont dit en commission la rapporteure pour le chapitre V du titre Ier et le ministre. D’ailleurs, dans le discours prononcé par le Président de la République aux Mureaux, il était question non pas d’autoriser mais d’interdire l’instruction à domicile. Ce n’est que parce que le Conseil d’État a dit qu’une telle mesure était contraire à une liberté fondamentale que l’interdiction s’est muée en obligation d’obtenir une autorisation.

Il est d’ailleurs paradoxal qu’aucune autorisation ne soit exigée pour les écoles hors contrat, tandis qu’il serait nécessaire d’en obtenir une pour l’IEF – instruction en famille. Cela montre bien que vous faites moins confiance aux familles qu’à des écoles hors contrat qui ont pourtant refusé d’entrer dans une relation contractuelle avec la République. Ce raisonnement nous paraît curieux.

Un extrait de celle d’Alexis Corbière (même source) :

Ce qui monte dans le pays, ce n’est pas une volonté de séparation, mais une volonté de réparation, celle des dégâts des politiques économiques qui ont endommagé la République.

Nous défendrons nos amendements avec loyauté et sincérité, comme nous l’avons fait lors de l’examen du texte en commission spéciale. Ils se situent dans la continuité du grand combat laïque et républicain. Oui, c’est au nom du respect des principes républicains que nous défendrons nos soixante-dix amendements. Oui, le président Mélenchon l’a dit, nous pensons que ce n’est pas rendre service à la République que d’utiliser les mots qui nous sont chers – République et laïcité – pour instituer une loi des suspects, une ère du soupçon vis-à-vis de certains de nos concitoyens, notamment des citoyens de confession musulmane. 

L’intervention de Charles de Courson (même source) :

Les mesures relatives à l’éducation sont tout aussi problématiques : l’article 21, qui vise à restreindre l’instruction en famille, en passant d’un régime de déclaration à un régime d’autorisation, constitue une atteinte manifeste à la liberté d’enseignement. Vous osez dire que ce projet de loi est un texte de liberté, mais concernant l’instruction en famille, c’est tout le contraire !

Sans compter les problèmes constitutionnels qui en découleront, car tout cela finira devant le Conseil constitutionnel. La plupart des foyers qui pratiquent l’instruction en famille n’ont rien de dangereux terroristes ou de séparatistes. D’ailleurs, les terroristes français qui ont frappé notre pays ont tous fréquenté l’école publique ; aucun n’a été éduqué dans sa famille ! En quoi consiste, par ailleurs, « l’intérêt supérieur de l’enfant », nouvelle raison qui permettra aux familles de continuer d’éduquer leurs enfants comme elles le souhaitent ? Cette qualification de « supérieur » m’a toujours interloqué : qu’est-ce donc qu’un intérêt supérieur ?

Une remarque du député Paul Molac (même source) :

Dès lors, en voulant atteindre une infime minorité de la population française – les personnes radicalisées ou en voie de radicalisation –, le Gouvernement prend en réalité le risque de cibler d’autres catégories de population. Par exemple, nous avons souvent évoqué ici la question de l’instruction en famille, qui concerne 50 000 élèves : ils étudient souvent dans de très bonnes conditions. Or, je note que ce qui est actuellement un droit va devenir une autorisation : à mes yeux, ce n’est pas la même chose. Et tout cela pour, nous dit-on, quelque 1 000 élèves qui échapperaient à la République et étudieraient dans des écoles situées on ne sait trop où, et que le droit actuel permet déjà de fermer.

Une autre de Paul-André Colombani (même source) :

Alors que le texte ne devait cibler que ce qui pose problème dans la société, à savoir le fondamentalisme islamiste, il vise très large, au risque de causer des dommages collatéraux dans de nombreux pans de la société qui n’ont rien à se reprocher. Nous ne sommes pas les seuls à le dire. Écoutez donc les représentants des religions respectant parfaitement les lois de la République ; écoutez les représentants des écoles hors contrat soutenant des enfants qui seraient déscolarisés ; écoutez les parents de ces 50 000 enfants qui reçoivent une instruction à la maison. Alors qu’il faudrait faire de la chirurgie de précision, vous vous apprêtez à tailler à la hache.

Projet de loi : intervention de J.-M. Blanquer (01/02)

Le projet de loi confortant les principes de la République est examiné depuis le lundi 1er février par l’Assemblée nationale. Ce projet, par son article 21, remet en cause le principe de la liberté de choix par les parents du mode d’instruction de leur enfant, principe pourtant inscrit dans la Constitution.

Après un examen en commission spéciale, le projet de loi va être débattu par l’Assemblée nationale, puis présenté au Sénat. Les ministres porteurs de ce texte, et les membres de la commission (président, rapporteur général, rapporteurs thématiques) l’ont présenté aux députés ce lundi.

Voici la transcription de l’intervention de J.-M. Blanquer, ministre de l’Education, et mes réactions sur certains de ses propos. Pour une meilleure lisibilité, mes « réponses » sont en couleur.

M. le président, M. le président de la commission spéciale, M. le rapporteur général, Mmes et MM. les rapporteurs, Mmes et MM. les députés, Mme et MM. les ministres, mes chers collègues,

Je suis évidemment très heureux à mon tour de pouvoir présenter ce projet de loi qui représentera une des lois les plus importantes de ce quinquennat.

La République n’est pas une formule. La République, c’est un contrat social de tous les jours, et l’école de la République joue un rôle central dans ce contrat social de tous les jours. Notre pays est dans une situation particulière vis-à-vis de l’école parce que l’école a été fondatrice du régime dans lequel nous sommes. Sans école de la République, il n’y a pas de République, et nous le mesurons tout particulièrement dans les circonstances actuelles, où nous pouvons dire chaque jour que l’école, c’est bon pour les enfants. Et que l’école est absolument indispensable pour la construction de l’enfant, comme pour la construction de la République.

« L’école a été fondatrice du régime dans lequel nous sommes. » : La République n’a pas émergé de l’école. La République a émergé des idées des philosophes des Lumières. Peut-on penser la philosophie, la politique, la citoyenneté en dehors de l’école ? Il me semble que oui. Mes enfants sont instruits sur ce qu’est la démocratie, sur ce que sont les valeurs républicaines, ils réfléchissent, discutent, débattent, et se préparent à être citoyens alors qu’ils n’ont jamais fréquenté l’école.

« Sans école de la République, il n’y a pas de République » : Notre propos n’est pas de remettre en cause l’existence d’une école publique, ni d’une école républicaine. Simplement, nous voulons rappeler que l’école est un service public, auquel le parent peut choisir de déléguer l’instruction de son enfant, et non un passage obligatoire. On pourrait dire que sans liberté, il n’y a pas de République.

« nous pouvons dire chaque jour que l’école, c’est bon pour les enfants » : C’est le nouveau « truc » de notre ministre… Il le répète sur tous les tons, espérant sans doute qu’à force de le répéter, tout le monde va y croire… Je ne sais pas ce qu’en pensent les enfants harcelés, rackettés, ceux qui sont privés d’AESH, ceux à qui on répète à longueur d’année qu’ils sont nuls et n’arriveront jamais à rien, ceux qui sont en phobie scolaire, ceux qui sont dépressifs, en burn-out, suicidaires. Ce slogan me fait l’effet d’une vieille publicité : aucun argument, juste une affirmation facile et gratuite, presque de la propagande bon marché.

« Et que l’école est absolument indispensable pour la construction de l’enfant, comme pour la construction de la République. » : Encore un slogan facile. Non, l’école n’est pas indispensable pour bien se construire en tant qu’individu. Des tas de gens formidables et parfaitement équilibrés ne sont jamais allés à l’école. L’instruction et l’éducation sont indispensables à la construction de l’enfant. Tout comme l’amour et la bienveillance sont indispensables à son épanouissement. Opposer la non-scolarisation et la construction de la République est malhonnête : notre République n’est pas mise en danger par l’IEF comme on voudrait le faire croire. Les familles en IEF ne sont pas moins citoyennes que les autres. Nous ne sabordons pas la République, et il est insultant de laisser entendre le contraire.

C’est pourquoi les articles que j’aurai le plaisir de vous présenter au cours des prochains jours n’ont pas trait seulement à la défense de la République. Mais en ayant trait à la défense de la République, ils ont trait aussi à la défense des droits de l’enfant. Sur chacun des sujets, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui est considéré. Personne n’a des droits absolus sur les enfants. Personne. Et c’est l’honneur de la République, bien entendu, et donc de la société, que de défendre chaque enfant dans toutes les situations. Et c’est vrai évidemment vis-à-vis du droit à l’éducation.

« la défense des droits de l’enfant » : L’enfant a le droit de recevoir une instruction. Les parents en IEF en sont pleinement conscients, et ils sont très investis auprès de leurs enfants.

« Sur chacun des sujets, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui est considéré. » : Il est facile d’invoquer l’intérêt supérieur de l’enfant. Mais comment prétendre s’en soucier quand à aucun moment au cours de ce processus législatif il n’a été question de demander leur avis aux premiers concernés ? Pourquoi aucun enfant n’a été entendu ? Pourquoi ne pas s’inquiéter de savoir comment les enfants instruits en famille ont reçu cette annonce de la fin de leur mode de vie ? Et admettons que ce soit bien la recherche de l’intérêt supérieur de l’enfant qui guide notre Gouvernement. Qui va décider de ce qui constitue cet intérêt supérieur ? Les parents ne sont-ils pas en première ligne pour définir quel est l’intérêt supérieur de leur enfant ?

« Personne n’a des droits absolus sur les enfants. Personne. » : Nous sommes bien d’accord. Personne.

« Et c’est l’honneur de la République, bien entendu, et donc de la société, que de défendre chaque enfant dans toutes les situations. Et c’est vrai évidemment vis-à-vis du droit à l’éducation. » : Qui va défendre les enfants qui souhaitent conserver le droit d’apprendre en famille ? Qui s’épanouissent dans ce mode d’instruction ? Le droit à l’instruction est déjà protégé par les lois existantes. Si un défaut d’instruction est constaté, les sanctions existent. Les parents qui souhaitent instruire leur enfant le déclarent, et ils sont contrôlés tous les ans par l’inspection académique, et tous les 2 ans par la mairie, afin de vérifier justement que ce droit est respecté.

Il y a quatre façons de scolariser un enfant un enfant en France aujourd’hui. Il peut aller à l’école publique, il peut aller dans une école privée sous contrat, il peut aller dans une école privée hors contrat, et il peut avoir l’instruction en famille.

Je suis obligée de pointer la mauvaise foi de ces phrases, en même temps que leur habileté : les enfants en IEF ne sont pas scolarisés. Parler des « quatre façons de scolariser un enfant« , cela revient à laisser entendre que la scolarisation est obligatoire, ce qui est faux, et que l’IEF est déjà en soi une forme de scolarisation, ce qui est faux également. Les enfants instruits à domicile via un cours par correspondance sont en effet scolarisés : ils ont un programme à suivre, des devoirs à rendre, des notes, des bulletins, des avis de passage en classe supérieure, le droit à un certificat de scolarité, à l’allocation de rentrée scolaire… Ce n’est pas le cas pour les enfants en IEF.

Ces quatre modalités doivent évidemment être regardées par nous pour renforcer la République. Et avec ce projet de loi, nous ne partons pas de zéro. Dès le début de ce quinquennat, il y a eu un travail sur certains de ces aspects. J’ai évidemment commencé par l’école de la République. Nous avons créé le conseil des sages de la laïcité. Nous avons élaboré un corpus de normes, intitulé Vade-mecum de la laïcité, qui a permis pour les professeurs d’avoir un point de repère dans la vie quotidienne, chaque fois qu’une question se posait. Nous avons créé des équipes Valeurs de la République, qui interviennent dans chaque académie de France chaque fois qu’un problème est signalé, et nous avons tout simplement indiqué que plus jamais on ne dirait « pas de vagues dans cette maison ». Et malheureusement, en 2020, cette question a été illustrée par un drame, auquel le garde des Sceaux vient de faire référence, l’assassinat du professeur Samuel Paty. Et ça a été l’occasion de comprendre que ce sujet n’était pas un sujet abstrait, mais bien un sujet qui pouvait nous toucher jusque dans notre chair. Car on peut mourir pour la République, et c’est ce qui est arrivé pour Samuel Paty.

« Ces quatre modalités doivent évidemment être regardées par nous pour renforcer la République. » : Encore une fois, l’IEF n’est pas une menace pour la République. Elle ne concerne que 0,5% des enfants entre 3 et 16 ans. Pas de quoi remettre en cause le fondement de notre société.

Nous devons aujourd’hui nous attaquer à d’autres aspects. Pas seulement l’école de la République, mais aussi l’enseignement privé hors contrat et l’instruction en famille. S’agissant du hors contrat, là non plus nous ne partons pas de zéro. Il y a eu la loi Gatel. La loi Gatel a été très efficace pour nous permettre d’empêcher d’ouvrir des écoles lorsqu’elles nous paraissaient pas respecter les valeurs de la République. La loi que je vous présente va faire une avancée sur la question de la fermeture de ces écoles hors contrat ne respectant pas les lois de la République, puisqu’il sera beaucoup plus simple à l’avenir de les fermer, de la part de l’autorité publique, chaque fois qu’il y aura un manquement constaté. Bien entendu, sous le contrôle du juge s’il y avait un doute sur la pertinence de cette décision.

Et puis enfin, il y a l’instruction en famille. C’est certainement la disposition qui a fait couler le plus d’encre parmi celles que j’ai à vous présenter. Cette loi permet de compléter les dispositions précédentes dans notre corpus législatif. Parce que en effet l’instruction en famille, finalement, est une sorte de vide juridique, dans l’enjeu de la liberté d’enseignement en France. Et la préciser, c’est préciser une liberté, et donc conforter une liberté. Il ne s’agit pas de la supprimer. Il s’agit de s’assurer que cette modalité d’enseignement soit elle aussi conforme aux valeurs de la République. Et il serait très étonnant que cette modalité reste en marge.

« l’instruction en famille, finalement, est une sorte de vide juridique, dans l’enjeu de la liberté d’enseignement en France » : Vous êtes-vous déjà penchés sur la législation entourant l’instruction en famille ? Moi oui. Je peux vous assurer qu’il ne s’agit absolument pas d’un vide juridique. Un vide juridique, c’est une faille, un cas que la loi n’a pas prévu, et qui permet à certaines personnes de profiter du système, en quelque sorte… Je vous assure que la loi existe pour encadrer l’IEF : sa déclaration, les contrôles prévus, et bien sûr les sanctions si les parents ne respectent pas les lois existantes (ce qui est tout à fait normal). Cela ne ressemble en rien à un vide juridique. Le Code de l’éducation prévoit bien cette modalité d’instruction et les droits et devoirs des parents et de l’administration, on trouve facilement la circulaire qui encadre le contrôle académique, il existe un Vademecum, actualisé chaque année, destiné aux personnels chargés de l’enquête de mairie et du contrôle pédagogique… Question vide juridique, ça se pose là…

D’ailleurs, pas besoin de me croire sur parole. Puis-je vous suggérer de plutôt vous en remettre aux propos d’un éminent juriste ? Pas n’importe lequel, attention ! Un docteur en droit, maître de conférence, ça vous convient ? Alors c’est parti : le 18 juin 2020, un certain Jean-Michel Blanquer (oui, oui, le même) est auditionné par la commission d’enquête sur la lutte contre la radicalisation. Il déclare : « Cette liberté d’instruction à domicile a un fondement constitutionnel puissant (…). A l’heure actuelle, je pense qu’il faut appliquer les règles que nous avons établies dans la loi de 2019. (…) j’ai pu dire à l’Assemblée nationale et au Sénat qu’il fallait encadrer davantage et c’est ce que nous avons fait. Mais sur le plan juridique, je crois que nous sommes parvenus à un bon équilibre. » Voilà, voilà…

« Et la préciser, c’est préciser une liberté, et donc conforter une liberté. » : Alors… non. Une liberté pour laquelle il est nécessaire de demander une autorisation préalable n’est plus une liberté fondamentale. Nous n’avons pas à quémander le droit de faire ce que tout parent est censé faire, à savoir prendre en charge, de la façon qui lui paraît la plus adaptée, l’éducation et l’instruction de son enfant.

« Il ne s’agit pas de la supprimer. Il s’agit de s’assurer que cette modalité d’enseignement soit elle aussi conforme aux valeurs de la République. » : L’IEF est conforme aux valeurs de la République. Elle est l’expression d’une liberté d’enseignement, de l’égalité de tous les citoyens qui peuvent choisir comment ils souhaitent instruire leurs enfants. Et concrètement, si, cette liberté va bien être supprimée pour au moins la moitié des familles actuellement en IEF.

Alors tout au long de nos débats, nous aurons l’occasion de voir de quelle façon nous allons l’encadrer. Nous avons voulu un régime d’autorisation, de façon à nous assurer des droits de l’enfant. Nous avons voulu un régime d’exceptions, aussi, chaque fois que c’était nécessaire, pour tenir compte des particularités. Et donc c’est une loi qui va renforcer la liberté, tout simplement, parce qu’elle va permettre de cadrer l’organisation de l’instruction en famille. C’est aussi une loi qui va permettre de protéger les droits de l’enfant, parce qu’on ne pourra pas faire n’importe quoi dans ce cadre-là. Et c’est donc une loi qui permettra de regarder en face l’un des problèmes graves en matière de séparatisme islamiste, c’est-à-dire le fait que des enfants aujourd’hui peuvent être scolarisés clandestinement au titre de l’instruction en famille. Je le rappelle, plus de la moitié des enfants que nous trouvons lorsque avec le ministre de l’Intérieur nous démantelons une structure de ce type sont des enfants qui officiellement sont scolarisés selon l’instruction en famille.

« de quelle façon nous allons l’encadrer » : Encore une fois, c’est malhonnête de présenter les choses de cette façon. L’IEF est encadrée, et largement. Nous sommes soumis à bien plus de contrôles que les familles scolarisantes. Quel professeur peut dire qu’il est inspecté chaque année ? Quel enfant doit prouver chaque année devant un inspecteur académique souvent inconnu qu’il maîtrise bien telle ou telle compétence ? Quelle famille est visitée tous les deux ans pour expliquer comment elle socialise ses enfants ? N’en faisons-nous pas déjà assez entre les déclarations, les contrôles, les dossiers pédagogiques, les multiples preuves de notre bonne foi et de nos compétences à fournir ? Avons-nous réellement besoin d’être davantage encadrés ?

« Nous avons voulu un régime d’autorisation, de façon à nous assurer des droits de l’enfant. » : Quel est le rapport ? Le droit de l’enfant à l’instruction n’a pas besoin de ce régime d’autorisation. Le droit de l’enfant à donner son avis sur toute question le concernant, prévu par la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), on en parle ou pas ? Edit (parce que c’est succulent, tout de même) : je vous cite à nouveau notre juriste préféré, qui s’exprime lors de l’examen de « sa » loi pour Ecole de la confiance. Nous sommes le 14 février 2019, et Mme Lang, rapporteure, s’exprime sur un amendement visant à mettre en place un régime d’autorisation pour l’IEF : « Avis défavorable. La liberté d’enseignement est un principe à valeur constitutionnelle. Instaurer une autorisation préalable irait à l’encontre du principe du choix de l’instruction. » M. Blanquer ajoute : « Même avis, pour les mêmes raisons. »

« Nous avons voulu un régime d’exceptions, aussi, chaque fois que c’était nécessaire, pour tenir compte des particularités. » : Reste à savoir qui définira ces exceptions. Pour l’instant, le texte de loi est exceptionnellement flou sur les exceptions en question. Sont mentionnés l’état de santé de l’enfant (mais quid par exemple de la phobie scolaire, qui n’est pour l’instant pas reconnue comme motif suffisant pour bénéficier du CNED réglementé ?), l’itinérance des parents, le fait de pratiquer de façon intensive sport ou musique, mais qu’en est-il des autres particularités ? Un enfant qui souhaite simplement apprendre autrement sera-t-il entendu et respecté dans son besoin ? Un enfant qui désirera apprendre au sein de son foyer sera-t-il écouté ? Nous en doutons fort.

« Et donc c’est une loi qui va renforcer la liberté, tout simplement, parce qu’elle va permettre de cadrer l’organisation de l’instruction en famille. » : Et ce n’est pas en répétant les choses qu’on en fait des vérités. L’organisation de l’IEF est déjà cadrée, déjà organisée par la loi. Laisser entendre qu’aucun cadre légal n’existe autour de notre pratique est inadmissible.

« C’est aussi une loi qui va permettre de protéger les droits de l’enfant, parce qu’on ne pourra pas faire n’importe quoi dans ce cadre-là. » : D’ores et déjà, nous ne pouvons pas (quand bien même nous le souhaiterions) « faire n’importe quoi dans ce cadre-là ». Le cadre existe, il est déjà très contraignant, et comme dit précédemment, les parents instructeurs sont très investis auprès de leurs enfants. On ne choisit pas l’IEF pour délaisser les enfants, ou simplement parce que nous avons la flemme de nous lever le matin pour les emmener à l’école ! L’IEF est dans de nombreux cas un choix de vie. Elle reflète la volonté des parents de s’investir totalement dans l’éducation de leur enfant, au point de ne pas en dissocier l’instruction, et de souhaiter l’assurer eux-mêmes. Elle suppose des heures de travail, beaucoup de réflexion, une immense disponibilité, et énormément de compétences. Ceux qui connaissent des familles instructrices le savent : le « n’importe quoi » n’est pas au programme chez elles. Et pour les quelques unes qui ne prendraient pas soin de leurs enfants, il y a la loi, l’injonction de scolarisation, voire le fait de leur enlever leurs enfants si la situation est critique. Pas besoin d’autre loi.

« Et c’est donc une loi qui permettra de regarder en face l’un des problèmes graves en matière de séparatisme islamiste, c’est-à-dire le fait que des enfants aujourd’hui peuvent être scolarisés clandestinement au titre de l’instruction en famille. Je le rappelle, plus de la moitié des enfants que nous trouvons lorsque avec le ministre de l’Intérieur nous démantelons une structure de ce type sont des enfants qui officiellement sont scolarisés selon l’instruction en famille. » : Passons sur le « donc » qui n’a rien à faire là. On en arrive enfin au cœur de ce que concerne cette loi : l’islamisme radical. En écoutant les discussions en commission spéciale, nous avons été nombreux à ne pas comprendre ce que faisait l’IEF dans ce projet de loi. Nous ne sommes pas concernés (ou de façon extrêmement marginale) par le séparatisme islamiste. L’IEF n’est en aucun cas le bastion de musulmans radicaux. On y trouve davantage de catholiques traditionnalistes, de chrétiens évangéliques, et surtout de très nombreux athées. Aucune preuve n’a pu être apportée par le Gouvernement d’un quelconque lien entre IEF et la radicalisation. Aucun lien n’est établi entre le terrorisme, le séparatisme et l’IEF. Et puisque les uns et les autres continuent d’instrumentaliser le drame de la mort d’un professeur pour servir leur propos, je dois souligner que c’est bien au sein de l’école que cet acte a eu lieu, et non dans le cadre de l’IEF.

M. Blanquer évoque des enfants « scolarisés clandestinement au titre de l’instruction en famille ». Au-delà de la phrase terriblement mal construite, je ne comprends pas le propos du ministre. On parle ici d’enfants, qui seraient déclarés instruits en famille, mais scolarisés clandestinement. Sous-entendu « dans des écoles islamistes ». En quoi le fait de soumettre l’IEF à autorisation empêchera cela ? Ceux qui veulent contourner la loi, agir clandestinement, continueront à le faire.

Les écoles de fait, ou les écoles hors contrat ne respectant pas la loi déjà existante peuvent être fermées facilement grâce à la loi Gatel, comme le rappelle M. Blanquer plus haut dans son discours. Le dispositif législatif fonctionne, puisque ces écoles sont repérées et fermées. Lorsqu’il affirme que « plus de la moitié des enfants que nous trouvons lorsque avec le ministre de l’Intérieur nous démantelons une structure de ce type sont des enfants qui officiellement sont scolarisés selon l’instruction en famille« , je m’interroge. Combien d’enfants cela représente-t-il au juste ? La moitié de combien ? De combien d’enfants parlons-nous ? Quel est le chiffre faramineux qui justifie qu’on prive de liberté des dizaines de milliers de familles respectueuses de la loi et qui ne font pas parler d’elles ? Ces chiffres, impossible de les obtenir. J’imagine pourtant que s’ils étaient si convaincants, on n’hésiterait pas à nous les communiquer…

C’est cette efficacité que nous voulons. C’est cette efficacité qui nous permettra de défendre la République au quotidien. C’est cette efficacité aussi qui nous permettra de défendre les droits de l’enfant. Je vous remercie.

Que puis-je ajouter ? L’efficacité est déjà d’actualité : sur tous les contrôles effectués, seuls 7% s’avèrent insuffisants et donnent lieu à un second contrôle, dont la presque totalité a un résultat satisfaisant. Si l’on parle de l’efficacité en termes de nombre de contrôles réellement effectués, il est vrai que l’administrations pourrait améliorer ses résultats. Les familles ne reçoivent pas toutes les visites prévues par la loi. Mais attention : ces contrôles non effectués ne sont pas le fait des familles, mais dans la grande majorité des cas celui des mairies et des académies qui ne prennent pas contact avec elles. Faut-il punir les familles en considérant qu’elles se soustraient aux contrôles ou plutôt fournir une meilleure information (certains maires ignorent tout simplement qu’il leur incombe d’effectuer une enquête auprès des familles instructrices), plus de moyens et une formation adaptée à l’administration qui peine parfois à assumer sa tâche, faute de temps et de personnel disponible ? Je ne nie pas que certaines personnes peuvent refuser sciemment de se soumettre à la loi, mais les sanctions déjà prévues sont suffisantes pour les y contraindre : l’efficacité serait simplement de les appliquer !

Pour conclure, et pour information, voici une infographie réalisée suite au sondage mené par le collectif Félicia en 2020, et présentant quelques chiffres intéressants, qui montrent que la réalité est bien loin de ce que le ministre dénonce :

A venir : mes commentaires sur l’intervention d’Anne Brugnera, rapporteure thématique pour les articles 21 à 25.

Réflexion sur l’inclusion à l’école

Vendredi 6 avril, le Premier Ministre, Edouard Philippe et la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, Sophie Cluzel,  ont présenté le plan autisme pour 2018-2022.

Le texte officiel est téléchargeable ici : clic.

Ce plan s’articule autour de 5 engagements principaux (renforcer la recherche et les formations, mettre en place les interventions précoces prescrites par les recommandations de bonnes pratiques, garantir la scolarisation effective des enfants et des jeunes, favoriser l’inclusion des adultes, soutenir les familles).

Evidemment, c’est sur le troisième engagement (garantir la scolarisation effective des enfants et des jeunes) que je souhaite revenir.

 

Voici le texte de l’engagement n°3 :

ENGAGEMENT N°3
Rattraper notre retard en matière de scolarisation
9 – Scolariser en maternelle tous les enfants autistes :
• Faciliter la scolarisation à l’école maternelle ordinaire, en faisant intervenir en classe des équipes médico-sociales ou libérales, en soutien aux équipes pédagogiques.
• Tripler le nombre d’unités d’enseignement maternel autisme (UEMa) afin de scolariser tous les enfants à 3 ans y compris ceux présentant des troubles plus sévères.
10 – Garantir à chaque enfant un parcours scolaire fluide et adapté à ses besoins, de l’école élémentaire au lycée :
• Accélérer le plan de conversion des AVS (auxiliaires de vie scolaire), recrutés en contrat de courte durée en AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap), afin de permettre aux enfants suivant une scolarité ordinaire de bénéficier d’accompagnants plus pérennes et plus professionnels.
• Augmenter le nombre d’élèves atteint de troubles du spectre de l’autisme (TSA) scolarisés en Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) en élémentaire, au collège et en lycée professionnel.
• Redéployer l’offre d’éducation spécialisée au sein de l’école et créer des unités d’enseignement en élémentaire dédiés à la scolarisation de jeunes élèves avec TSA requérant un appui médico-social soutenu.
11 – Former et accompagner dans leur classe les enseignants
accueillant des élèves autistes :
• Renforcer les équipes ressources départementales par 100 enseignants spécialisés sur l’autisme (1 par département) : ces professeurs spécialisés interviendront sur place, auprès des équipes pédagogiques et des enseignants accueillant dans leurs classes des enfants autistes.
• Développer des actions d’information et sensibilisation à destination des professionnels intervenant dans le parcours scolaire de l’enfant (accompagnants, enseignants et enseignants spécialisés, médecins et psychologues scolaires…).
12 – Garantir l’accès des jeunes qui le souhaitent à l’enseignement supérieur :
• Faciliter l’accès à l’enseignement supérieur, au travers du nouveau processus Parcoursup, par la construction d’un parcours scolaire adapté et l’amélioration des accompagnements au sein de l’université.

On estime aujourd’hui que 700 000 personnes en France sont autistes, dont 100 000 jeunes de moins de 20 ans (il naît environ 7 500 enfants autistes par an). Cependant, une certaine part de ces enfants ne recevra de diagnostic, ou le recevra tardivement, particulièrement les filles, chez qui les traits sont légèrement différents et moins bien connus.

La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République du 8 juillet 2013 consacrait le principe d’inclusion scolaire.

Le plan souligne à de nombreuses reprises que tous les enfants autistes doivent pouvoir être scolarisés, tout en mettant l’accent au fil du texte sur la liberté qui doit être accordée aux autistes et à leurs familles de choisir pour eux-mêmes ce qui leur convient.

J’avoue que je crains un peu que la volonté d’inclusion ne se mue à terme en injonction de scolarisation, « pour le bien de l’enfant », « pour son inclusion dans la société ».

Evidemment, je trouve tout à fait normal et souhaitable que chaque enfant/jeune qui souhaite intégrer l’école (que ce soit une école ordinaire ou spécialisée) puisse le faire. Je trouve aussi capital que des filières soient ouvertes aux autistes qui désirent suivre des études, se former à un métier.

La formation des personnels enseignants et des cadres de l’Education est aussi un point essentiel. En classe comme en IEF, avoir affaire à des inspecteurs ou conseillers au fait de ce qu’est l’autisme est capital (nous avons d’ailleurs fortement apprécié d’avoir lors de notre inspection des personnes formées et qui savaient clairement de quoi il retournait). Il faut aussi que les élèves ou étudiants puissent obtenir de l’aide facilement (AVS, aménagements…). Par ailleurs, il faudra réfléchir à l’adaptation de l’environnement aux enfants autistes, ne serait-ce que pour prendre en compte leurs particularités sensorielles.

Mais qu’en est-il de la liberté de choix d’instruction pour les familles ayant un ou plusieurs enfants autistes et qui souhaitent pratiquer l’IEF ? Leur choix sera-t-il respecté?

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Quand on voit que même au sein du Ministère, la confusion règne sur l’emploi des termes « scolarisation », « instruction » (ce qui donne lieu à des déclarations du type « la scolarisation est obligatoire de 6 à 16 ans »), je pense que la vigilance sur ce sujet s’impose.

Notre choix de l’IEF est antérieur au diagnostic de notre fils, et son autisme n’est pas la cause de sa non-scolarisation. Pour preuve : nous pratiquons l’IEF avec tous nos enfants. Je reste convaincue que l’IEF est la meilleure voie pour nos enfants, et que c’est une réponse réellement appropriée pour les enfants et les jeunes autistes.

Je ne peux qu’espérer que notre liberté d’instruction sera respectée, et qu’on ne cherchera pas à « inclure » à n’importe quel prix, en refusant de prendre en compte les particularités et souhaits de chacun.

L’IEF avec un enfant Asperger

Le syndrome d’Asperger est un trouble du spectre autistique. Il concerne des enfants qui présentent des traits autistiques (communication particulière, comportements stéréotypés, rigidité et attachement aux routines, difficulté à entrer en relation de façon ordinaire), sans déficience intellectuelle, ni trouble du langage.

Pour en savoir plus sur cet aspect de l’autisme, je vous invite à consulter cette page et à télécharger éventuellement ce document très complet et accessible : le syndrome d’Asperger chez l’enfant.

Le syndrome d’Asperger n’est pas une maladie (ça ne « s’attrape » pas et on n’en « guérit » pas), c’est un état, une condition. Il ne disparaît pas à l’âge adulte, on apprend à faire avec.

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Pour retrouver cette affiche : clic.

Notre fils aîné a été diagnostiqué Asperger à l’âge de 7 ans. Nous avions déjà fait le choix de l’IEF, ce qui nous différencie d’autres familles, où la déscolarisation intervient suite au diagnostic ou à des soucis à l’école.

Cependant, les difficultés dans la socialisation et la communication étant centraux dans le syndrome, et les autistes Asperger apprenant en partie ces habiletés par l’imitation des pairs, la question d’une scolarisation de notre fils s’est posée.

Après nous être informés auprès de diverses sources, nous avons décidé de continuer l’IEF, pour lui comme pour sa sœur et son frère (qui ne sont pas autistes).

Je vous propose de vous exposer brièvement les raisons de ce choix, qui va un peu à contre-courant des démarches d’associations qui militent activement pour l’inclusion scolaire des enfants autistes.

  • L’énergie dépensée pour la socialisation et la concentration n’est plus disponible pour les apprentissages.

Les personnes Asperger sont très sensibles à la fatigue, et la plupart présente des particularités sensorielles (hypersensibilité au bruit, à la lumière…). Se trouver pendant 6 à 8 heures en groupe, dans des classes souvent bruyantes, à devoir gérer les interactions sociales, à s’adapter au rythme du groupe, à ne pouvoir s’isoler, est coûteux en énergie pour les enfants, et peut nuire à la concentration et à la qualité de l’apprentissage. En IEF, l’énergie est totalement centrée sur les apprentissages.

  • Les enfants Asperger ont besoin de temps de repos adaptés.

Après une période de socialisation, ou un temps dans le bruit, une personne Asperger aura besoin d’un temps plus ou moins long à l’écart, dans le silence le plus souvent, pour pouvoir se ressourcer. D’autant que des troubles du sommeil sont souvent associés au syndrome, et que les efforts au niveau psychomoteur fatiguent rapidement l’enfant. L’IEF permet de s’adapter au mieux au rythme de l’enfant et à ses besoins de repos, de récupération.

  • Les enfants Asperger ont souvent des troubles associés qui sont plus facilement pris en compte et en charge en IEF.

Le TDA/h (trouble de l’attention, avec ou sans hyperactivité), les « dys- » (dyslexie, dyspraxie, principalement), les TOC, l’épilepsie, ou des troubles de la coordination et de la motricité fine (entraînant des problèmes pour la maîtrise de l’écriture, notamment), les troubles associés au syndrome sont fréquents, et compliquent encore la scolarisation (nécessitant souvent une AVS qu’on a bien de la peine à obtenir, et qui est rarement formée de façon spécifique). En IEF, il est possible de composer avec ces troubles de façon beaucoup plus souple, et de faire progresser l’enfant à petits pas. En outre, il devient aussi plus facile de trouver des créneaux pour les rendez-vous chez les spécialistes (orthophoniste, psychomotricité, etc).

  • Les apprentissages peuvent s’appuyer sur les intérêts spécifiques de l’enfant.

Les personnes Asperger se caractérisent souvent par un (ou plusieurs) intérêt(s) particulier(s), c’est-à-dire qu’ils ont un sujet de prédilection sur lequel ils aiment se documenter de façon assez pointue, ou une activité qu’ils aiment pratiquer très régulièrement. Ce sujet peut facilement en IEF devenir la base d’apprentissages (formels ou non) qui vont motiver l’enfant de façon particulière.

  • La socialisation « forcée » n’est pas productive.

J’en ai parlé plus haut, se trouver enfermé plusieurs heures avec plus de 25 enfants peut être une épreuve pénible pour un enfant Asperger. En IEF, il devient possible de gérer une socialisation « à doses adaptées ». Si vous avez plusieurs enfants, ils sont de fait socialisés. Il n’est pas question de ne voir que sa famille, bien sûr, mais de pouvoir choisir le rythme de socialisation. Rencontrer peut-être un seul autre enfant au début, pour faire connaissance, faire des sorties en petits groupes, pour apprivoiser le fait de se trouver « en bande ». Retrouver aussi d’autres enfants dans un cadre défini (un cours de musique, par exemple) peut contribuer à apaiser l’angoisse qui peut naître d’une situation un peu floue, où l’enfant ne sait pas ce qu’il est censé faire. Et puis, la socialisation, c’est aussi rencontrer d’autres personnes (pas seulement des enfants de son âge) : apprendre à aller du pain, discuter avec le bibliothécaire, échanger quelques mots avec le facteur… En IEF, l’enfant pourra aller à son rythme et ne sera pas envahi par les contacts sociaux.

  • L’enfant Asperger a une façon particulière d’apprendre et de progresser.

Le style d’apprentissage de l’enfant autiste est particulier, il apprend à un rythme spécifique, il a souvent une angoisse face à l’échec (ce qui l’amène à refuser certains exercices par peur de ne pas les réussir), il a besoin que les consignes soient énoncées de façon particulière. Il peut aussi progresser très vite dans certains domaines, et beaucoup plus lentement dans d’autres. L’IEF permet de s’adapter facilement à toutes ces particularités. On peut se permettre de suivre des niveaux différents, de laisser un temps de côté ce qui coince, d’y revenir plus tard, ou de s’y attarder, passer plus vite sur ce qui est déjà maîtrisé…

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Pour toutes ces raisons, de nombreuses familles aux Etats-Unis, au Canada ou ailleurs choisissent l’IEF pour leurs enfants.

Le rythme et les exigences adaptées permettent de progresser en douceur, de travailler avec les forces de l’enfant tout en tenant compte de ses limites (qui ne sont pas gravées dans le marbre, et que l’on peut aussi faire reculer, peu à peu). Il y a déjà tant de défis dans le quotidien d’un enfant Asperger que je trouve que le milieu scolaire représente un challenge épuisant et inutile (sauf dans le cas d’une école « différente », prête à s’adapter, avec un effectif réduit, et des enseignants ouverts et formés).

Je sais que les associations militent pour l’inclusion scolaire, c’est une demande pressante de leur part, et je la respecte en même temps que je la comprends. 20% seulement des enfants autistes ont accès à la scolarisation, une grande partie de ces enfants est tout simplement priée de se cacher et de débarrasser le plancher, ce qui est inacceptable. Il faut bien exiger fortement que l’inclusion soit possible, naturelle, simplement pour que l’IEF reste ce qu’elle doit être : un choix libre. Pas question d’imposer l’IEF à une famille, sous prétexte que son enfant est inadapté à une classe ordinaire.

Cependant, je pense que dans le cas de beaucoup d’enfants Asperger (et en l’absence de formation en d’information des enseignants), l’IEF peut être une solution idéale.

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L’apprentissage se fait, l’observation aussi, l’imitation se met en place lors des événements normaux d’une vie d’enfant (activités en famille ou avec d’autres personnes, sorties, vie quotidienne), le tout dans un cadre connu et rassurant, et en compagnie des personnes qui connaissent le mieux l’enfant et ses besoins. Que demander de mieux ?

 

EDIT : Je me rends compte que mon article ne parle que très peu des points forts des enfants Asperger… Le syndrome n’est pas qu’un ensemble de déficiences, c’est une façon différente de fonctionner et de penser. Si l’on est loin du cliché de l’autiste « génie », les personnes Asperger présentent souvent des aptitudes particulières dans certains domaines… comme tous les enfants ! Si votre enfant vient de recevoir ce diagnostic, pas de panique, le chemin sera sans nul doute différent, mais pas moins beau ni riche.

 

Un article, sur le blog « Petits Homeschoolers », qui évoque l’IEF sous l’angle de la pédagogie Charlotte Mason : La pédagogie Charlotte Mason et les enfants Asperger.

« Je ne sais pas comment tu fais! », ou comment passer tout son temps (ou presque) avec ses enfants

C’est une des réflexions qui revient très souvent quand j’évoque l’IEF avec des familles scolarisantes.

La plupart de mes amies m’a dit au moins une fois cette phrase, ou une assez équivalente.

J’avoue que si on imagine assez facilement des enfants assez grands ou des ados plutôt autonomes, l’idée de passer chaque jour avec de jeunes enfants peut être d’avance fatigante.

Alors qu’en est-il ? Les parents IEFeurs sont-ils de super-héros ? Avons-nous suivi un entraînement spécial auprès de maîtres zen ? Sommes-nous tout simplement de meilleurs parents ? O:)

Rien de tout cela, je l’avoue. Nous avons tous nos trucs pour assurer le quotidien. Voici les miens, n’hésitez pas à partager les vôtres. 😉

L’IEF est un choix

Rien que ça, c’est énorme, parce que ça donne une vraie motivation. Nous avons choisi cette vie, et comme tout choix, il a été réfléchi, pesé, mesuré, et nous nous y sommes engagés délibérément, et avec enthousiasme.

S’en souvenir suffit parfois à redonner un petit coup de fouet. Se souvenir de nos motivations profondes, des raisons qui ont débouché sur cette décision, remet les pendules à l’heure quand tout ne roule pas comme prévu, et c’est fréquent !

Nous avons fait un choix, et nous l’assumons. Nous le vivons. Il y a de bons côtés, et aussi de moins bons. Mais cela nous correspond. Lorsque cela ne nous correspondra plus, ou plus assez, on en reparlera, mais pour l’instant, c’est cette vie qui nous convient.

C’est aussi un choix fait ensemble, et le soutien du conjoint est une part importante de ma motivation. Quand je doute ou que je fatigue, je ne suis pas seule, il est là, et c’est un vrai soulagement pour moi.

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Qui veut voyager loin ménage sa monture

Comme toute activité, la vie de famille et l’IEF exigent des pauses et des temps de repos.

Ayant eu trois enfants en 4 ans, et n’ayant pas de permis de conduire, il m’était difficile d’avoir une activité de détente à l’extérieur. Je n’arrive pas non plus à me reposer à fond une semaine par an, et à assurer le reste du temps. Alors je me ménage des pauses dans la journée.

Je profite du temps calme du début d’après-midi pour me poser un peu. Pendant que les deux petits sont à la sieste et que le grand lit tranquillement, je prends une heure pour moi. Bien sûr, si besoin, je suis disponible, et parfois la sieste tombe à l’eau, mais je suis finalement rarement dérangée. Je bois un café, je fouille le net, je lis un bouquin, j’écris pour le blog, peu importe, mais c’est un temps à moi. Je recharge mon capital patience, ça me permet de finir la journée (à peu près) sereinement.

Le soir, lorsque mon mari rentre du travail, je sais qu’il va prendre un peu le relais. Il joue ou discute avec les enfants pendant que je prends une douche ou un bain, que je prépare le repas (sans enfants autour, c’est reposant), ou que je fais tout autre chose, sans rapport avec ma vie de maman. S’il rentre tôt, ou durant le week-end, il arrive aussi que mon mari sorte jouer ou se promener avec les enfants pendant que je me repose. Ce n’est pas très souvent, mais ça me fait du bien.

Il ne faut pas oublier non plus les temps passés chez les amis, les moments où les enfants font des activités à l’extérieur, vont au centre aéré ou en colo…

A vous de trouver ce qui vous ressource, et de décider du rythme qui vous convient, mais prenez soin de vous, c’est un service que vous vous rendez, et un bon exemple d’hygiène de vie que vous donnez à vos enfants.

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« Tes enfants sont faciles, tu as de la chance ! »

C’est vrai, mes enfants sont plutôt calmes, assez raisonnables, et je ne suis pas obligée de les surveiller sans cesse pour être sûre qu’ils ne vont pas démonter la maison.

Est-ce de la chance, ou le fruit de notre éducation ? Un peu des deux, probablement.

Mais une chose est sûre : j’ai vu des enfants calmes et charmants devenir en entrant à l’école de petites furies incontrôlables, violentes, insolentes, et prêtes à exploser au moindre prétexte.

C’est un fait, si l’école réussit à certains enfants, d’autres, assez nombreux, y sont malmenés. C’est souvent le cas des jeunes enfants, qui ne sont pas prêts à la vie en communauté, pas prêts à « affronter » les autres, pas prêts à être livrés à eux-mêmes une bonne partie du temps.

L’école est exigeante, fatigante, stressante, bruyante. Les enfants y apprennent des comportements nouveaux (insolence, brutalité), ils font de gros efforts pour obéir et faire ce qui est attendu (en résulte souvent une tension qui doit bien être évacuée), ils sont stressés et fatigués par le rythme, les réveils matinaux, le manque de temps calmes, de sieste aussi parfois.

Je lis souvent le témoignage de parents qui constatent que leurs enfants une fois déscolarisés ont un comportement radicalement différent. Evidemment, ça ne se fait pas du jour au lendemain, il faut le temps de se défaire de cette pression, mais il n’est pas rare d’entendre ce genre de remarques venant de parents qui pensaient jusque là  que leur enfant était capricieux, inattentif aux autres, incapable de se poser pour une activité calme, ou volontairement brutal avec ses pairs.

D’autre part, il ne faut pas croire que ce calme est simplement dans leur nature : ce sont des enfants, ils peuvent être bruyants, excités, nerveusement fatigués, ou simplement avoir envie de faire le bazar. Mais il y a quelques règles chez nous, et nous les faisons respecter (on ne court pas et on ne saute pas à l’intérieur (nous sommes en appartement); on chuchote pendant le temps d’école et le temps calme; on ne crie pas dans la maison).

En contrepartie, il est évident que nous donnons aux enfants la possibilité de se défouler comme ils en ont besoin.

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L’autonomie, ça se conquiert

Aucun enfant ne naît autonome. C’est ainsi. Nos bébés sont profondément dépendants de nous, c’est une question de survie.

Un bébé a un besoin vital de proximité physique, et un besoin tout aussi vital d’être rassuré (l’un allant souvent avec l’autre, d’ailleurs).

Il est normal qu’un enfant ne veuille pas se séparer de sa mère (oui, même à deux ans !), normal aussi que ce soit vers elle qu’il se tourne dès qu’il est angoissé, frustré, gêné.

Je l’ai dit, j’ai eu trois enfants en 4 ans, les deux premiers sont nés à 18 mois d’intervalle. Autant vous dire qu’entre la naissance de Martin, notre aîné, et les 3 ans de Joanne, sa cadette, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour moi. Si Martin était un bébé calme, qui dormait bien et beaucoup assez rapidement, sa petite sœur avait quant à elle un grand besoin d’être portée presque à longueur de journée. Elle passait le plus clair de sont temps dans l’écharpe de portage, et dès qu’on la posait, elle hurlait tant et si bien que je la surnommait à l’époque « la petite sirène ». J’en souris aujourd’hui, mais je dois avouer que durant la phase où même son papa ne trouvait pas grâce à ses yeux, et où je l’entendais vociférer dans ses bras pendant les 10 minutes où je prenais une douche, je n’en pouvais plus. Si on m’avait dit à l’époque que nous allions pratiquer l’IEF, et que je passerais mes journées avec mes deux bouts de chou et leur petit frère à venir, j’aurais rigolé. Ou pleuré. Ou les deux.

En général, les parents estiment normal de donner beaucoup de temps à un enfant les premiers mois, voire jusqu’à un ou deux ans, puis ils attendent de l’enfant qu’il puisse jouer seul un moment, qu’il ne les sollicite pas en permanence.

Chez nous, selon les enfants, l’autonomie pour le jeu est venue entre 6 mois et 3 ans, très progressivement.

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Mais encore aujourd’hui, les besoins des uns et des autres varient selon les moments, ce n’est pas un processus linéaire. C’est vers 3 ans que notre petit dernier a commencé véritablement à jouer seul, avant ça, il avait besoin d’un parent ou d’un membre de la fratrie avec lui. Notre fille a 6 ans et demi, mais elle joue rarement seule.

Nous avons conscience du besoin de nos enfants, et nous essayons d’y répondre de notre mieux. Ce n’est pas parfait, rien ne l’est, mais nous sommes disponibles, le plus possible. Nous essayons de répondre à leurs sollicitations. Bien sûr, le fait qu’ils soient trois est aussi une aide : ils jouent ensemble, et cela nous permet d’être un peu moins présents, un peu moins nécessaires. Mais il est normal qu’un enfant aie besoin de ses parents, même lorsqu’il mange seul, marche seul, s’habille seul.

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C’est agréable d’être ensemble

Comme je le disais plus haut, si passer du temps avec un enfant stressé, surexcité par la fatigue ou les pression scolaire  peut être une perspective peu enthousiasmante, je connais peu de parents qui n’apprécient pas de passer de bons moments de détente ou de jeu avec leurs enfants.

Vous me direz : « Oui, mais l’IEF, ce n’est pas les vacances, et on ne va pas simplement jouer ! », ou encore « J’ai déjà du mal à être patiente pour les devoirs, alors je ne pourrais pas leur faire l’école ! ».

En fait, cette vision des choses est biaisée. Il est évident qu’on ne peut pas comparer l’IEF à des loisirs perpétuels. Il est évident aussi qu’on ne peut comparer le temps des devoirs, avec un parent fatigué par sa journée et stressé par l’heure qui tourne, et un enfant qui est épuisé de sa journée, qui n’aspire qu’à aller jouer ou se reposer, ou qui peut-être se met une pression folle pour « réussir » en pensant en être incapable, avec ce qui se passe en IEF.

Un enfant en IEF peut aller à son rythme, ne pas être sous pression de réussite, choisir à quoi il veut travailler, il a la possibilité et le temps de se passionner, d’approfondir ce qui l’intéresse. Rien à voir avec la bataille du soir pour qu’il se plie à des exercices ennuyeux ou qu’il ingurgite des leçons sèches. Pas besoin d’être une pro de la patience pour l’accompagner alors dans ses apprentissages.

L’IEF, c’est une transmission des savoirs, mais c’est aussi découvrir ensemble, visiter des monuments, chercher, progresser, encourager, se fabriquer un tas de souvenirs, se faire des amis, se lancer dans un élevage d’escargots, dans des bricolages scientifiques, se rendre à une exposition, bref, c’est loin d’une interminable partie de « C’est l’heure des devoirs ».

Voir ses enfants grandir, s’intéresser, s’épanouir, retenir, lire et nous raconter ensuite, poser des questions, se passionner, maîtriser, c’est un émerveillement. Souvenez-vous du jour où il a dit « maman » pour la première fois. Du jour où elle a fait ses premiers pas. Du premier dessin qu’il a réalisé. De la première fois qu’elle a fait du vélo sans les stabilisateurs. C’est ça, l’IEF. C’est être là pour tous ces moments, et tous ceux qui leur ressemblent.

C’est aussi avoir conscience que le temps passe vite. Que même les choses contraignantes n’ont finalement été qu’un tout petit souffle dans notre vie. Que même si c’est parfois fatigant ou décourageant, cette période est un trésor durant lequel nos petits et moins petits se construisent, et qu’en être partie prenante est un vrai cadeau qui nous est fait.

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L’enseignement de l’histoire

Si on se réfère au découpage scolaire, Martin et Joanne se trouvent tous deux dans le cycle 2, appelé cycle des apprentissages fondamentaux (l’un au niveau CE2, l’autre à cheval sur le CP et le CE1). Depuis la rentrée 2016, l’histoire n’est plus au programme de ce cycle, qui enseigne comment se situer dans le temps, mais ne va pas plus loin.

Voici la publication du gouvernement sur les horaires et programmes des différents cycles : clic!

A titre d’information, voici les supports disponibles pour les enseignants des cycles 2 et 3 pour aborder ces sujets :

J’ai fait le choix de commencer l’enseignement proprement dit de l’histoire dès le niveau CE2. Je pense voir l’ensemble du programme en 3 ans, et le reprendre au niveau collège pour l’approfondir et en voir d’autres aspects. Il me semble en effet plus naturel de travailler de façon chronologique (pourquoi voir la naissance de l’humanité en fin de cycle???) que par thèmes, puisque l’histoire se construit à partir de ce qui était là avant. Les liens de cause-conséquence sont plus évidents et le développement des idées et techniques suit une progression logique. Je n’apprécie pas non plus le côté très « anecdotique » : regardons ce qui se passe dans ce pays à cette époque, et surtout rien d’autre.

Après les bases posées en CP et CE1 sur le temps et notre rapport à lui, sur les notions de longévité, de générations, et l’apprentissage de termes tels que « siècle », « histoire », « préhistoire », nous abordons au début du niveau CE2 le programme qui était jusque 2015 enseigné sur les trois ans de CE2, CM1 et CM2.

Nous avons choisi comme support principal le manuel d’histoire de la Librairie des Ecoles, que vous pouvez feuilleter ici.

Nous suivrons la progression proposée, à savoir :

  • 30 leçons pour le CE2 (couvrant la préhistoire, l’Antiquité, et une partie des leçons sur le Moyen-Âge)
  • 34 leçons pour le CM1 (couvrant le reste des leçons sur le Moyen-Âge et les temps modernes)
  • 29 leçons en CM2 (couvrant la Révolution française, le XIXe siècle, le XXe siècle et la période contemporaine)

J’apprécie beaucoup le manuel en question, pour diverses raisons, que je me permets de développer un peu. 🙂

  1. Le texte est bien écrit. Cela peut paraître superflu, mais je trouve que les manuels qui présentent surtout des documents iconographiques à peine mis en page, privilégient les titres colorés et les petites légendes ou encadrés desquels on est censé retirer l’essentiel du savoir sont des prémâchés insipides qui me tombent des mains. Ici, on nous raconte l’histoire, et, outre les belles tournures ou le vocabulaire ainsi appris, l’auteur (Philippe Nemo) nous donne envie de creuser, d’en apprendre plus.
  2. Les illustrations servent le texte. Elles sont variées (dessins, cartes, photos) et de bonne qualité, mais surtout, elles ne se substituent pas au texte, elles l’enrichissent.
  3. L’ouverture sur le monde. Le programme comporte un certain nombre de leçons qui n’appartiennent pas au programme de façon explicite, mais permettent une ouverture sur certaines périodes ou sur l’histoire de certains pays ou continents. Par exemple, on explore largement l’Antiquité, on s’intéresse aux pays d’Europe au Moyen-Âge, on étudie les temps modernes sur les continents asiatique et africain.
  4. Le lien est fait avec l’histoire des arts. Des notes renvoient au manuel d’histoire des arts (consultable ici), permettant d’ancrer les explorations artistiques au sein d’une période que les enfants identifient facilement.

Pour résumer, je n’ai pas l’impression de « survoler » le programme pour mieux y revenir plus tard, ni de me perdre dans des thématiques empesées. Je pense que ce que nous aurons vu au cours de ces 3 ans posera des bases solides pour un apprentissage cohérent et constructif de ce qu’est l’histoire.

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Éloge de la souplesse

Il n’est pas question ici de porter aux nues la faculté à se gratter les oreilles avec les orteils, vous l’aurez deviné… 😉

Je parle de la souplesse d’emploi du temps que l’IEF nous permet de vivre au quotidien.

Vous l’aurez constaté, peu d’articles ont été postés sur notre blog depuis fin décembre, et cela reflète assez bien notre niveau global d’activité scolaire « formelle ».

Les vacances, quelques rhumes, les fêtes, les sorties, le rythme un peu chamboulé, les visites, et une reprise un peu laborieuse (due en partie à l’emploi du temps chargé de Papa et en partie à des obligations familiales) nous ont conduit à mettre entre parenthèses, d’abord, puis à mettre la pédale douce sur nos activités d’école.

Et j’avoue que je savoure cet état de fait, cette possibilité de nous adapter, de faire autrement. Cela serait impossible si les enfants étaient scolarisés. Nous vivons dans une société où la pression du conformisme est forte, où les médias diffusent largement « LE » modèle à suivre et où il est parfois difficile de pouvoir simplement dire « non merci » en souriant et de suivre un autre chemin.

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Non, rien n’oblige à s’asseoir 2, 4, ou 6 heures par jour devant une feuille ou un livre pour apprendre des choses. Non, il n’y a pas qu’une seule façon d’apprendre, de découvrir, de grandir. Non, mes enfants ne seront pas « en retard », ni « déconnectés ».

Je n’ai pas peur, je ne m’angoisse pas en regardant le « programme ». Pourquoi ? Parce que je vois nos enfants qui vivent, s’épanouissent, apprennent par mille moyens auxquels je n’aurais pas pensé une seconde, et qu’il n’y a en fait aucune urgence. Cela m’interpelle quand je lis telle ou telle maman qui s’inquiète du programme à suivre pour son enfant de 3 ans, des résultats que l’on attend en fin de maternelle, ou de sa fille qui à 6 ans ne tient pas son stylo correctement ou ne parvient pas à lire à voix basse. Bien sûr, je comprends en tant que maman qu’on soit attentif, qu’on ne veuille pas laisser s’installer des comportements problématiques, qu’on désire intervenir rapidement, donner le meilleur, ne pas passer à côté d’un réel problème. C’est légitime et louable. Mais de là à basculer dans l’angoisse de la performance et la pression du « moule » auquel il faudrait se conformer, il y a un pas que je suis attachée à ne pas franchir.

Je vois mes enfants grandir depuis plusieurs années, et je souris quand je repense à mes premières inquiétudes à propos de la façon dont mon fils écrivait (ou plutôt n’écrivait pas!), ou dont ma fille refusait de « travailler » plus de 3 minutes d’affilée. Je souris, parce que la plupart des inquiétudes naissent sur des choses qui passent. Un peu comme lorsqu’on s’angoisse pour l’apprentissage de la propreté. Franchement, hors pathologie, vous avez déjà vu un gamin de 15 ans avec des couches? Peut-être a-t-il maîtrisé l’art délicat d’utiliser le pot dès 19 mois, et peut-être qu’il a porté des couches jusqu’à 4 ans et demi. Quelle différence au final? Sans doute aucune autre que l’angoisse de ses parents face au temps qui passait, sans que ce petit bout ne semble comprendre ce qu’on attendait de lui à ce niveau.

L’IEF, c’est aussi ça : refuser délibérément de se faire des nœuds au cerveau pour des choses finalement sans grande importance.

Alors oui, nous laissons un peu de côté notre emploi du temps habituel, mais cela se fait sans douleur, sans culpabilité. Parce que montrer la vraie vie à ses enfants, c’est aussi leur faire ressentir cette souplesse, devant certaines obligations, certains empêchements, ou simplement certaines envies.

La suite bientôt…

On se lance ?

Il faut bien commencer quelque part…

Pourquoi ce blog?

Tout d’abord pour partager cette belle aventure que nous vivons en famille. Notre quotidien n’a rien de très exotique, nous sommes des gens ordinaires, et je voulais témoigner du fait que ce que nous vivons n’est pas si exceptionnel, que c’est une possibilité qui concerne chaque famille.

Pour partager aussi nos idées, nos sources et ressources pour nos activités plus ou moins scolaires. Partager nos découvertes, nos envies, nos joies, nos difficultés, nos progrès, nos réussites.

Enfin, je me suis décidée à écrire ce blog pour laisser une trace pour nos enfants « une fois grands », laisser une empreinte de ce que nous aurons vécu ensemble, de ce qu’aura été notre vie, de ce que nous aurons appris ensemble, ce qui nous aura fait grandir.

N’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions, des suggestions. Je ferai de mon mieux pour être assidue, dans la limite de ce que notre vie trépidante (très très pidante) me permettra. 😉

Notre famille

Nous sommes cinq, deux parents, mariés depuis 2007, et trois enfants, Martin (né en 2008), Joanne (née en 2010) et Paul-Elie (né en 2012). Je suis maman au foyer, et nos enfants ont toujours été instruits en famille. Nous sommes originaires de Franche-Comté (pour mon mari) et du Nord (pour moi). Nous vivons depuis un an en Île-de-France. Nous sommes une famille chrétienne, la foi tient une place centrale dans notre vie. Nous aimons la nature, la musique, lire, découvrir, et surtout partager tout cela ensemble et avec ceux qui nous sont chers.

Notre IEF

Seul Martin est « officiellement » instruit en famille, puisqu’il a atteint cette année l’âge où l’instruction devient obligatoire en France, et où il nous est demandé de faire une déclaration auprès de la mairie et de l’inspection académique stipulant que notre enfant recevra l’instruction au sein de sa famille. Nous aurons aussi à cette occasion nos premiers contrôles, mais nous aurons l’occasion d’en reparler.

Nous avons fait le choix de ne pas suivre de cours par correspondance. En effet, ce qui a motivé entre autres notre choix de l’IEF était la possibilité de s’adapter aux intérêts de nos enfants, à leur rythme d’apprentissage, de suivre leur curiosité, et non d’imposer un cadre rigide, un programme ne tenant pas compte de leur façon d’apprendre ou de leurs envies.

Je me suis procuré plusieurs ouvrages, que j’aurai l’occasion de détailler dans un autre article, et dans lesquels je pioche au gré des besoins. Je fouille aussi beaucoup sur le net, on trouve de vrais trésors. Je réalise moi-même des fiches que j’imprime et qui servent de support de travail aux enfants.

Nous nous installons habituellement pour « travailler » le matin vers 10 heures, durant une heure ou deux (au maximum). Généralement, Martin travaille aussi l’après-midi, après son temps calme, pendant que les plus jeunes font la sieste.

Nous avons cette année un emploi du temps « de principe », qui n’est pas très rigide, mais nous permet de ne pas trop nous disperser. Les activités sont bien sûr adaptées à notre vie de famille, et peuvent être aménagées ou reportées en fonction des imprévus, de situations particulières, ou tout simplement de la météo (nous choisirons toujours de profiter d’abord d’une belle journée en sortant au grand air, les activités sur feuille seront toujours là à notre retour!). Je reviendrai dans un prochain article sur cet emploi du temps, et sur les choix pédagogiques que nous avons faits.

Nous n’avons pas d’idée arrêtée sur la durée de notre aventure d’IEF. Mais une chose est sûre : plus nous nous intéressons au sujet, plus nous en discutons, plus nous le vivons concrètement, et plus nous sommes convaincus par cette façon de faire. Ce qui avait au départ des allures de « mesure temporaire » devient notre réalité, notre souhait, notre façon de nous épanouir comme famille et répond à nos attentes profondes, à nos valeurs, à ce que nous désirons réellement offrir à nos enfants. Aujourd’hui, nous envisageons de poursuivre l’IEF aussi longtemps que possible, c’est-à-dire aussi longtemps que nous nous sentirons capables d’apporter une instruction de qualité à nos enfants, et aussi longtemps qu’ils s’épanouiront dans cette façon de vivre.

La suite bientôt…

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