Bilan 2020-21 et préparation de 2021-22

Bonjour à tous ! Voici longtemps que je ne me suis pas installée devant mon clavier pour faire vivre ce blog. Merci à celles et ceux qui, malgré mon silence, continuent à me lire ici ou sur la page FB ou le compte Instagram.

Il faut dire que cette année a été particulièrement chargée et difficile, à de nombreux égards.

Il n’aura échappé à personne que les conditions de vie ont été pour le moins bousculées ces derniers mois. Même si, en tant que famille IEF, nous avons été un peu épargnés par certains chamboulements (fermeture de classes, protocoles sanitaires lourds, inquiétude, école à distance, demi-jauges, etc.), notre quotidien a bien été perturbé. Nous avons fait face nous aussi aux changements imposés par la crise sanitaire : les modifications dans le travail de mon mari (travail à distance, reprise dans des conditions particulières, perturbations du rythme et de la charge de travail), les modifications d’emploi du temps dans les activités sportives et musicales (fermetures, cours à distance, reprise, nouvel arrêt, changements d’horaires…), les contraintes diverses (confinements, arrêt des déplacements, nouveaux réflexes à apprendre)… Tout cela a eu autant de poids pour nous que pour toutes les autres familles.

De notre côté, nous avons eu de la chance : nous avons une maison, un jardin, un joli coin de promenade à quelques pas de chez nous, des structures et professeurs qui se sont mis en quatre pour assurer des cours à distance, des visios, etc. Nous n’avons pas été touchés par la maladie, ni aucun de nos proches.

Cependant, j’en ai déjà parlé, en tant que famille concernée par l’autisme, tous ces changements de routine, tous ces imprévus, toutes ces incertitudes, toute cette réorganisation à assurer parfois d’une semaine sur l’autre, pendant des mois, ont été épuisants. Nous sortons de cette année et demie de pandémie avec pas mal de fatigue et une impression d’avoir jonglé en permanence, sans moment pour nous poser et recharger les batteries.

A cela, il faut ajouter ce qui a sans doute été le plus lourd à porter ces derniers mois : la lutte contre l’article 21 du projet de loi confortant les principes de la République (voir ici). Ce projet de loi qui vise à l’interdiction de l’IEF (ou à sa réduction si drastique qu’elle ne sera plus une option envisageable pour la plupart des familles), qui sera de nouveau discuté au Sénat dans les jours qui viennent, et qui devrait être voté sans surprise par l’Assemblée nationale quelques jours plus tard, a pesé lourd sur notre année.

J’ai passé des centaines d’heures, investie dans une fédération d’assos, à apporter ce que je pouvais pour lutter pour la préservation de l’IEF et du régime déclaratif (voir ici). J’ai passé des heures à suivre les débats en commission, à l’Assemblée, au Sénat. J’ai passé des heures aussi à essayer d’imaginer ce que sera peut-être notre vie si cette loi passe. J’ai enfin passé des heures à expliquer à mes enfants le processus législatif (ça c’est positif), mais surtout pourquoi on voulait nous interdire de continuer à vivre comme nous le faisons, comment nous pouvions nous battre, pourquoi certains membres du Gouvernement les traitaient de « fantômes », de « sauvages », d' »enfants perdus de la République ». Tout cela a été extrêmement éprouvant. Depuis le 2 octobre 2020, je vis avec l’angoisse et la colère.

Vous vous en doutez, cette angoisse et cette colère, ainsi que tout le temps et l’énergie investis dans la lutte pour nos droits, ajoutés aux perturbations liées à la crise sanitaire, ont eu un impact sur notre année d’instruction. Nous avons moins avancé que d’autres années, au point que nous allons reprendre cahiers, manuels, et fichiers cet été pour boucler notre programme et ne pas prendre de retard sur la suite. Pour tout vous dire, je ne m’inquiète pas pour le « niveau » de mes enfants. Ils ont un niveau scolaire tout à fait honorable, ils sont curieux, cultivés, ils ont passé des heures entières à lire, nous avons discuté de nombreux sujets, nous avons regardé des documentaires et des reportages, ils ont passé beaucoup de temps aussi à observer la nature, ils ont bénéficié des cours (même tronqués) de sport et de musique pour s’ouvrir encore… Mais je veux aussi leur transmettre l’idée que lorsqu’on se fixe un objectif, on se donne le mal nécessaire pour atteindre l’objectif, on fait de son mieux pour mener à terme ce qu’on a commencé. C’est dans cet esprit que nous allons avancer dans notre programme cet été.

L’été

Rassurez-vous, ils viennent de passer une semaine entière à jouer, et ils auront deux semaines complètes de repos fin août, sans compter les journées de visites, les rencontres avec les amis… Par ailleurs, le rythme ne sera pas très contraignant, et ils auront largement le temps de profiter de leur été.

D’ailleurs parlons un peu de nos activités estivales : début août, les 3 grands sont inscrits à un stage de piscine, afin d’apprendre à nager. Cela peut sembler « tard », mais il se trouve que jusque là, nous n’avons pas eu l’occasion de leur enseigner la natation (ce qui ne mettait pas leur vie en danger, je vous rassure : ils n’ont jamais mis les pieds à la piscine, nous n’allons pas en vacances au bord de l’eau, bref, le pire qui aurait pu leur arriver était de glisser dans la douche…). Depuis notre déménagement, nous avons le projet de permettre à nos enfants d’aller régulièrement à la piscine, mais nous préférions qu’ils reçoivent d’abord des cours (j’avoue que je n’ai aucune idée de la façon d’apprendre à un enfant à nager). Voilà qui sera fait, grâce aux dispositifs de la mairie, qui permettent d’accéder à ces stages pour une somme très modique.

Nous avons prévu quelques travaux dans la maison, que nous espérons pouvoir mener à bien. Parallèlement, nous avons la chance d’avoir tous les dimanches des concerts gratuits dans un parc de la ville, dans des styles variés. Nous espérons aussi pouvoir visiter enfin le château de Fontainebleau, pour faire suite à notre visite du château de Vaux-le-Vicomte il y a deux ans. Nous avons aussi en projet une journée à Paris, pour jouer les touristes, et quelques promenades en vélo ou à pied.

Un petit bilan de notre année d’instruction

Martin a suivi cette année le programme de 5e. Nous avons bien avancé sur l’histoire-géo et les sciences, un peu moins sur le reste.

Martin a continué cette année les cours de flûte traversière et de formation musicale, ainsi que la chorale. Il a aussi rejoint cette année une association sportive : il a commencé l’escrime et s’y trouve très bien. Il a obtenu sa lame jaune (un peu comme les ceintures au judo, si vous voulez) en fin d’année.

Joanne a suivi cette année le programme de CM2. Nous avons bien avancé sur le programme global.

Joanne a commencé cette année deux activités : les cours de hautbois, ainsi que la formation musicale et la chorale, pour la musique, et côté activité physique, l’école multisports. Elle a énormément apprécié de découvrir différents sports, en groupe, avec des moniteurs très sympas. Elle a fait des progrès rapides en instrument et en solfège, et passe directement en troisième année. Elle a participé aux « auditions virtuelles », en enregistrant des morceaux, présentés sur Internet, pour remplacer les auditions au conservatoire qui ne pouvaient se tenir dans l’auditorium.

Paul-Elie a suivi cette année le programme de CE2. Il a fait énormément de progrès cette année, et a aussi commencé à lire des romans, ce qu’il ne faisait pas jusque là. Nous avons bien avancé cette année, dans toutes les matières.

Paul-Elie a poursuivi sa découverte des instruments cette année au conservatoire avec le Pass Orchestre, et il a de nouveau participé à la chorale. Il a suivi les cours de l’école multisports avec Joanne, et les a beaucoup appréciés.

Projets pour l’année à venir

Martin suivra le niveau 4e. Nous continuons plus ou moins avec les mêmes supports (je ferai un article plus détaillé avec nos choix durant les vacances). Il faudra donner un petit coup de collier, histoire de ne pas se laisser dépasser par le programme.

Côté activités, il poursuivra les cours de flûte et la formation musicale. Il rejoindra le chœur d’ados du conservatoire, et l’orchestre. Il reprendra aussi les cours d’escrime dans le groupe des 11-13 ans.

Joanne aborde la 6e. Nous utiliserons plus ou moins les mêmes supports que nous avions pour son aîné. Il faudra notamment approfondir un peu l’anglais et l’expression écrite.

Côté activités, Joanne continue le hautbois, la formation musicale, et la chorale. Elle commencera l’orchestre, ce qui l’enthousiasme beaucoup. Elle reprendra aussi les cours à l’école multisports.

Paul-Elie attaque le niveau CM1. Je reviendrai sur son programme et ses supports, et mes stratégies pour lui permettre d’avancer de façon plus sereine.

Côté activités, reprise de l’école multisports, bien sûr, ainsi que de la chorale, mais surtout début des cours de violoncelle (qu’il attend avec impatience) et de la formation musicale.

Baptiste arrive en âge d’instruction obligatoire. Il sera comme ses aînés très libre dans ses apprentissages et tout passera par des activités quotidiennes et des jeux. En tant que quatrième, il a quelques avantages : pas mal de vocabulaire, une motricité boostée par les « exploits » des grands, une curiosité nourrie sans cesse, et toujours quelqu’un pour jouer avec lui, lui expliquer ce qui l’intrigue, lui lire des histoires… Il est inscrit pour la rentrée à l’éveil musical et se montre très impatient.

Voilà pour le tour d’horizon et le bilan… Il me restera à vous présenter nos supports et nos choix pour l’année à venir, même si vous pouvez déjà fouiller un peu dans le blog pour avoir avoir des pistes.

J’espère pouvoir reprendre un rythme de publication « normal » et m’y tenir (oui, c’est le plus compliqué !). Je vous souhaite un bel été, et surtout de recharger vos batteries !

Alors, vous êtes en vacances ?

Vivre l’instruction en famille, c’est souvent être décalé. Avoir d’autres habitudes, d’autres repères, mais surtout un autre rythme. Et cela est parfois déstabilisant pour notre entourage !

Dans notre famille, l’année d’instruction suit le rythme du travail de mon mari, formateur en CFA. Il a certes plus de vacances que dans une entreprise, mais moins que s’il était prof. Nous avons décidé, pour des raisons de praticité, de suivre son rythme. Nous avons donc 41 semaines dédiées à l’enseignement. Cela nous convient bien, car nos journées peuvent être moins chargées, et la pause estivale, que je trouve d’ordinaire vraiment trop longue, est ramenée à 1 mois et demi, ce qui est largement suffisant.

Nous commençons notre année début septembre ; nos premières vacances sont celles de Noël (15 jours). Nous avons ensuite une semaine fin février, une autre fin avril, et nous nous arrêtons autour du 14 juillet. Nous conservons les jours fériés et éventuels ponts, durant lesquels nous profitons de temps en famille, avec des amis…

On me pose souvent la question des vacances, temps de repos, cela a l’air de beaucoup intriguer les gens ! « Ils ont des vacances, quand même ? », « Vous travaillez même l’été ? », « Vous êtes toujours en vacances, alors? », « Ils se lèvent à quelle heure, en fait ? », « Vous travaillez tous les jours ? »… Les questions, réactions ou remarques sont très variées, parfois moqueuses, parfois inquiètes, et notre rythme de vie suscite de nombreuses interrogations.

Il est intéressant de constater à quel point le fait de ne pas suivre le rythme majoritaire semble étrange, voire suspect. On suppose quelquefois que nous vivons sans horaires, que les enfants sont incapables de se lever à une heure donnée, que nous faisons chaque jour la grasse matinée, ou que nous refusons toute contrainte d’emploi du temps…

C’est loin de la réalité ! Concernant l’instruction et notre rythme quotidien, s’il est vrai que nous avons aussi choisi l’ief pour laisser à nos enfants la possibilité de dormir selon leurs besoins, et de se lever de façon assez naturelle, nous conservons tout de même un rythme assez « classique ». Le matin, mon mari part au travail, et nous nous levons aux alentours de 8 heures. Nous prenons le petit déjeuner, et nous nous mettons ensuite au travail. Nous faisons une pause le midi pour le repas, puis un temps calme (lecture, dessin, puzzles, sieste si envie ou besoin). Nous reprenons ensuite l’instruction, sur un temps plus ou moins long, selon les besoins. Ça, c’est la base.

Dans les faits, cette année particulièrement, il y a des éléments à ajouter, incontournables, et aux horaires desquels nous devons nous adapter. Les activités sont nombreuses cette année, et malgré les restrictions liées au Covid-19, nous avons certains impératifs : les cours au conservatoire (2 instruments, 2 cours de formation musicale, la chorale, un atelier vocal et le Pass de découverte, le tout sur 4 jours, du mercredi au samedi), les activités sportives (le mercredi, mais horaires et lieux différents), ainsi que les engagements de mon mari à l’église. Il faut y ajouter les activités habituelles, bibliothèque, sorties au parc ou en forêt, courses variées, visites éventuelles chez le médecin/dentiste/ophtalmo, et les rdv ou réunions ponctuels…

Comme vous le voyez, outre que nous ne sommes pas des adeptes des journées pyjama à répétition, nous avons en fait un tas de choses à faire, et il nécessaire que nous soyons organisés pour que tout cela puisse avoir sa place sans que nous soyons pour autant obligés de passer notre temps à courir…

Notre rythme de vie est différent, certes. Je ne lève pas mes enfants le matin, sauf si nécessaire (cette année, je ne les réveille que le mercredi, pour le cours de sport). Les reste du temps, ils se lèvent lorsqu’ils ont assez dormi, en entendant les bruits de la maison qui se met en route… Je ne passe pas mon temps avec les yeux sur la pendule : nous avons le temps. En dehors du mercredi où nous avons plusieurs activités à caser, je peux me permettre de décaler le repas de 30 minutes, de commencer une activité avant de m’assurer que tout le monde est habillé-lavé-coiffé, de rester un peu plus longtemps dehors parce qu’il fait beau ou que nous observons quelque chose d’intéressant, de rester 2 heures à la bibliothèque à lire tout ce que mon fils souhaite me poser sur les genoux, ou de décider en concertation avec tout le monde que « ce matin, tant pis, on ne travaille pas, on va plutôt regarder ce livre/ce documentaire », ou chercher des réponses à telle question passionnante.

Donc, pour répondre à la question qu’on m’a le plus posée la semaine dernière : non, ce ne sont pas les vacances, on continue l’instruction, mais les semaines sont allégées car les activités sportives et musicales sont en pause pour deux semaines. Ce qui nous laisse encore plus de temps pour… tout le reste !

J’avoue qu’au départ, je n’étais pas toujours sereine face aux regard ou aux questions des gens qui me voyaient me promener avec mes enfants en pleine semaine, mais je me suis aguerrie, et honnêtement, il y a tant d’avantages à notre rythme quotidien que cela vaut bien quelques remarques et regards en coin… Oui, nos enfants savent ce qu’est un réveil, un emploi du temps, ou un impératif horaire. Oui, ils savent se presser quand il le faut, ils sont ponctuels, et conscients qu’il leur faudra le rester. Oui, ils se lèvent avec plaisir pour une activité qui les motive. Oui, ils ont des vacances, du temps (beaucoup) pour s’amuser et même s’ennuyer.

Je suis heureuse de ces années où je n’ai que très exceptionnellement eu besoin de réveiller un bébé endormi pour me rendre à un rendez-vous, de tirer mon enfant par le bras en lui disant qu’il fallait se dépêcher au lieu de regarder la fleur, ou le papillon, de quitter la maison avec des enfants encore ensommeillés, pour les déposer à toute vitesse chez la nounou ou à la garderie, de devoir les coucher à peine le repas avalé pour éviter qu’ils ne soient trop fatigués le lendemain quand le réveil sonnerait… Ce rythme qui est le nôtre nous est infiniment précieux, et il pose à mon sens des bases solides pour enseigner à nos enfants ce qui est le plus important dans la vie : profiter de chaque instant, être disponible pour vivre le présent. Préférer un travail qui nous laisse le temps d’être ensemble plutôt qu’un salaire plus élevé, mais avec des horaires qui ne permettent pas de conserver du temps en famille. Les années que nous passons avec nos enfants filent à toute allure, et je suis vraiment reconnaissante d’avoir la chance de pouvoir partager leur quotidien, assister à leurs premières fois, les connaître sur le bout des doigts, voir leur complicité grandir chaque jour aussi… Cette vie ensemble est un merveilleux cadeau, que j’espère voir préservé dans les années qui viennent.

#eniefmercinosenfantsvontbien

Instruction en famille ou « école confinée » ?

Bonjour à tous. 🙂

Depuis le 17 mars, nous vivons une situation sans précédent : tous les établissements scolaires sont fermés, et les enseignements se poursuivent à domicile, la plupart du temps avec l’aide de documents ou de cours en ligne.

Les groupes ief ont reçu énormément de nouvelles demandes d’adhésion venant de parents un peu perdus face à cet état de fait. Si certains parents instructeurs ont pu être assez véhéments (notamment en refusant que ces parents rejoignent les groupes ief), la plupart ont tenté de donner des conseils, de rassurer et de répondre aux questions. J’ai même lu certains messages très optimistes qui se demandaient si cette occasion offerte aux parents de découvrir la joie d’enseigner à leur(s) enfant(s) n’allait pas susciter des vocations et encourager certaines familles à se lancer dans l’ief.

J’ai tout de suite été assez dubitative sur ce point. Je vais tenter de vous expliquer pourquoi, et vous dire pourquoi l’ief n’est pas comparable avec cette « école confinée » qui a pris le relais de l’école en présentiel.

1. L’ief est un choix

Les parents instructeurs ont beaucoup réfléchi avant de se lancer dans l’aventure de l’ief. Ils se sont renseignés, ils ont lu, discuté, ont pesé le pour et le contre, sont parfois passés par la case scolarisation avant d’opter pour l’ief. Ils ont posé des choix pédagogiques. Ils ont soigneusement choisi les supports d’instruction. Ils ont pensé leur rythme, leur emploi du temps, leur mode de vie et d’enseignement.

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Le fait de se trouver du jour au lendemain obligé d’instruire son enfant, sur des supports que nous n’avons pas choisis, avec un rythme et un programme qui nous est imposé, est bien éloigné de cette démarche. Si les supports, le rythme d’enseignement, le mode d’évaluation étaient imposés aux parents instructeurs, nombre d’entre eux renonceraient purement et simplement à l’ief. D’ailleurs, il est facile de s’en convaincre lorsque notre liberté pédagogique est menacée : la levée de boucliers est immédiate.

Avoir le choix de se lancer ou pas dans l’ief est un paramètre essentiel pour bien vivre cette aventure (d’autant plus en ces temps étranges où tous nos repères sont bouleversés). Ce n’est déjà pas une mince affaire que de mettre en place une instruction en famille sereine, qui convienne à tout le monde, qui « roule »… alors si en plus cela nous est imposé de façon brutale, il y a fort à parier que la contrainte et l’anxiété seront des obstacles difficiles à franchir pour parvenir à un résultat satisfaisant.

2. Se lancer du jour au lendemain dans l’ief est toujours délicat

Dans certains cas, les parents n’ont pas le loisir de se poser des questions : la situation exige une déscolarisation immédiate. Il peut s’agir d’une maladie, d’une phobie scolaire, d’une AVS absente, d’une souffrance de l’enfant… Ces situations sont toujours complexes, et il faut un temps plus ou moins long aux parents comme aux enfants pour que l’ief puisse réellement se mettre en place.

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Je ne parle pas que des détails matériels (oui, il faut un coin pour travailler, des manuels, un peu d’organisation), mais surtout de l’état d’esprit nécessaire pour que cette expérience soit agréable.

Ce qui est conseillé aux parents, en général, c’est de prendre du temps. De lâcher du lest, de ne rien (s’)imposer durant un certain temps, pour prendre le temps de mettre en place une instruction qui leur convienne réellement, et aussi, dans le cas où l’enfant était en souffrance à l’école, pour qu’il puisse retrouver le goût d’apprendre, le plaisir de se mettre au travail. Cette période peut parfois être assez longue, mais elle permet de ne commencer l’instruction que lorsque le parent et l’enfant sont prêts et motivés (et les progrès assez rapides permettent facilement de « rattraper le temps perdu »… même si ce temps n’est pas perdu, et qu’il n’y a au final rien à « rattraper » 😉 ).

Et en général, on ne parle là que d’un seul enfant. Il est rarissime qu’une famille soit contrainte de déscolariser au débotté plusieurs enfants. Or, c’est bien ce qui se passe ici : les parents de plusieurs enfants se retrouvent du jour au lendemain parents instructeurs multi-niveaux. Et ça, c’est autrement plus compliqué que de simplement assurer durant le temps des devoirs… (sur le sujet de l’instruction d’enfants sur plusieurs niveaux, voir ici.)

3. Le rythme de l’école n’est pas celui de l’ief

La question du temps que nous passons sur l’instruction (notamment formelle) de nos enfants revient régulièrement. Lorsque nous annonçons la couleur, on voit parfois (allez, souvent) des regards dubitatifs, catastrophés ou méprisants. Car non, nos enfants ne passent pas autant de temps à travailler que ne le font les élèves de leur âge. Enfin… en tout cas, ils ne passent pas autant de temps devant leurs livres et cahiers.

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J’explique : en classe, l’effet de groupe fait perdre du temps. Beaucoup de temps. Il faut entrer en classe, ôter son manteau, s’asseoir, sortir ses affaires, attendre le silence, commencer laborieusement à chercher la bonne page, attendre que tout le monde trouve ladite page, commencer à lire la leçon, répondre à 12 questions dont 7 ou 8 sans aucun rapport avec le sujet du jour, reprendre la lecture, demander de sortir le cahier d’exercices, attendre que tout le monde l’ait trouvé, ait noté la date et le titre, régler les histoires de stylos, règles, gommes oubliés/empruntés/perdus/prêtés, répéter, donner la consigne, expliquer, répéter la consigne, ré-expliquer, demander le silence, finir d’expliquer… je vous fais grâce de la suite, vous avez compris.

A la maison, il y a évidemment des interruptions, des minutes qui s’envolent on ne sait où, surtout lorsqu’on a plusieurs enfants, mais globalement, tout est beaucoup moins chronophage et bouclé beaucoup plus vite.

Pas besoin d’attendre que tout le monde fasse silence, pas besoin de répéter 5 fois la même chose, d’expliquer plusieurs fois, de faire 6 exercices identiques : on est en face à face, on voit tout de suite si notre enfant a compris la leçon, on répond uniquement à ses questions, on explique à nouveau seulement s’il n’a pas compris, si l’exercice est bien fait, pas besoin d’en faire un autre, on passe à la suite, on avance.

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Pour vous donner quelques chiffres : entre le CP et le CM2, on passe à peu près entre 2 et 4 heures par jour à travailler réellement. Je ne compte pas les lectures, les épisodes de « C’est pas sorcier ! », les observations, les jeux à l’extérieur, ni tous les apprentissages ancrés dans le quotidien. Et je vous assure que les regards réprobateurs dont je vous parlais au début sont sans fondement : le niveau de nos enfants est largement dans les clous par rapport aux enfants scolarisés.

Revenons-en à notre « école confinée » : j’ai été abasourdie par le temps que passaient certaines amies à assurer l’enseignement de leurs enfants. Entre les leçons, les exercices, les devoirs, etc, certaines passaient entre 4 et 6 heures pour tout boucler… Dans ces conditions, difficile de se dire que l’ief est une liberté et permet de respecter les rythmes de chacun ! Difficile aussi de croire que nos enfants peuvent avoir un enseignement de qualité et tout de même passer l’après-midi à jouer… Je pense que certains enseignants ont voulu « trop bien faire », ont craint de ne pas donner quelque chose d’assez complet. Mais la pression mise sur les familles a été lourde, et beaucoup se sont senties totalement dépassées par l’ampleur de la tâche. Loin de leur donner envie de regarder du côté de l’ief, cela a été une expérience traumatisante, stressante, et qui relevait davantage du chemin de croix interminable que de l’expérience enrichissante dont parlent les parents instructeurs…

Sans surprise, j’ai vu fleurir de très très nombreux « enseigner, c’est un métier, et à l’évidence, ce n’est pas le mien ». Alors oui, enseigner en classe à une trentaine d’enfants est un métier. Mais instruire son enfant ou ses enfants n’est pas hors de portée. En revanche, cela suppose comme dit plus haut de la motivation et de l’organisation.

4. « Etre en ief » ne signifie pas « ne pas sortir »

Contrairement à ce que pensent certaines personnes, les enfants en ief ne passent pas leur temps à la maison. Certes, l’instruction formelle se fait principalement à la maison, mais nous avons aussi une vie « normale », des activités, et tout un tas d’occasions d’être ailleurs que chez nous. Nos enfants pratiquent diverses activités (musique, sport, théâtre), ils font partie de clubs ou d’assos, ils vont voir des amis, ils font des sorties. Nous allons visiter des musées, des villes, d’autres pays parfois, des monuments, nous nous rendons à des expositions, des foires, des fêtes. Nous passons souvent pas mal de temps dans la nature.

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Vraiment, ce temps que nous vivons est aussi étrange pour les familles en ief que pour les autres : nous sommes nous aussi privés de nos repères, de nos lieux favoris, de nos amis.

Alors bien sûr tout ce qui tourne autour de l’instruction formelle est moins perturbé chez nous, mais toute l’instruction informelle et les loisirs sont mis sens dessus dessous aussi bien pour nous que pour vous. Et pour beaucoup de familles, habituées justement à sortir de chez elles pour vivre de nombreuses activités, ce temps est particulièrement délicat à gérer…

 *  *  *

Pour résumer, je dirais que ce qui induit peut-être les gens en erreur et les conduit à penser que l’ief et le mode d’enseignement assuré en ce moment sont comparables, c’est probablement le terme « école à la maison ».

  • Nous ne faisons pas « l’école » : à quoi bon reproduire le modèle de l’école ? Si nous avons opté pour l’ief, c’est justement pour vivre autre chose, pour ne pas être soumis au même rythme, aux mêmes procédés pédagogiques, aux mêmes méthodes d’évaluation… Vivre l’école chez nous n’aurait pas de sens, d’autant que ce qui caractérise l’école, c’est le groupe.
  • Nous ne sommes pas seulement « à la maison » : une grande part de notre façon d’instruire repose justement sur le fait de sortir, de rencontrer d’autres personnes, de vivre d’autres situations. C’est ce qui est au cœur de notre façon de transmettre : permettre que l’éducation, l’instruction et l’apprentissage ne soient pas déconnectés, ni cantonnés aux manuels scolaires. Chez nous, une des idées principales est de donner à nos enfants un goût pour la découverte et la culture, de leur montrer qu’on apprend toute sa vie, et dans toutes les circonstances.

*  *  *

J’espère avoir réussi à lever quelques ambiguïtés, et peut-être aussi à expliquer un peu aux familles scolarisantes pourquoi certains parents instructeurs sont irrités lorsqu’on leur annonce que toute la France « fait l’ief », et pourquoi en fait ce que vous vivez actuellement peut-être dans la douleur n’est absolument pas le reflet de ce que nous nous vivons au quotidien.

 

J’ai lu il y a quelque temps un article sur le blog « Heather Anne world » qui allait un peu dans ce sens. J’ai traduit (avec son aimable autorisation) son article, et je publierai donc cette traduction en complément à mon article, car son point de vue est intéressant et qu’elle y donne aussi quelques conseils à l’usage des parents confrontés à l’obligation de faire face à la fermeture des classes.

Edit : je ne l’ai pas mentionné dans l’article, mais je tiens à dire de façon très claire mon respect pour les enseignants. Nombre de mes ami(e)s sont ou ont été professeurs, et je sais que la plupart des enseignants sont des personnes passionnées et dévouées, qui mettent tout en oeuvre pour faire leur travail (et souvent bien plus que leur travail) le mieux possible. Comme je le disais, beaucoup d’entre eux tentent de transmettre au mieux aux élèves le nécessaire en cette période, et ils font un boulot formidable et rarement reconnu. Je tenais à le préciser, car notre choix passe parfois pour un acte manifestement « anti-scolaire ». Ce n’est en rien le cas. 😉

Confinement, « école à la maison » et autisme

Depuis plusieurs semaines, nous vivons une période très spéciale. Au-delà des inquiétudes, des souffrances, des soucis logistiques, une partie des Français découvre de façon assez brutale le fait de devoir instruire son enfant (je reviendrai dans un autre article sur ce que cette situation a de différent avec l’instruction en famille).

Or, parmi les enfants qui sont aujourd’hui à la maison au lieu d’être à l’école, on trouve un certain pourcentage d’autistes. En France, peu d’enfants autistes sont scolarisés. Dans d’autres pays, notamment au Canada, 80% des enfants autistes vont à l’école, parfois dans des classes adaptées, ou à temps partiel. Chez nous, le chiffre tourne autour de 20%, et encore, car de nombreux enfants autistes ne sont en fait scolarisés que quelques heures par semaine.

Je ne vais pas m’étendre sur les raisons de ce petit pourcentage, ni sur les avantages de l’ief quand on a un enfant autiste (je l’avais déjà fait ici et ici).

Je voudrais revenir en revanche sur deux aspects de ce confinement pour les enfants et adolescents autistes et leurs familles.

Premièrement, certains enfants et adolescents vivent très mal ce confinement, car il est synonyme pour eux de perturbation de leurs habitudes, de leur rythme, de leurs repères. Il peut être extrêmement angoissant et frustrant pour une personne autiste de ne pas suivre son emploi du temps habituel, de ne pas se rendre tel jour à telle heure dans tel endroit familier, de devoir renoncer à tel rituel rassurant (à cela, il faut ajouter le fait qu’il est difficile voire impossible de se procurer certains aliments, certaines marques spécifiques, et pour des enfants ou ados avec des troubles de l’oralité ou des particularités sensorielles, il peut être vraiment compliqué de remplacer un aliment par un autre)… Pour tous les enfants, adolescents (mais aussi adultes) qui aiment se rendre à l’école ou sur leur lieu d’études, d’apprentissage ou de travail, le confinement actuel est synonyme de grande souffrance.

Il faut d’un coup trouver de nouveaux repères, de nouvelles habitudes, c’est déstabilisant, inconfortable pour tout le monde, mais pour un autiste, c’est réellement une épreuve. Ils ont alors plus que jamais besoin d’être entourés, rassurés, et pour une partie d’entre eux, être privé de leurs habitudes entraîne une telle anxiété que les crises de colères et effondrements se multiplient.

Des soutiens sont mis en place : de nombreux praticiens proposent de rester joignables via Skype par exemple, et il est possible aussi de chercher de l’aide auprès de certaines structures. L’hôpital Robert Debré a mis en ligne des fiches fort utiles ici, par exemple. Il est aussi possible de se tourner vers Autisme Info Service, qui allie information et accompagnement (clic).

Signalons aussi l’initiative du Président de la République, qui a annoncé ce matin que les personnes autistes pourraient bénéficier de temps de sortie plus longs et plus souples, afin justement de retrouver certains repères essentiels à leur bien-être. Son allocution est visible ici.

Ceci étant, et sans minimiser les problèmes auxquels certaines familles doivent faire face, je dois dire que je suis heureuse de lire aussi sur plusieurs groupes dont je fais partie des parents qui nous disent à quel point ce confinement fait du bien à leur enfant.

Je parle non seulement des enfants qui sont en souffrance à l’école (que ce soit à cause du harcèlement, extrêmement fréquent, de l’absence d’AVS ou d’aménagements, de phobie scolaire…), mais aussi de tous ceux qui « vont bien », qui ne présentent pas de défi particulier pour leurs enseignants, qui d’ordinaire se fondent plus ou moins dans la masse.

Ce camouflage se réalise au prix d’efforts considérables. Et cela est épuisant pour ces enfants et ados. Et cela se paie. Bien sûr, ça ne se voit pas, alors pour la plupart des gens ça n’existe pas. Mais ces jours-ci, je lis énormément de messages de parents qui disent à quel point leur enfant est transformé. A quel point il dort mieux, mange mieux, est plus souriant, moins rigide, moins angoissé. A quel point les colères ou effondrements ont diminué. A quel point leur enfant semble heureux et apaisé.

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Il n’y a pas de mystère : oui, les autistes doivent s’adapter à un monde complexe, ils le font chaque jour, mais cela leur coûte. De l’énergie, de l’attention. Et toute cette fatigue et ce stress sont à l’origine de bien des comportements « symptômes » : rituels et rigidités, TOC, colères, pleurs, mutisme, auto-mutilations, anorexie, troubles du sommeil, dépression…

Je vois donc avec joie certains parents se poser aujourd’hui la question de déscolariser leur enfant, de se lancer dans l’instruction en famille, afin de permettre à leur enfant de conserver ce bien-être, de ne pas repartir dans un système qui génère tant d’angoisse et de stress.

Je ne dis pas que l’ief est LE modèle idéal pour tous, mais que certains s’y épanouiront mieux. Que certains en ont besoin pour aller bien. Que certains pourraient y trouver un réel bénéfice. Et si cette crise peut avoir au moins un effet bénéfique en permettant aux familles de se poser cette question, et de constater ce que le fait de cesser d’en demander trop peut produire, ce sera toujours ça de pris…

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Aujourd’hui, c’est la journée de l’autisme. Et je voulais par ce billet rappeler que l’ief fait partie des solutions (multiples et à adapter aux besoins de chacun) qui peuvent être envisagées lorsqu’un enfant est en souffrance dans le système lambda.

Bonne journée à tous, prenez soin de vous et des autres, et si vous le souhaitez, profitez de cette journée pour vous informer sur l’autisme, par exemple ici ou ici. 😉

Comment s’occuper à la maison ?

A mon tour de me lancer dans l’exercice du récapitulatif (non exhaustif) des pistes trouvées ici et là pour agrémenter un peu nos journées avec les enfants.

Celles et ceux qui bénéficient d’un jardin trouveront plus facilement à s’occuper, mais ces quelques idées pourraient aussi vous être utiles (que ce soit durant cette période un peu particulière, ou pour occuper des journées particulièrement peu clémentes en termes de météo), ne serait-ce que pour compléter vos activités.

Bien sûr, cette liste va s’étoffer au fil du temps, alors n’hésitez pas à revenir y faire un tour régulièrement !

Quelques propositions de vidéos à regarder :

  • les incontournables « C’est pas sorcier ! » et sa suite « L’Esprit sorcier », disponibles sur les chaînes YouTube dédiées : ici et ici. Et bonne nouvelle : Jamy vient de lancer sa chaîne (oui, oui, enfin !!!) : ici.
  • les chaînes d’éducation et vulgarisation dont je vous parlais notamment ici et ici (et je vais ajouter des articles pour les autres matières (philo, sciences, maths, langues…).
  • la super chaîne Le Vortex, qui réunit sur plusieurs vidéos des vulgarisateurs de talent dans une « colocation » pour qu’ils explorent ensemble différents thèmes. C’est très bien fait, et ça vous fera découvrir de chouettes vidéastes. A voir ici.
  • la chaîne Lumni, qui permet de retrouver des ressources pour apprendre, comprendre, réviser, dans un tas de domaines (sciences, codage, histoire, maths, musique) et de décoder l’actualité. Vous y retrouverez certains journalistes ou YouTubeurs connus (notamment Jamy), et pas mal de contenus intéressants. C’est ici.
  • la chaîne « Hello Maestro », qui propose les dessins animés des séries « Il était une fois… » (la vie, l’homme, les explorateurs…) : ici.

 

Pour voir des films :

  • « Films pour enfants » propose des courts-métrages d’animation. Différents styles, époques, régalez-vous ici !

 

Pour voir/revoir des concerts, ballets, opéras :

  • la chaîne Arte concert propose un tas (vraiment un tas) de concerts (de tous styles, classique, rock, jazz) mais aussi d’opéras enregistrés dans des lieux prestigieux. C’est ici.
  • Sur le site de l’Opéra de Paris (clic), des rediffusions disponibles pendant 6 jours de spectacles de grande qualité. Pour info :

    Du 17 au 22/03: Manon
    Du 23 au 29/03: Don Giovanni (2019)
    Du 30 au 05/04: Le Lac des cygnes (2019)
    Du 06 au 12/04: Le Barbier de Séville (2014)
    Du 13 au 19/04: Soirée Robbins (2018)
    Du 20 au 26/04: Les contes d’Hoffmann (2016)
    Du 27 au 03/05: Carmen (2017)

 

Pour écouter des conférences et podcasts:

  • La chaîne de l’Espace de sciences de Rennes, qui propose chaque mardi une conférence mise ensuite en ligne, sur différents thèmes (écologie, astronomie, physique, océanographie, médecine, linguistique, sociologie, archéologie…) avec des intervenants de grande qualité : clic.
  • Le musée de l’Homme, qui propose lui aussi des conférences très intéressantes : ici.

 

  • « Ciel et Espace », une revue que je vous recommande au passage, met en ligne gratuitement ses podcasts abonnés. Ici.

 

Pour écouter des histoires :

Rdv sur Radio Classique avec Elodie Fondacci, conteuse à la douce voix, qui nous fait découvrir les classiques autour d’histoires plus ou moins connues… Le podcast est ici.

Pour les plus grands, je vous recommande les nouvelles (science-fiction, auteurs divers, mais tous de qualité) lues par Patrick Baud (à la voix non moins douce), ici (sur la playlist « Histoires de Nuit »).

 

Pour écouter de la musique :

  • Le site de la Philharmonie de Paris propose des concerts en live et rediffusion (ainsi que des documentaires, des master class, etc). Vous y trouverez certainement votre bonheur et des dizaines de pépites ! C’est ici.

 

Pour observer la nature depuis chez soi :

Vous pouvez observer des oiseaux sauvages nicher, couver, nourrir et élever leurs petits en direct. C’est un spectacle à la fois émouvant et instructif !

Vous pouvez retrouver les faucons pèlerins ici : clic ! (ils sont déjà là, en train de couver) et les balbuzards pêcheurs là : clic ! (arrivés semble-t-il, la ponte ne devrait pas tarder, à surveiller !).

 

Pour observer notre planète :

Vous pouvez vous brancher sur la Station Spatiale Internationale qui fait 16 fois le tour de notre planète chaque jour, et filme la Terre. Attention, c’est addictif, vous risquez d’y passer des heures ! Clic. 😉

Et la Nasa a aussi mis en ligne TOUTES ses images : ici. Il y a des merveilles à découvrir.

Vous pouvez aussi vous tenir informés sur le site de la Nasa ou de l’Esa des sorties extra-véhiculaires programmées pour les astronautes et retransmises en direct. Idem pour les lancements de fusées.

 

Pour faire des activités manuelles un peu originales :

Le CNES propose des tutos pour fabriquer des maquettes : ici.

 

Pour visiter des musées et monuments :

De nombreux musées et monuments proposent des visites virtuelles, avec des fiches explicatives sur les œuvres exposées, les courants artistiques, l’histoire de l’art ou du monde…

Voici quelques liens qui permettent de s’en mettre plein les yeux !

Sans oublier le lien vers les coloriages proposés par 113 musées : http://library.nyam.org/colorourcollections/

 

Amusez-vous bien !

« LA » grande question

Ceux et celles qui pratiquent l’ief savent déjà sans doute quel sujet je vais aborder, et celles et ceux qui se posent sérieusement la question de sauter le pas sont certainement très préoccupés par cet aspect des choses, car c’est en général le premier « contre-argument » qui nous est opposé lorsqu’on parle d’école à la maison à des personnes qui n’ont pas fait ce choix, famille, amis, connaissances, boulanger, cousin du frère de la tante du charcutier…

Voici donc la fameuse question vedette qui plane sur l’ief et couvre de son ombre les discussions avec les non-iefeurs : quid de la socialisation ?

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J’avoue que c’est une question que nous nous sommes nous-mêmes posée, car notre décision au moment d’inscrire Martin à la maternelle était avant tout due au fait que nous ne sentions pas notre aîné « prêt » à s’intégrer dans un groupe. C’était un enfant assez solitaire, réservé, facilement déstabilisé par les changements (à l’époque nous n’avions aucune idée du fait qu’il était autiste, mais nous avions conscience de ces ressentis chez lui). Nous nous sommes évidemment demandé si, à terme, le fait de ne pas aller à l’école n’allait pas accentuer ces aspects de sa personnalité.

Pour tout dire, une fois que l’aventure est lancée, cette question (voire cette inquiétude) tombe vite. On constate rapidement que notre enfant n’est pas asocial, ni particulièrement en retrait, « sauvage », incapable de s’intégrer. Même pour notre jeune Asperger (dont l’aisance en société n’est pas la caractéristique principale, disons), aucune angoisse : il était bien, comme sa sœur, un peu timide, mais c’est une question de personnalité (petite remarque en passant : j’ai été scolarisée à 3 ans, et j’ai traîné durant toute mon enfance une timidité maladive). Dès qu’ils avaient quelques repères, ils étaient tout à fait à l’aise.

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La socialisation ne s’acquiert pas en côtoyant 4 ou 5 jours par semaine, durant 6 ou 8 heures, des enfants du même âge. Honnêtement, quand, dans votre vie d’adulte, avez-vous eu à vivre toute une journée avec 25 personnes nées la même année que vous, assis dans une même salle pour effectuer la même activité ?

La socialisation, c’est tout un ensemble de choses, mais certainement pas ça.

C’est connaître les règles nécessaires à la vie en société : la politesse, la courtoisie, le fait d’attendre son tour, de pouvoir s’adresser à quelqu’un de façon appropriée. Tout cela s’acquiert chaque jour, au sein de la famille, avec les frères et sœurs, au parc, à la bibliothèque, au supermarché, à la piscine…

Cela se travaille aussi tout naturellement lors d’activité de groupe : une sortie nature avec un guide, une conférence, un atelier découverte… De plus, les activités « extra-scolaires » sont aussi un lieu où les enfants rencontrent d’autres enfants, d’autres adultes, et interagissent avec eux.

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Alors oui, il convient parfois de se poser cette question, spécialement je dirais si l’on considère le cas d’un enfant unique, et/ou vivant dans un endroit assez isolé, où l’on a peu d’occasions de rencontres et de discussions.

Mais honnêtement, à moins que votre enfant ne vive reclus dans une cave (ou un grenier, le résultat est le même), l’argument de la socialisation ne me semble pas pertinent pour critiquer un choix d’instruction en famille. Il suffit en général de regarder évoluer ces enfants ou adolescents en société : ils sont pour la plupart très à l’aise, et absolument pas angoissés par le fait de se trouver en groupe. Un petit plus à noter : ils sont souvent plus à même de discuter avec des personnes différentes d’eux, que ce soit en termes d’âge, d’origines, de centres d’intérêts. Ce n’est pas une règle absolue (loin de là), mais il faut avouer que le fait même d’avoir reçu un mode d’instruction « atypique », d’avoir parfois été en butte soi-même aux préjugés de par ce choix de vie, amène une ouverture d’esprit et une bienveillance qui ne sont pas toujours de mise parmi les personnes qui ont toujours vécu selon un mode « traditionnel », davantage « main-stream », pourrait-on dire.

Ceci dit, si cela vous préoccupe, il existe beaucoup de moyens pour vous assurer que vos enfants ne seront pas isolés : les relais parents-enfants, les centres aérés, les cours d’éveil à… ce que vous voudrez (musique, cuisine, escalade, découverte de la nature…), les ateliers de lecture dans les bibliothèques, les sorties proposées par les associations et qui se font souvent en groupe (réserves naturelles, archéologie, musées…). De nombreux cours et stages sont accessibles et en général se font en groupe (musique, sport, etc). Enfin, l’arme ultime : les sports collectifs, pour ceux qui les apprécient.

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Concrètement, chez nous, ça donne quoi ?

Avec 4 enfants, vous vous doutez qu’aucun de nous ne se sent isolé… Les enfants ont développé des liens très forts entre eux : ils passent une grande partie de leurs journées ensemble, ils jouent ensemble, les plus grands lisent des histoires aux petits, jouent avec eux, leur apprennent un tas de choses. Ils s’apprécient et ont une grande complicité.

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Chacun d’eux s’est ouvert au monde à sa façon, à son rythme. L’un avec facilité et naturel, l’autre après un temps d’observation et avec davantage de prudence… Ils grandissent, ils avancent avec leurs envies et leur personnalité. Ils sont à l’aise dans un groupe, aiment rencontrer de nouvelles personnes. Les activités communes à l’église (groupes d’enfants, spectacles, repas) et au conservatoire (cours collectifs, chorale, danse) sont un plaisir pour eux.

Quant à Martin, il apprend lui aussi, il fait partie d’un groupe de jeunes à l’église (et a participé pour Noël au montage d’un spectacle de mime en groupe) et suit sans souci le cours collectif de formation musicale. Il a aussi manifesté son intention de rejoindre l’an prochain la chorale du conservatoire). Si la question de la socialisation d’un enfant Asperger en ief vous intéresse, je vous invite à lire mon article sur le sujet (clic).

Bref, pour conclure, et comme je l’ai lu sur plusieurs sites/blogs : la socialisation n’est en fait une inquiétude que pour ceux qui ne sont pas en ief. Une fois que la vie sans école a commencé, on se rend compte à quel point il est hypocrite et infondé de faire reposer la socialisation d’un individu, quel que soit son âge, sur la fréquentation d’un établissement scolaire.

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Je vous laisse quelques liens vers des sites d’assos ief et des blogs qui abordent cette question :

 

Bonne lecture ! 😉

Fin 2019, un mini-bilan

Le début d’année scolaire a été plus que chargé, je n’ai pas eu le temps d’écrire une ligne sur le blog !

N’en déduisez pas que cela se passe mal, c’est simplement que le temps a été utilisé autrement, et qu’il nous a fallu trouver un nouveau rythme. Comme vous le savez peut-être, nous avons déménagé à la fin de l’été, pas très loin, mais cela a contribué à désorganiser légèrement la rentrée.

Les enfants ont commencé des activités au conservatoire, ce qui a nécessité des aménagements d’emploi du temps, et nous avons pris le temps d’explorer notre nouvelle ville (et spécialement les alentours de notre nouvelle maison, située en bordure de forêt). Les beaux jours de septembre ont donc été mis à profit pour des promenades et des explorations, mais nous avons eu un peu de mal à retrouver le chemin des manuels et des exercices formels…

Tout est en place maintenant, nous avons trouvé nos marques. Martin (niveau 6e) a eu son contrôle le 11 décembre. Tout s’est très bien passé, nous sommes reconnaissants de trouver sur notre parcours des personnes respectueuses et à l’écoute. Le contrôle pour Joanne (CM1) et Paul-Elie (CE1) se déroulera le 10 janvier (nous sommes en terrain connu, nous retrouverons « notre » inspectrice et les conseillères pédagogiques qui suivent habituellement nos enfants).

J’ai pris le temps de mettre à jour l’article consacré aux supports choisis pour la 6e (à l’usage de petites modifications se sont imposées… comme toujours en IEF !). Vous pouvez lire cet article ici. 😉

Pas de calendrier de l’Avent cette année, manque de temps… Nous avons prévu des vacances « cocooning », autour de notre premier Noël dans cette nouvelle maison, et je vais profiter de ce temps pour mettre en route nos fils rouges de l’année : je reprends pour Joanne (et les autres, évidemment embarqués dans l’aventure) le tour du monde laissé en plan l’an dernier (l’Europe, qui est normalement le fil rouge du CM1, sera l’objet de notre attention pendant l’été), nous allons attaquer doucement le tour de France avec Paul-Elie (un travail préparatoire a été fait sur la carte de France et ses régions), et nous allons passer à un niveau plus sérieux avec Martin sur le thème du ciel (engins volants, météorologie, oiseaux, mais aussi conquête spatiale). Au programme, des lectures, des vidéos (dont un lot de « C’est pas sorcier ! »), de la musique, et l’exploration de traditions autour de Noël et du Nouvel An (des santons de Provence aux coutumes espagnoles, des Christmas Carols à la tante Airie (clic et clic)), nous pourrons aussi recevoir les vœux des astronautes de l’ISS (qui font toujours de petites vidéos très sympas pour Noël et la St-Sylvestre), et prolonger avec le Nouvel An chinois.

Il me reste à vous souhaiter à chacun un très joyeux Noël et de bonnes vacances !

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Petit budget : où trouver des livres ?

Manuels, supports de travail ou de recherche, trésors d’aventure et d’émotions, notre chez-nous regorge de livres en tous genres. Evidemment, cela a un coût. Ayant un petit budget, nous avons au fil du temps trouvé quelques astuces pour limiter les dépenses sans (trop) nous priver…

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Acheter d’occasion

C’est une solution à la fois économique et écologique. Il faut savoir qu’il est possible de faire des économies substantielles, tout en achetant des livres en bon voire en excellent état, certains étant même comme neufs.

Pour trouver des livres d’occasions, de nombreuses solutions :

  • les librairies de seconde main, les bouquinistes, les ressourceries autour de chez vous
  • les librairies traditionnelles qui proposent aussi des livres d’occasion (par exemple Gibert, directement à Paris, ou en livraison, à 0,01€ dès 25€ d’achats)
  • les sites d’achat d’occasion (par exemple Momox-shop, qui livre gratuitement dès 15€ d’achats)
  • Emmaüs, qui propose dans presque tous ses lieux de vente une librairie où vous trouvez des livres pour quelques centimes, et qui propose désormais aussi un service en ligne (clic)
  • les vide-greniers, dont vous pouvez trouver la liste ici
  • les réseaux sociaux, groupes ief, forums, où vous trouvez fréquemment des offres d’autres parents/familles
  • les ventes de bibliothèques municipales, qui écoulent parfois une partie de leur stock à prix réduit

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Acheter neuf à petit prix

Certains sites, associations, organismes, proposent des livres à prix modiques. C’est le cas par exemple de l’association « Lire c’est partir« , qui propose des livres (et CD) jeunesse à partir de 0,80€. A la maison, nous sommes fans de « Biscotte et Compote« , une histoire de petites marmottes.

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Récupérer des livres (gratuits)

C’est le bon plan, mais nous sommes alors dépendants du coup de chance qui fera que les livres en question nous intéresseront.

Plusieurs façons de faire :

  • en parler autour de soi : annoncer qu’on est preneur de tout livre dont le propriétaire voudrait se séparer
  • guetter les propositions sur les réseaux sociaux ou forums : sur les groupes ief ou de vente de matériel pédagogique, il arrive que des dons soient proposés
  • fréquenter les boîtes à livres : dans certaines villes, on trouve des lieux d’échange gratuit de livres d’occasion, on y trouve parfois des pépites
  • traîner en fin de braderie ou vide-grenier : il est fréquent que les exposants donnent des livres invendus, ça peut valoir la peine de jeter un œil

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Emprunter

Le meilleur moyen de disposer d’un stock de livres important et varié est de fréquenter une bibliothèque. Evidemment, les villes sont souvent favorisées car elles disposent d’un budget plus conséquent et donc d’un fonds et de collections plus fournis. Cependant, certains villages ou petites villes ont la chance d’avoir une bibliothèque tout à fait correcte. De plus, certaines de ces structures travaillent en lien avec une bibliothèque ou médiathèque plus importante, qui lui prête régulièrement des ouvrages récents et peut faire des achats pour répondre aux demandes des abonnés.

Avantage non négligeable de l’emprunt (outre la variété) : il est possible de s’assurer avant d’acheter que le livre convoité plaît et correspond à nos attentes.

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Si vous avez d’autres pistes pour apaiser vos fringales livresques, n’hésitez pas à les partager ! 🙂

 

Où achetons-nous ?

Pour clore cet article, je vous partage nos petites habitudes en terme d’achats de livres.

  • Pour le neuf : n’ayant pas de libraire à proximité, j’achète en ligne sur le site de la librairie Decitre. C’est une bonne alternative au site controversé portant le nom d’un grand fleuve d’Amérique du sud : il s’agit d’une entreprise française, sérieuse, qui propose un envoi rapide et soigné, à 0,01€. Edit : j’ajoute une découverte récente : lalibrairie.com, groupement de libraires indépendants, proposant des tarifs de livraison très corrects. A tester ! 🙂
  • Pour l’occasion : nous nous fournissons essentiellement chez Emmaüs et sur le site Momox-shop. Il m’arrive aussi d’acheter dans des groupes ief.

Nous sommes par ailleurs des usagers assidus de notre petite bibliothèque associative, et du point d’échange installé à l’entrée du supermarché local, où nous déposons aussi régulièrement des livres. 🙂

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*Les photos ne représentent pas nos enfants, ce sont des images libres de droits.*

 

Instruire un enfant Asperger #2 : un rythme à part

Après avoir évoqué les particularités sensorielles, je voudrais partager avec vous ce qui fait je crois l’originalité (et parfois la difficulté) de notre IEF avec Martin, à savoir notre rythme de travail.

Martin est un enfant calme, plutôt contemplatif, capable de rester concentré très longuement sur une tâche ou une activité qui lui plaît. Il aime découvrir, apprendre, il lit énormément. Partant de ce constat, on se dit que l’instruction d’un tel enfant va être un chemin bordé de roses…

Comme souvent en IEF (et plus généralement dans l’éducation des enfants), il y a ce qu’on imagine… et la réalité !

Martin est effectivement capable de s’absorber des heures durant dans une activité ou une lecture, mais il est aussi très fatigable. Notre instruction doit donc prendre en compte ces deux aspects : permettre qu’il reçoive de quoi combler son appétit, mais permettre aussi qu’il puisse recharger les batteries, parfois à plusieurs reprises en quelques heures, parfois de façon prolongée.

D’où vient la fatigue de Martin ?

Plusieurs facteurs entrent en jeu.

  • Premièrement, la vie en général. Tout ou presque est un défi pour un enfant autiste. Notre quotidien est aménagé, son environnement tient compte de ses particularités, mais à la fin d’une journée standard, Martin est fatigué, même si à première nous n’avons « rien fait », ou en tout cas rien d’exceptionnel.
  • Le sommeil de mauvaise qualité. Martin a parfois du mal à s’endormir, ou passe des nuits agitées. Cela joue forcément sur son pep’s dans la journée.
  • Les activités des jours précédents. Toute activité demande de l’énergie à Martin, et nécessite un temps de récupération. Une rencontre avec des amis, une sortie, faire des courses, discuter au téléphone, tout cela est source de joie, mais aussi de fatigue. Il est clair que le lendemain d’une visite, on travaillera moins qu’un jour ordinaire.
  • Les conditions de travail. Le bruit environnant est un facteur essentiel. Le jour où les tondeuses municipales sont de sortie, je sais qu’il faudra alléger l’emploi du temps.
  • Le type d’activité. Martin a une grande fatigabilité musculaire. Les exercices d’écriture sont coûteux pour lui et le fatiguent énormément (pas seulement la main, mais le corps entier, et la grande concentration que cela exige de lui draine aussi beaucoup d’énergie). Clairement, il écrit « peu », et j’essaie d’alterner les activités pour qu’il ne se trouve pas en situation de devoir écrire trop longuement. Par ailleurs, certains exercices lui demandent aussi un effort psychologique important (résumer à l’oral, expliciter un texte de fiction…), et cela aussi est à prendre en compte.

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Concrètement, qu’est-ce que ça change ?

Comme je viens de le dire, il faut réfléchir en amont aux activités et à leur réalisation. Je ne peux pas lui demander d’écrire une dictée, puis de réaliser un schéma de science, et finir par poser des opérations ou construire des figures géométriques : cela représente trop de fatigue musculaire.

Je ne peux pas non plus enchaîner des exercices oraux impliquant beaucoup de réflexion sur l’implicite (« que penses-tu de la personnalité du héros ? », « que voulait réellement obtenir telle personne en faisant ce discours ? »).

Il faut donc alterner, et cela parait du simple bon sens… mais le défi est de trouver l’équilibre, la « bonne dose », qui peut varier en fonction des jours, de l’état de fatigue au départ, mais aussi de l’intérêt suscité par une activité.

Il faut aussi être capable de remettre complètement en question un emploi du temps, que ce soit sur une journée, une semaine, voire des mois, lorsqu’on se rend compte que visiblement on a été trop ambitieux (ou au contraire pas assez). Exemple : nous avons cette année un livret qui accompagne notre manuel d’histoire-géo. Pour chaque chapitre, des activités sont proposées, mais cela demande pas mal d’écriture. Au lieu de voir une leçon sur un jour (comme nous le faisions avant), nous travaillons la leçon le lundi, et chaque jour ensuite nous faisons un exercice ou une partie d’exercice, pour avoir bouclé le tout sur la semaine.

Il arrive enfin que Martin ait besoin de journées entières de récupération. Dans ces cas-là, il faut être suffisamment organisé pour pouvoir sereinement mettre les apprentissages de côté, sans culpabilité, en sachant que cela ne mettra pas notre progression par terre, et qu’on rattrapera le retard éventuel un autre jour, où il sera plus en forme. C’est un défi au départ, quand le stress de ne pas boucler l’année nous tient encore… Mais une fois la première année achevée, on se rend compte qu’on a bien avancé malgré les pauses imprévues.

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A l’inverse, il arrive que nous avancions vite, quand un sujet passionne Martin. Il creuse, se documente, lit beaucoup, anticipe sur l’année suivante (voire les années suivantes). Cela permet vraiment de regarder plus sereinement les périodes « creuses », et de relativiser !

Le plus important, comme toujours, c’est de rester attentif à votre enfant, à ses besoins spécifiques, et de ne pas forcer les choses, ou focaliser sur ce qui reste à faire. avancer lentement, c’est tout de même avancer, et rien ne dit que le rythme ne s’accélérera pas quelques semaines ou quelques mois plus tard. 😉

Instruire un enfant Asperger #1 : les particularités sensorielles

* Oui, j’utilise encore le terme Asperger, parce qu’il est plus « parlant » pour nombre de parents (et de professionnels), et que je ne prétends pas connaître suffisamment les autres dimensions de l’autisme. Mais je suis consciente qu’il conviendrait de parler aujourd’hui de TSA (trouble du spectre de l’autisme).*

Les autistes ont des particularités sensorielles assez présentes, qui peuvent aussi bien relever de l’hypersensibilité que de l’hyposensibilité. Ces particularités (surtout quand elles prennent la forme d’hypersensibilités) peuvent perturber leur quotidien et leurs apprentissages. On entend parfois parler d’hyperesthésies, c’est-à-dire de sensations exacerbées et souvent ressenties comme douloureuses ou du moins gênantes. Je ne vais m’attarder ici que sur celles qui ont un rapport avec l’instruction.

L’hypersensibilité auditive

Elle est extrêmement répandue et assez handicapante. Elle se caractérise par le fait d’entendre le moindre bruit sans pouvoir le filtrer, et de tout entendre au même niveau (aussi bien la voix de la personne qui nous parle, le crayon qui gratte sur le papier, le vrombissement du frigo dans la pièce d’à côté, le chien qui aboie deux étages plus bas…). Il en résulte une grande fatigue, due à la sollicitation incessante et à l’hypervigilance nécessaire pour faire le tri entre les différents sons. On observe aussi parfois un manque de concentration, lié au fait que chaque minuscule bruit environnant est entendu fortement et perturbe l’enfant dans sa tâche. Quand il y a plusieurs enfants dans la maison ou dans la même pièce, cela peut rapidement devenir problématique.

Outre cet aspect, il faut comprendre que certains sons sont désagréables, voire douloureux pour la personne autiste. Il est possible que l’enfant soit gêné par des bruits généralement considérés comme anodins ou normaux : un bruit de moteur, de canalisation, le grincement d’une chaise, le grésillement à peine perceptible d’une radio peuvent être des sources d’inconfort et fatiguer votre enfant.

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Quelques solutions : parfois, des bouchons d’oreilles ou un casque réducteur de bruit peuvent aider. Il faut parfois jongler entre les deux, ou trouver chercher longtemps la perle rare (le bouchon que l’enfant accepte dans son conduit auditif, ou le casque qui ne comprime pas trop la tête). Ici, nous avons des bouchons d’oreille en silicone qui filtrent certains bruits, et un casque antibruit (clic) qui est utilisé dans les situations « extrêmes », quand Martin a besoin de beaucoup plus de calme. Cependant, la plupart du temps, le simple fait de fermer la porte de sa chambre (la pièce où il travaille) suffit à lui fournir un environnement moins bruyant.

Il est parfois utile de faire faire des bouchons d’oreille sur mesure. Cela coûte cher, mais l’hypersensibilité auditive est si handicapante pour certaines personnes que cela peut valoir le coup.

L’hypersensibilité visuelle

C’est un autre grand classique. La sensibilité s’exprime par rapport à certaines couleurs ou motifs, mais le plus souvent il s’agit d’une sensibilité à la lumière. Il faut savoir que certaines sources lumineuses sont source de fatigue, peuvent déclencher des maux de tête, et être vécues comme de véritables agressions par les personnes autistes.

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Je vous encourage donc vivement à écouter votre enfant s’il se plaint à ce sujet (les néons sont particulièrement pointés du doigt, certains éclairages à LED également), et à changer si besoin l’éclairage du lieu de travail.

L’hypersensibilité tactile

C’est le troisième grand domaine où l’hypersensibilité s’exprime. On y pense moins quand il s’agit d’instruction, mais certaines particularités dans la façon dont les enfants perçoivent les choses sur leur peau peuvent interférer avec leurs apprentissages. Ainsi mon fils me confiait l’autre jour qu’il n’aimait pas du tout le papier de son cahier (trop lisse, un peu froid, il préfère le papier plus rugueux). Quand on voit le temps passé à tenir un crayon, tenir un livre dans ses mains, avoir la main posée sur le papier du cahier, tenir sa gomme, toucher ses instruments de géométrie, mais aussi le temps passé en contact direct avec sa chaise, son bureau, on mesure le nombre de stimuli potentiellement désagréables qui peuvent gêner nos enfants et créer une fatigue inutile.

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Là encore, observez, questionnez, et essayez de changer si possible ce qui pose problème. Soyez également vigilants à la température de la pièce, aux courants d’air éventuels, qui peuvent eux aussi représenter un inconfort (non en eux-mêmes, mais à cause des sensations qu’ils peuvent engendrer sur la peau).

 

Pour mieux comprendre, un article très complet : « La perception sensorielle chez les personnes autistes » – clic.