Projet de loi : le poids des mots

Warning : cet article est inhabituellement long (même pour moi…) Je me suis posé la question de le couper, mais je trouve plus simple de pouvoir grouper les infos au même endroit, sachant que je ne souhaite pas multiplier « pour le plaisir » les articles concernant ce projet de loi. Vous trouverez donc, après une introduction qui vous exposera la raison d’être de cet article-fleuve, une première partie consacrée aux insultes dont les familles instructrices ont été l’objet, une seconde partie où je reviens sur les amalgames qui nous discréditent, et une troisième où j’ai relevé quelques interventions qui nous défendent et disent à quel point l’article 21 est malhonnête et disproportionné.

Au fil de mes quelques articles concernant le projet de loi confortant les principes de la République, vous avez peut-être trouvé que je ne m’offusquais pas énormément des termes employés parfois pour évoquer les enfants instruits en famille, les parents instructeurs, ou même notre mode de vie et nos motivations.

Je ne suis pas née de la dernière pluie, et j’ai suivi suffisamment de débats politiques pour ne pas montre sur mes grands chevaux dès qu’une formule un peu fleurie est lâchée. Je connais les règles des joutes verbales entre politiciens, et à l’heure où Twitter semble avoir plus de poids, car plus de visibilité, que les tribunes des journaux, je comprends que le maniement des « petites phrases » qui font le sel de la politique française soit plus que jamais d’actualité. C’est à celui qui aura la plus assassine, la plus acérée, la plus percutante, la plus mémorable (puisque la longueur du Tweet est malheureusement limitée et remet tout le monde sur un pied d’égalité).

Je ne suis pas facilement vexée, choquée, je ne me sens pas humiliée dès qu’on remet en cause mes actes ou mes motivations. Je ne hurle pas à l’offense pour une phrase un peu limite : ce sont les règles du jeu, et on a suffisamment à faire pour ne pas pinailler sur les termes.

Cependant… il ne faut pas minimiser les conséquences d’un discours, surtout lorsqu’il émane de la majorité présidentielle, surtout lorsqu’il est maintes fois martelé et relayé par divers médias. Surtout lorsqu’il prétend respecter l’autre alors qu’il l’insulte. Depuis le 2 octobre, date du discours d’Emmanuel Macron aux Mureaux, où nous avons appris la volonté du président de mettre fin à l’IEF, nous ses principaux acteurs, avons été la cible de calomnies, de propos injurieux, qui ont au mieux sous-entendu et au pire affirmé que nous maltraitions nos enfants, que nous ne respections pas leurs droits fondamentaux, que nous n’avions que faire de leur bien-être, que nous étions des personnes dangereuses, ennemies de la République, forcément en lutte idéologique contre ses valeurs.

Tout cela est inadmissible. Il n’est pas acceptable, dans un pays civilisé et démocratique, que le Gouvernement ou ses proches insulte une partie de la population (qui, je le rappelle, n’a commis aucun délit). Cela ne constitue pas, aux yeux du droit, de la diffamation : pour cela, il faudrait que les propos en question portent atteintes à l’honneur d’une personne physique ou morale. Pourtant, notre honneur et celui de nos enfants est bien sali par les paroles calomnieuses que je vais vous rapporter ci-dessous.

Pour chaque attaque, j’ai tenté de retrouver la personne qui l’avait prononcée ou rédigée, la date et le lieu où les propos ont été tenus ou relayés. Si vous constatez la moindre erreur, ou si vous souhaitez ajouter votre pierre à l’édifice, merci de me contacter ! Je précise aussi que cette liste est (malheureusement) appelée à s’étoffer au fur et à mesure des déclarations et de mes recherches.

2 octobre 2020 – Discours des Mureaux – Verbatim complet ici clic

Emmanuel Macron : « (…) qu’est-ce qui aujourd’hui, dans notre société, met en danger notre République, notre capacité à vivre ensemble, et vous faire part des décisions prises en conséquence. »

« Ce à quoi nous devons nous attaquer, c’est le séparatisme islamiste. C’est un projet conscient, théorisé, politico-religieux, qui se concrétise par des écarts répétés avec les valeurs de la République, qui se traduit souvent par la constitution d’une contre-société et dont les manifestations sont la déscolarisation des enfants, le développement de pratiques sportives, culturelles communautarisées qui sont le prétexte pour l’enseignement de principes qui ne sont pas conformes aux lois de la République. »

« Sur ce sujet, face à toutes ces dérives qui excluent des milliers d’enfants de l’éducation à la citoyenneté, de l’accès à la culture, à notre histoire, à nos valeurs, à l’expérience de l’altérité qui est le cœur de l’école républicaine, j’ai pris une décision, sans doute, et je la mesure, et nous en avons beaucoup débattu avec les ministres, sans doute l’une des plus radicales depuis les lois de 1882 et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969. Dès la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès 3 ans. L’instruction à domicile sera strictement limitée, notamment aux impératifs de santé. »

2 novembre 2020Audition par la commission des lois constitutionnelles (source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/cion_lois/l15cion_lois2021015_compte-rendu?%20fbclid=IwAR094qkOtJEHsHm2X7TGEi6AcWKHIrpQxa0VwznMX_H31hJSbFM9wHb2XSo)

Gérald Darmanin : « Il faut vraiment être naïf pour ne pas voir le lien entre la radicalisation, la communautarisation et le fait que les enfants n’aillent pas à l’école de la République et que l’on ne puisse même pas suivre leur parcours. (…) Si la déscolarisation a pu, à un moment donné, être comprise dans la République, elle lui porte aujourd’hui de trop nombreux coups de poignard et fabrique des êtres parfois conditionnés au séparatisme. »

Stéphane Peu : « Pour ce qui est de l’instruction à domicile, je me range plutôt du côté du ministre. Il nous semble important, au groupe de la Gauche démocrate et républicaine, de couper court à des pratiques néfastes. »

18 novembre 2020 à confirmer (le Figaro?) – Repris le 9 décembre par le Monde (source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/12/09/l-evitement-scolaire-un-enjeu-au-c-ur-du-projet-de-loi-sur-les-principes-republicains_6062701_3224.html)

Gérald Darmanin : « petits fantômes de la République »

18 novembre 2020 – sur l’antenne d’Europe 1, dans « La Matinale » de Sonia Mabrouk

Gérald Darmanin : « Il y a des gens qui font l’instruction à domicile, qui le font extrêmement bien, et c’est effectivement quelque chose qu’il faut remarquer. Mais il y a 50 000 enfants aujourd’hui qui ne vont pas à l’école ce sont les chiffres de l’Education nationale, la moitié pour des raisons médicales, et l’autre moitié nous nous posons des questions extrêmement sérieuses, de gens qui sont totalement désocialisés, et qui sont mis sous des dérives sectaires, islamistes et qu’il nous faut condamner. »

23 novembre 2020 – en réponse aux questions de Jean-Jacques Bourdin sur « RMC Bourdin direct »

Marlène Schiappa : Parce que vous savez parfois quand vous interrogez les élus locaux, on n’a pas un chiffre exact d’enfants qui n’ont jamais été à l’école. Et pourquoi le Président a souhaité prendre cette mesure, c’est parce que vous avez une inégalité terrible de destins entre un enfant qui a 10 ans et qui a pu aller à l’école, apprendre, à lire, à écrire, à réfléchir, à être au contact d’autres enfants qui ne sont pas élevés comme lui, qui n’ont pas les même origines forcément, peut-être pas la même religion, pas les même pratiques, pas la même éducation. Et de l’autre côté vous avez des enfants de 10 ans, qui n’ont jamais mis les pieds dans une école et qui sont – c’qu’on veut attraper ce ne sont pas les parents qui font des écoles alternatives, heu…

Jean-Jacques Bourdin : Les enfants fantômes, c’est ce qu’a dit Gérald Darmanin ?

Marlène Schiappa : Exactement, c’est tout à fait ça, ce sont les enfants dont on ne connaît même pas l’existence et qui n’ont jamais ouvert un livre de classe.

17 décembre 2020 – Audition de M. Blanquer par la Commission spéciale (source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/csprincrep/l15csprincrep2021003_compte-rendu)

Jean-Michel Blanquer : « Quoi qu’il en soit, un grand nombre de familles considèrent donc que leurs enfants ne doivent pas côtoyer d’autres enfants, d’autres milieux ou d’autres confessions. Cela peut conduire à des situations préoccupantes, néfastes à l’apprentissage et au bien-être de l’enfant. L’islamisme radical n’est pas seul en cause, même s’il est dans tous les esprits : il y a aussi les phénomènes sectaires et d’autres formes de radicalisation. »

22 janvier 2021 – Commission spéciale (source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/comptes-rendus/csprincrep/l15csprincrep2021045_compte-rendu)

Anne Brugnera : « Les détournements et les dérives de l’instruction en famille, même minoritaires, ne peuvent pas être considérés comme insignifiants et appellent une réaction des pouvoirs publics et du législateur. Dans certains cas, ils traduisent une forme de rejet de l’école, une forme de séparatisme qui doivent également nous alerter. Parmi ces dérives, plus encore que les lacunes de l’enseignement nous préoccupent celles qui portent atteinte à l’intégrité morale et physique des enfants. Nous avons auditionné la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), selon laquelle l’instruction en famille peut s’inscrire dans des projets néfastes de société fermée où sont utilisées des techniques psychologisantes pouvant entraîner un enfermement de l’enfant et un embrigadement des consciences. Le lien entre instruction en famille et séparatisme est difficile à mesurer mais il existe. »

Jean-Michel Blanquer : « Beaucoup d’entre vous ont manié le concept de liberté ; or, la première des libertés de l’homme, c’est d’interagir avec ses semblables. Sans cette liberté, un enfant devient sauvage : c’est une réalité anthropologique. »

Anne-Christine Lang : « On constate, de manière de plus en plus fréquente, une forme de rejet de l’école, du creuset républicain, au nom d’un communautarisme, d’un consumérisme, d’un entre soi, d’un individualisme qui nous inquiètent. (…) L’enfant a le droit de sortir du huis-clos familial et du seul regard de ses parents. »

Florent Boudié : « En réalité, nous cherchons à débusquer le séparatisme partout où il s’introduit, dans les services publics locaux, les structures associatives, les pratiques coutumières comme les certificats de virginité ou la polygamie, jusqu’au sein du système scolaire ou à la marge. On peut y trouver des signes de repli communautaire, que nous voulons pénaliser et sanctionner fortement. »

Jean-Michel Blanquer : « Lorsque nous démantelons des structures clandestines, plus de la moitié des enfants sont officiellement instruits en famille. La question se pose donc bel et bien, d’autant plus que, souvent, l’instruction en famille n’est qu’un paravent à l’endoctrinement et que ces situations peuvent favoriser la violation des droits de l’enfant. » 

François de Rugy : « Oui, le Gouvernement pense qu’on peut encadrer cette liberté par un régime d’autorisation. En France, il existe un droit au logement. Pour autant, construire un logement, ou même changer une fenêtre, est soumis à autorisation. »

Jean-Baptiste Moreau : « (…) l’école de la République vise aussi à sortir les enfants de l’assignation à résidence (…). »

1er février 2021 – Assemblée nationale, discussion du projet de loi (source : https://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2020-2021/20210144.asp)

Jean-Michel Blanquer : «  (…) l’école, c’est bon pour les enfants, et absolument indispensable pour la construction de l’enfant comme pour la construction de la République. » ; « (…) les articles que j’aurai le plaisir de vous présenter au cours des prochains jours n’ont pas trait seulement à la défense de la République, mais aussi à la défense des droits de l’enfant. » ; « Elle permettra aussi de protéger les droits de l’enfant, parce qu’on ne pourra pas faire n’importe quoi dans ce cadre-là. »

Anne Brugnera : «  Conforter le respect des principes de la République, c’est lutter contre des comportements qui visent à faire prévaloir d’autres normes que celles de la République (…) » ; « Notre objectif est de prémunir les enfants contre toute forme d’endoctrinement ou d’obscurantisme, et plus largement, de garantir le respect de leurs droits, notamment à l’éducation. » ; « Ces évolutions récentes peuvent traduire une forme de séparatisme social, de rupture délibérée avec l’école de la République. » ; « Enfin, il ne faut pas nier les carences que nous observons parfois dans la qualité de l’instruction des enfants concernés, ainsi que dans le respect de leurs droits les plus fondamentaux, de leur intégrité physique et morale, comme en témoignent, hélas, certaines dérives constatées. » ; « Nous devons regarder cette réalité dans toute sa diversité et complexité, avec responsabilité et courage, avec tout le respect dû aux familles et aux enfants concernés, et dans le même temps, nous voulons agir avec la plus grande fermeté envers ceux qui contournent les règles de la République et bafouent les droits de l’enfant. » ; « Il s’agit de protéger les jeunes esprits des influences néfastes, de leur permettre de grandir et de partager le socle de valeurs communes. »

Je voudrais finir en m’attardant un moment sur ce qui, plus que quelques paroles bien précises, est à mon sens le plus insultant. Le plus insultant, car le moins honnête, à vrai dire, car je ne peux croire que les porteurs de ce projet de loi soient à ce point ignorants de la réalité de l’IEF… Le plus insultant, donc, est pour moi le climat de suspicion créé autour de nos familles. On laisse penser que nous n’avons comme principal souci que de transmettre une idéologie malsaine à nos enfants, de les endoctriner d’une façon ou d’une autre. Que nous les laissons à l’abandon, ou pire, que nous les contraignons à suivre je ne sais quel programme destiné à leur laver le cerveau. On suggère que nous sommes hostiles à la société et que nos enfants sont enfermés chez nous, ne rencontrent jamais personne. On laisse entendre qu’il n’existe aucun cadre légal à l’IEF, que n’importe qui peut faire n’importe quoi, sans aucune conséquence. Corolaire : nous serions de dangereux anarchistes, et nos enfants ne seraient confrontés à aucune règle, aucun principe commun, et seraient incapables de se plier à la moindre directive. Tout cela est faux et injurieux. Les enfants instruits en famille sont connus, suivis, contrôlés. Bien plus que n’importe quel enfant scolarisé. Ils fréquentent d’autres personnes, adultes et enfants, de tous âges, de toutes origines, de tous milieux. Ils vont au parc, à la bibliothèque, à la piscine. Sont inscrits dans des clubs sportifs, des conservatoires, des écoles d’art… Ils vont au musée, au cinéma, écouter des concerts, assister à des pièces de théâtre. Souvent, ils ont bien davantage d’activités que les enfants scolarisés. En tient-on compte ? A-t-il été question de laisser les familles qui instruisent correctement leurs enfants continuer à le faire ? Pas le moins du monde, si ces familles ne sont pas concernées par le handicap ou l’itinérance.

Et puis, évidemment, il y a l’amalgame constant entre IEF et volonté séparatiste. Dans un dialogue sincère et respectueux, on doit éviter à tout prix la généralisation abusive et les raccourcis faciles. Il est malhonnête de laisser entendre à la France entière, dont la majorité ignore les modalités réelles de l’IEF (lorsqu’elle sait seulement que cela existe et est permis), que notre pratique n’est pas encadrée, qu’elle relève de la volonté malsaine d’une population marginale de ne pas participer au projet républicain.

Depuis le 2 octobre, on nous met dans le même sac que les islamistes les plus radicaux, les plus sanguinaires. Dans le même sac que les terroristes, que les hors-la-loi qui contournent les principes républicains, que les fondamentalistes qui ne jurent que par leur conception d’une religion qu’ils ont dévoyée, que les « ennemis de la République » qui veulent l’attaquer, en saper les fondements, la mettre à terre, l’humilier, la détruire. Le discours du président qui vise en premier lieu les dérives islamistes, pour en arriver à la conclusion qu’il faut interdire l’instruction en famille, a été la première marche de cet escalier : comment ne pas comprendre que l’IEF ne concernerait dans sa très grande majorité que des activistes radicaux de l’islam ? Cela est faux : on ne retrouve pas plus de musulmans en IEF que dans la population générale (on y trouve en revanche une franche proportion d’athées, ce qui semble contredire l’idée selon laquelle les parents s’engageraient dans l’IEF pour transmettre des valeurs religieuses). On ne voit pas plus de filles que de garçons en IEF (vous pouvez consulter cet article pour quelques précisions supplémentaires : clic). On ne compte parmi les terroristes aucun ex-enfant instruit en famille. Si la cible est véritablement l’islam radical, très bien. Combattons-le. Mais combattons-le là où il se trouve. Pas besoin de désigner de faux coupables pour se glorifier à bon compte d’avoir agit fermement sur la question de la lutte contre le fondamentalisme !

Je veux bien admettre qu’il existe certaines familles qui déscolarisent (ou ne scolarisent pas) à cause de convictions religieuses. Mais cela ne constitue en rien un délit. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dispose : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » Mais j’admets que parmi les familles en question, on trouve sans doute quelques islamistes. Mais encore une fois, de combien de familles parlons-nouqs ? 50 000 enfants en IEF, dont la moitié pour raisons de santé. Restent 25 000 enfants, donc. Combien de dangereux séparatistes dans le lot ? Admettons que, suivant les chiffres de l’Observatoire de la laïcité dans la population générale, 6 % de la population totale soit de religion musulmane : on arrive à 1 500 enfants. Sur ces 1 500, combien se trouvent au sein de familles radicales ? On va donc priver d’une liberté fondamentale, inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme, l’ensemble de la population pour une poignée de personnes qui enfreignent la loi. Disons qu’on décide demain de priver tous les Français de permis de conduire parce que certaines personnes conduisent de façon dangereuse, ou qu’une infime minorité conduit sans permis… Vous trouveriez cela juste ? En vérité, on ne sait absolument pas de combien de personnes il est question, comme le souligne cet article du Centre de Recherches internationales de Sciences Po (clic) : « Cependant, aucune enquête ne permet de dire dans quelle proportion l’instruction en famille concerne les familles musulmanes ni quel type de familles musulmanes elle concerne réellement. »

Honnêtement, il y a bien plus d’enfants en danger d’endoctrinement qui fréquentent l’école (c’est mathématique !) Occupons-nous de tous les enfants en danger, ne nions pas la réalité en supposant que tous les enfants scolarisés (y compris dans l’école de la République) évoluent au sein de familles saines et équilibrées. Ne nous voilons pas la face en refusant de traiter le cas des 100 000 enfants réellement privés d’instruction (clic) car vivant dans une grande précarité…

La vérité, c’est que pour l’immense majorité des familles instructrices (lorsque l’IEF relève d’un choix et non d’une obligation), l’IEF est avant tout un choix de vie. Il ne recouvre bien souvent pas d’autre idéologie que celle de passer du temps en famille, de voir ses enfants grandir et s’éveiller, apprendre, s’épanouir, de se permettre de ne pas courir sans cesse ou de ne pas entrer trop jeune dans un système de compétition. La réalité est là et, bien sûr, présentée ainsi, elle a peu à voir avec le rejet des valeurs de la République. Nos enfants et nous-mêmes ne sommes pas coupés de la société : nous y vivons, nous l’aimons, nous y participons. Nous sommes nombreux à avoir des engagements associatifs, à nous soucier de notre pays et de ses habitants, de notre cadre de vie et de la transmission de notre Histoire.

C’est aussi la raison pour laquelle nous sommes nombreux, parents instructeurs, à nous battre aujourd’hui selon les règles permises par notre démocratie : en rencontrant les parlementaires, en exposant nos demandes, en informant nos concitoyens, et en faisant, malgré tout, confiance à nos dirigeants pour respecter la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948), qui affirme : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » (Art. 26.3), pour respecter la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), qui souligne : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. » (Art. 4), « La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. » (Art. 5), et pour respecter le principe édicté par le Conseil constitutionnel :

« (…) toute mesure restreignant un droit fondamental doit, pour être proportionnée, satisfaire à une triple exigence d’adéquation, de nécessité et de proportionnalité au sens strict. Plus précisément :

– Une telle mesure doit être adéquate, c’est-à-dire appropriée, ce qui suppose qu’elle soit a priori susceptible de permettre ou de faciliter la réalisation du but recherché par son auteur ;

– Elle doit être nécessaire : elle ne doit pas excéder – par sa nature ou ses modalités – ce qu’exige la réalisation du but poursuivi, d’autres moyens appropriés, mais qui affecteraient de façon moins préjudiciable les personnes concernées ou la collectivité, ne devant pas être à la disposition de son auteur ;

– Elle doit enfin être proportionnée au sens strict : elle ne doit pas, par les charges qu’elle crée, être hors de proportion avec le résultat recherché. »

L’article 21 n’est pas adéquat : il ne permettra pas de repérer les familles radicalisées, et celles qui veulent demeurer dans la clandestinité le demeureront.

L’article 21 n’est pas nécessaire : il suffit en fait d’appliquer les lois déjà existantes, et de donner des moyens supplémentaires à l’administration pour assumer ses responsabilités.

L’article 21 n’est pas proportionné : nul besoin de priver tout un chacun d’une liberté pour lutter contre le séparatisme islamiste qui ne concerne qu’une frange infime de la population (et même pas celle qui est ciblée par le projet de loi…).

Voilà pourquoi le Conseil constitutionnel représente un grand espoir dans notre lutte.

Je cite enfin, pour information, plusieurs interventions entendues à l’Assemblée nationale : une partie de celle du député Christophe Lagarde, dont je ne partage pas toutes les positions, mais qui revient sur un certain nombre de points intéressants concernant l’IEF (source : assemblee-nationale.fr/15/cri/2020-2021/20210145.asp#P2385355).

J’en viens maintenant à la question de l’éducation et de l’instruction en famille. C’est la partie la plus déséquilibrée de votre projet de loi : on y sort manifestement du cadre d’un texte contre le séparatisme pour y exprimer une idéologie que je qualifie de laïcarde et qui est à mes yeux le contraire de la laïcité. Nous l’avons vu lors des débats en commission, cette idéologie veut imposer sa vision de l’éducation par l’État en niant le droit de la famille à pourvoir à l’éducation de ses enfants tout en respectant les valeurs républicaines.

Cela contrevient précisément au principe de liberté de l’éducation, et je pense d’ailleurs que ce n’est pas constitutionnel. Partant d’une crainte légitime – la captation d’enfants au service d’une idéologie –, le Gouvernement dresse des constats faux, non documentés, qui vont nuire à la liberté de l’éducation en famille, pénalisant une majorité de familles qui font ce choix sans poser aucun problème à la République, pour n’atteindre qu’une petite minorité de sectes et d’islamistes radicaux.

Nous l’avons dit en commission, ce sont les contrôles qui font défaut. On nous a répondu qu’ils étaient réalisés trop tard, six ou neuf mois après la déclaration d’instruction dans la famille. Mais il suffirait de mettre les moyens nécessaires pour qu’ils le soient dans un délai d’un mois ou deux ! Vous nous dites que cela nécessiterait beaucoup trop de personnel, mais c’est un mensonge que nous nous emploierons à démonter dans les jours qui viennent : il n’y aurait pas beaucoup de postes à créer pour répondre aux besoins. Il faudrait surtout recruter des agents spécialisés, capables de détecter ce qui relève effectivement d’un danger pour l’enfant et pour la République, afin de laisser les autres projets se construire dans un climat de confiance. Il suffit d’effectuer des contrôles, car la confiance n’exclut pas le contrôle.

Vous avez totalement inversé la logique : là où il fallait jusqu’à présent déclarer l’instruction en famille qui faisait ensuite l’objet de contrôles, vous avez décidé que des autorisations préalables devraient désormais être délivrées. Mais sur quelle base ? Sur quelle base allez-vous juger que des parents sont capables de construire le parcours éducatif de leur enfant à domicile, avant même qu’ils aient commencé à le faire ? Leur origine ? Leur religion ? Leur niveau social ? Leur niveau de formation ? En réalité, vous ne pouvez le faire qu’à partir du moment où le projet a débuté.

Nous pensons que l’éducation nationale devrait aider à la définition de ce projet puis le contrôler de manière très claire. En revanche, nous ne pensons pas qu’elle seule sache éduquer des enfants, contrairement à ce qu’ont dit en commission la rapporteure pour le chapitre V du titre Ier et le ministre. D’ailleurs, dans le discours prononcé par le Président de la République aux Mureaux, il était question non pas d’autoriser mais d’interdire l’instruction à domicile. Ce n’est que parce que le Conseil d’État a dit qu’une telle mesure était contraire à une liberté fondamentale que l’interdiction s’est muée en obligation d’obtenir une autorisation.

Il est d’ailleurs paradoxal qu’aucune autorisation ne soit exigée pour les écoles hors contrat, tandis qu’il serait nécessaire d’en obtenir une pour l’IEF – instruction en famille. Cela montre bien que vous faites moins confiance aux familles qu’à des écoles hors contrat qui ont pourtant refusé d’entrer dans une relation contractuelle avec la République. Ce raisonnement nous paraît curieux.

Un extrait de celle d’Alexis Corbière (même source) :

Ce qui monte dans le pays, ce n’est pas une volonté de séparation, mais une volonté de réparation, celle des dégâts des politiques économiques qui ont endommagé la République.

Nous défendrons nos amendements avec loyauté et sincérité, comme nous l’avons fait lors de l’examen du texte en commission spéciale. Ils se situent dans la continuité du grand combat laïque et républicain. Oui, c’est au nom du respect des principes républicains que nous défendrons nos soixante-dix amendements. Oui, le président Mélenchon l’a dit, nous pensons que ce n’est pas rendre service à la République que d’utiliser les mots qui nous sont chers – République et laïcité – pour instituer une loi des suspects, une ère du soupçon vis-à-vis de certains de nos concitoyens, notamment des citoyens de confession musulmane. 

L’intervention de Charles de Courson (même source) :

Les mesures relatives à l’éducation sont tout aussi problématiques : l’article 21, qui vise à restreindre l’instruction en famille, en passant d’un régime de déclaration à un régime d’autorisation, constitue une atteinte manifeste à la liberté d’enseignement. Vous osez dire que ce projet de loi est un texte de liberté, mais concernant l’instruction en famille, c’est tout le contraire !

Sans compter les problèmes constitutionnels qui en découleront, car tout cela finira devant le Conseil constitutionnel. La plupart des foyers qui pratiquent l’instruction en famille n’ont rien de dangereux terroristes ou de séparatistes. D’ailleurs, les terroristes français qui ont frappé notre pays ont tous fréquenté l’école publique ; aucun n’a été éduqué dans sa famille ! En quoi consiste, par ailleurs, « l’intérêt supérieur de l’enfant », nouvelle raison qui permettra aux familles de continuer d’éduquer leurs enfants comme elles le souhaitent ? Cette qualification de « supérieur » m’a toujours interloqué : qu’est-ce donc qu’un intérêt supérieur ?

Une remarque du député Paul Molac (même source) :

Dès lors, en voulant atteindre une infime minorité de la population française – les personnes radicalisées ou en voie de radicalisation –, le Gouvernement prend en réalité le risque de cibler d’autres catégories de population. Par exemple, nous avons souvent évoqué ici la question de l’instruction en famille, qui concerne 50 000 élèves : ils étudient souvent dans de très bonnes conditions. Or, je note que ce qui est actuellement un droit va devenir une autorisation : à mes yeux, ce n’est pas la même chose. Et tout cela pour, nous dit-on, quelque 1 000 élèves qui échapperaient à la République et étudieraient dans des écoles situées on ne sait trop où, et que le droit actuel permet déjà de fermer.

Une autre de Paul-André Colombani (même source) :

Alors que le texte ne devait cibler que ce qui pose problème dans la société, à savoir le fondamentalisme islamiste, il vise très large, au risque de causer des dommages collatéraux dans de nombreux pans de la société qui n’ont rien à se reprocher. Nous ne sommes pas les seuls à le dire. Écoutez donc les représentants des religions respectant parfaitement les lois de la République ; écoutez les représentants des écoles hors contrat soutenant des enfants qui seraient déscolarisés ; écoutez les parents de ces 50 000 enfants qui reçoivent une instruction à la maison. Alors qu’il faudrait faire de la chirurgie de précision, vous vous apprêtez à tailler à la hache.

Projet de loi : intervention de J.-M. Blanquer (01/02)

Le projet de loi confortant les principes de la République est examiné depuis le lundi 1er février par l’Assemblée nationale. Ce projet, par son article 21, remet en cause le principe de la liberté de choix par les parents du mode d’instruction de leur enfant, principe pourtant inscrit dans la Constitution.

Après un examen en commission spéciale, le projet de loi va être débattu par l’Assemblée nationale, puis présenté au Sénat. Les ministres porteurs de ce texte, et les membres de la commission (président, rapporteur général, rapporteurs thématiques) l’ont présenté aux députés ce lundi.

Voici la transcription de l’intervention de J.-M. Blanquer, ministre de l’Education, et mes réactions sur certains de ses propos. Pour une meilleure lisibilité, mes « réponses » sont en couleur.

M. le président, M. le président de la commission spéciale, M. le rapporteur général, Mmes et MM. les rapporteurs, Mmes et MM. les députés, Mme et MM. les ministres, mes chers collègues,

Je suis évidemment très heureux à mon tour de pouvoir présenter ce projet de loi qui représentera une des lois les plus importantes de ce quinquennat.

La République n’est pas une formule. La République, c’est un contrat social de tous les jours, et l’école de la République joue un rôle central dans ce contrat social de tous les jours. Notre pays est dans une situation particulière vis-à-vis de l’école parce que l’école a été fondatrice du régime dans lequel nous sommes. Sans école de la République, il n’y a pas de République, et nous le mesurons tout particulièrement dans les circonstances actuelles, où nous pouvons dire chaque jour que l’école, c’est bon pour les enfants. Et que l’école est absolument indispensable pour la construction de l’enfant, comme pour la construction de la République.

« L’école a été fondatrice du régime dans lequel nous sommes. » : La République n’a pas émergé de l’école. La République a émergé des idées des philosophes des Lumières. Peut-on penser la philosophie, la politique, la citoyenneté en dehors de l’école ? Il me semble que oui. Mes enfants sont instruits sur ce qu’est la démocratie, sur ce que sont les valeurs républicaines, ils réfléchissent, discutent, débattent, et se préparent à être citoyens alors qu’ils n’ont jamais fréquenté l’école.

« Sans école de la République, il n’y a pas de République » : Notre propos n’est pas de remettre en cause l’existence d’une école publique, ni d’une école républicaine. Simplement, nous voulons rappeler que l’école est un service public, auquel le parent peut choisir de déléguer l’instruction de son enfant, et non un passage obligatoire. On pourrait dire que sans liberté, il n’y a pas de République.

« nous pouvons dire chaque jour que l’école, c’est bon pour les enfants » : C’est le nouveau « truc » de notre ministre… Il le répète sur tous les tons, espérant sans doute qu’à force de le répéter, tout le monde va y croire… Je ne sais pas ce qu’en pensent les enfants harcelés, rackettés, ceux qui sont privés d’AESH, ceux à qui on répète à longueur d’année qu’ils sont nuls et n’arriveront jamais à rien, ceux qui sont en phobie scolaire, ceux qui sont dépressifs, en burn-out, suicidaires. Ce slogan me fait l’effet d’une vieille publicité : aucun argument, juste une affirmation facile et gratuite, presque de la propagande bon marché.

« Et que l’école est absolument indispensable pour la construction de l’enfant, comme pour la construction de la République. » : Encore un slogan facile. Non, l’école n’est pas indispensable pour bien se construire en tant qu’individu. Des tas de gens formidables et parfaitement équilibrés ne sont jamais allés à l’école. L’instruction et l’éducation sont indispensables à la construction de l’enfant. Tout comme l’amour et la bienveillance sont indispensables à son épanouissement. Opposer la non-scolarisation et la construction de la République est malhonnête : notre République n’est pas mise en danger par l’IEF comme on voudrait le faire croire. Les familles en IEF ne sont pas moins citoyennes que les autres. Nous ne sabordons pas la République, et il est insultant de laisser entendre le contraire.

C’est pourquoi les articles que j’aurai le plaisir de vous présenter au cours des prochains jours n’ont pas trait seulement à la défense de la République. Mais en ayant trait à la défense de la République, ils ont trait aussi à la défense des droits de l’enfant. Sur chacun des sujets, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui est considéré. Personne n’a des droits absolus sur les enfants. Personne. Et c’est l’honneur de la République, bien entendu, et donc de la société, que de défendre chaque enfant dans toutes les situations. Et c’est vrai évidemment vis-à-vis du droit à l’éducation.

« la défense des droits de l’enfant » : L’enfant a le droit de recevoir une instruction. Les parents en IEF en sont pleinement conscients, et ils sont très investis auprès de leurs enfants.

« Sur chacun des sujets, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui est considéré. » : Il est facile d’invoquer l’intérêt supérieur de l’enfant. Mais comment prétendre s’en soucier quand à aucun moment au cours de ce processus législatif il n’a été question de demander leur avis aux premiers concernés ? Pourquoi aucun enfant n’a été entendu ? Pourquoi ne pas s’inquiéter de savoir comment les enfants instruits en famille ont reçu cette annonce de la fin de leur mode de vie ? Et admettons que ce soit bien la recherche de l’intérêt supérieur de l’enfant qui guide notre Gouvernement. Qui va décider de ce qui constitue cet intérêt supérieur ? Les parents ne sont-ils pas en première ligne pour définir quel est l’intérêt supérieur de leur enfant ?

« Personne n’a des droits absolus sur les enfants. Personne. » : Nous sommes bien d’accord. Personne.

« Et c’est l’honneur de la République, bien entendu, et donc de la société, que de défendre chaque enfant dans toutes les situations. Et c’est vrai évidemment vis-à-vis du droit à l’éducation. » : Qui va défendre les enfants qui souhaitent conserver le droit d’apprendre en famille ? Qui s’épanouissent dans ce mode d’instruction ? Le droit à l’instruction est déjà protégé par les lois existantes. Si un défaut d’instruction est constaté, les sanctions existent. Les parents qui souhaitent instruire leur enfant le déclarent, et ils sont contrôlés tous les ans par l’inspection académique, et tous les 2 ans par la mairie, afin de vérifier justement que ce droit est respecté.

Il y a quatre façons de scolariser un enfant un enfant en France aujourd’hui. Il peut aller à l’école publique, il peut aller dans une école privée sous contrat, il peut aller dans une école privée hors contrat, et il peut avoir l’instruction en famille.

Je suis obligée de pointer la mauvaise foi de ces phrases, en même temps que leur habileté : les enfants en IEF ne sont pas scolarisés. Parler des « quatre façons de scolariser un enfant« , cela revient à laisser entendre que la scolarisation est obligatoire, ce qui est faux, et que l’IEF est déjà en soi une forme de scolarisation, ce qui est faux également. Les enfants instruits à domicile via un cours par correspondance sont en effet scolarisés : ils ont un programme à suivre, des devoirs à rendre, des notes, des bulletins, des avis de passage en classe supérieure, le droit à un certificat de scolarité, à l’allocation de rentrée scolaire… Ce n’est pas le cas pour les enfants en IEF.

Ces quatre modalités doivent évidemment être regardées par nous pour renforcer la République. Et avec ce projet de loi, nous ne partons pas de zéro. Dès le début de ce quinquennat, il y a eu un travail sur certains de ces aspects. J’ai évidemment commencé par l’école de la République. Nous avons créé le conseil des sages de la laïcité. Nous avons élaboré un corpus de normes, intitulé Vade-mecum de la laïcité, qui a permis pour les professeurs d’avoir un point de repère dans la vie quotidienne, chaque fois qu’une question se posait. Nous avons créé des équipes Valeurs de la République, qui interviennent dans chaque académie de France chaque fois qu’un problème est signalé, et nous avons tout simplement indiqué que plus jamais on ne dirait « pas de vagues dans cette maison ». Et malheureusement, en 2020, cette question a été illustrée par un drame, auquel le garde des Sceaux vient de faire référence, l’assassinat du professeur Samuel Paty. Et ça a été l’occasion de comprendre que ce sujet n’était pas un sujet abstrait, mais bien un sujet qui pouvait nous toucher jusque dans notre chair. Car on peut mourir pour la République, et c’est ce qui est arrivé pour Samuel Paty.

« Ces quatre modalités doivent évidemment être regardées par nous pour renforcer la République. » : Encore une fois, l’IEF n’est pas une menace pour la République. Elle ne concerne que 0,5% des enfants entre 3 et 16 ans. Pas de quoi remettre en cause le fondement de notre société.

Nous devons aujourd’hui nous attaquer à d’autres aspects. Pas seulement l’école de la République, mais aussi l’enseignement privé hors contrat et l’instruction en famille. S’agissant du hors contrat, là non plus nous ne partons pas de zéro. Il y a eu la loi Gatel. La loi Gatel a été très efficace pour nous permettre d’empêcher d’ouvrir des écoles lorsqu’elles nous paraissaient pas respecter les valeurs de la République. La loi que je vous présente va faire une avancée sur la question de la fermeture de ces écoles hors contrat ne respectant pas les lois de la République, puisqu’il sera beaucoup plus simple à l’avenir de les fermer, de la part de l’autorité publique, chaque fois qu’il y aura un manquement constaté. Bien entendu, sous le contrôle du juge s’il y avait un doute sur la pertinence de cette décision.

Et puis enfin, il y a l’instruction en famille. C’est certainement la disposition qui a fait couler le plus d’encre parmi celles que j’ai à vous présenter. Cette loi permet de compléter les dispositions précédentes dans notre corpus législatif. Parce que en effet l’instruction en famille, finalement, est une sorte de vide juridique, dans l’enjeu de la liberté d’enseignement en France. Et la préciser, c’est préciser une liberté, et donc conforter une liberté. Il ne s’agit pas de la supprimer. Il s’agit de s’assurer que cette modalité d’enseignement soit elle aussi conforme aux valeurs de la République. Et il serait très étonnant que cette modalité reste en marge.

« l’instruction en famille, finalement, est une sorte de vide juridique, dans l’enjeu de la liberté d’enseignement en France » : Vous êtes-vous déjà penchés sur la législation entourant l’instruction en famille ? Moi oui. Je peux vous assurer qu’il ne s’agit absolument pas d’un vide juridique. Un vide juridique, c’est une faille, un cas que la loi n’a pas prévu, et qui permet à certaines personnes de profiter du système, en quelque sorte… Je vous assure que la loi existe pour encadrer l’IEF : sa déclaration, les contrôles prévus, et bien sûr les sanctions si les parents ne respectent pas les lois existantes (ce qui est tout à fait normal). Cela ne ressemble en rien à un vide juridique. Le Code de l’éducation prévoit bien cette modalité d’instruction et les droits et devoirs des parents et de l’administration, on trouve facilement la circulaire qui encadre le contrôle académique, il existe un Vademecum, actualisé chaque année, destiné aux personnels chargés de l’enquête de mairie et du contrôle pédagogique… Question vide juridique, ça se pose là…

D’ailleurs, pas besoin de me croire sur parole. Puis-je vous suggérer de plutôt vous en remettre aux propos d’un éminent juriste ? Pas n’importe lequel, attention ! Un docteur en droit, maître de conférence, ça vous convient ? Alors c’est parti : le 18 juin 2020, un certain Jean-Michel Blanquer (oui, oui, le même) est auditionné par la commission d’enquête sur la lutte contre la radicalisation. Il déclare : « Cette liberté d’instruction à domicile a un fondement constitutionnel puissant (…). A l’heure actuelle, je pense qu’il faut appliquer les règles que nous avons établies dans la loi de 2019. (…) j’ai pu dire à l’Assemblée nationale et au Sénat qu’il fallait encadrer davantage et c’est ce que nous avons fait. Mais sur le plan juridique, je crois que nous sommes parvenus à un bon équilibre. » Voilà, voilà…

« Et la préciser, c’est préciser une liberté, et donc conforter une liberté. » : Alors… non. Une liberté pour laquelle il est nécessaire de demander une autorisation préalable n’est plus une liberté fondamentale. Nous n’avons pas à quémander le droit de faire ce que tout parent est censé faire, à savoir prendre en charge, de la façon qui lui paraît la plus adaptée, l’éducation et l’instruction de son enfant.

« Il ne s’agit pas de la supprimer. Il s’agit de s’assurer que cette modalité d’enseignement soit elle aussi conforme aux valeurs de la République. » : L’IEF est conforme aux valeurs de la République. Elle est l’expression d’une liberté d’enseignement, de l’égalité de tous les citoyens qui peuvent choisir comment ils souhaitent instruire leurs enfants. Et concrètement, si, cette liberté va bien être supprimée pour au moins la moitié des familles actuellement en IEF.

Alors tout au long de nos débats, nous aurons l’occasion de voir de quelle façon nous allons l’encadrer. Nous avons voulu un régime d’autorisation, de façon à nous assurer des droits de l’enfant. Nous avons voulu un régime d’exceptions, aussi, chaque fois que c’était nécessaire, pour tenir compte des particularités. Et donc c’est une loi qui va renforcer la liberté, tout simplement, parce qu’elle va permettre de cadrer l’organisation de l’instruction en famille. C’est aussi une loi qui va permettre de protéger les droits de l’enfant, parce qu’on ne pourra pas faire n’importe quoi dans ce cadre-là. Et c’est donc une loi qui permettra de regarder en face l’un des problèmes graves en matière de séparatisme islamiste, c’est-à-dire le fait que des enfants aujourd’hui peuvent être scolarisés clandestinement au titre de l’instruction en famille. Je le rappelle, plus de la moitié des enfants que nous trouvons lorsque avec le ministre de l’Intérieur nous démantelons une structure de ce type sont des enfants qui officiellement sont scolarisés selon l’instruction en famille.

« de quelle façon nous allons l’encadrer » : Encore une fois, c’est malhonnête de présenter les choses de cette façon. L’IEF est encadrée, et largement. Nous sommes soumis à bien plus de contrôles que les familles scolarisantes. Quel professeur peut dire qu’il est inspecté chaque année ? Quel enfant doit prouver chaque année devant un inspecteur académique souvent inconnu qu’il maîtrise bien telle ou telle compétence ? Quelle famille est visitée tous les deux ans pour expliquer comment elle socialise ses enfants ? N’en faisons-nous pas déjà assez entre les déclarations, les contrôles, les dossiers pédagogiques, les multiples preuves de notre bonne foi et de nos compétences à fournir ? Avons-nous réellement besoin d’être davantage encadrés ?

« Nous avons voulu un régime d’autorisation, de façon à nous assurer des droits de l’enfant. » : Quel est le rapport ? Le droit de l’enfant à l’instruction n’a pas besoin de ce régime d’autorisation. Le droit de l’enfant à donner son avis sur toute question le concernant, prévu par la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), on en parle ou pas ? Edit (parce que c’est succulent, tout de même) : je vous cite à nouveau notre juriste préféré, qui s’exprime lors de l’examen de « sa » loi pour Ecole de la confiance. Nous sommes le 14 février 2019, et Mme Lang, rapporteure, s’exprime sur un amendement visant à mettre en place un régime d’autorisation pour l’IEF : « Avis défavorable. La liberté d’enseignement est un principe à valeur constitutionnelle. Instaurer une autorisation préalable irait à l’encontre du principe du choix de l’instruction. » M. Blanquer ajoute : « Même avis, pour les mêmes raisons. »

« Nous avons voulu un régime d’exceptions, aussi, chaque fois que c’était nécessaire, pour tenir compte des particularités. » : Reste à savoir qui définira ces exceptions. Pour l’instant, le texte de loi est exceptionnellement flou sur les exceptions en question. Sont mentionnés l’état de santé de l’enfant (mais quid par exemple de la phobie scolaire, qui n’est pour l’instant pas reconnue comme motif suffisant pour bénéficier du CNED réglementé ?), l’itinérance des parents, le fait de pratiquer de façon intensive sport ou musique, mais qu’en est-il des autres particularités ? Un enfant qui souhaite simplement apprendre autrement sera-t-il entendu et respecté dans son besoin ? Un enfant qui désirera apprendre au sein de son foyer sera-t-il écouté ? Nous en doutons fort.

« Et donc c’est une loi qui va renforcer la liberté, tout simplement, parce qu’elle va permettre de cadrer l’organisation de l’instruction en famille. » : Et ce n’est pas en répétant les choses qu’on en fait des vérités. L’organisation de l’IEF est déjà cadrée, déjà organisée par la loi. Laisser entendre qu’aucun cadre légal n’existe autour de notre pratique est inadmissible.

« C’est aussi une loi qui va permettre de protéger les droits de l’enfant, parce qu’on ne pourra pas faire n’importe quoi dans ce cadre-là. » : D’ores et déjà, nous ne pouvons pas (quand bien même nous le souhaiterions) « faire n’importe quoi dans ce cadre-là ». Le cadre existe, il est déjà très contraignant, et comme dit précédemment, les parents instructeurs sont très investis auprès de leurs enfants. On ne choisit pas l’IEF pour délaisser les enfants, ou simplement parce que nous avons la flemme de nous lever le matin pour les emmener à l’école ! L’IEF est dans de nombreux cas un choix de vie. Elle reflète la volonté des parents de s’investir totalement dans l’éducation de leur enfant, au point de ne pas en dissocier l’instruction, et de souhaiter l’assurer eux-mêmes. Elle suppose des heures de travail, beaucoup de réflexion, une immense disponibilité, et énormément de compétences. Ceux qui connaissent des familles instructrices le savent : le « n’importe quoi » n’est pas au programme chez elles. Et pour les quelques unes qui ne prendraient pas soin de leurs enfants, il y a la loi, l’injonction de scolarisation, voire le fait de leur enlever leurs enfants si la situation est critique. Pas besoin d’autre loi.

« Et c’est donc une loi qui permettra de regarder en face l’un des problèmes graves en matière de séparatisme islamiste, c’est-à-dire le fait que des enfants aujourd’hui peuvent être scolarisés clandestinement au titre de l’instruction en famille. Je le rappelle, plus de la moitié des enfants que nous trouvons lorsque avec le ministre de l’Intérieur nous démantelons une structure de ce type sont des enfants qui officiellement sont scolarisés selon l’instruction en famille. » : Passons sur le « donc » qui n’a rien à faire là. On en arrive enfin au cœur de ce que concerne cette loi : l’islamisme radical. En écoutant les discussions en commission spéciale, nous avons été nombreux à ne pas comprendre ce que faisait l’IEF dans ce projet de loi. Nous ne sommes pas concernés (ou de façon extrêmement marginale) par le séparatisme islamiste. L’IEF n’est en aucun cas le bastion de musulmans radicaux. On y trouve davantage de catholiques traditionnalistes, de chrétiens évangéliques, et surtout de très nombreux athées. Aucune preuve n’a pu être apportée par le Gouvernement d’un quelconque lien entre IEF et la radicalisation. Aucun lien n’est établi entre le terrorisme, le séparatisme et l’IEF. Et puisque les uns et les autres continuent d’instrumentaliser le drame de la mort d’un professeur pour servir leur propos, je dois souligner que c’est bien au sein de l’école que cet acte a eu lieu, et non dans le cadre de l’IEF.

M. Blanquer évoque des enfants « scolarisés clandestinement au titre de l’instruction en famille ». Au-delà de la phrase terriblement mal construite, je ne comprends pas le propos du ministre. On parle ici d’enfants, qui seraient déclarés instruits en famille, mais scolarisés clandestinement. Sous-entendu « dans des écoles islamistes ». En quoi le fait de soumettre l’IEF à autorisation empêchera cela ? Ceux qui veulent contourner la loi, agir clandestinement, continueront à le faire.

Les écoles de fait, ou les écoles hors contrat ne respectant pas la loi déjà existante peuvent être fermées facilement grâce à la loi Gatel, comme le rappelle M. Blanquer plus haut dans son discours. Le dispositif législatif fonctionne, puisque ces écoles sont repérées et fermées. Lorsqu’il affirme que « plus de la moitié des enfants que nous trouvons lorsque avec le ministre de l’Intérieur nous démantelons une structure de ce type sont des enfants qui officiellement sont scolarisés selon l’instruction en famille« , je m’interroge. Combien d’enfants cela représente-t-il au juste ? La moitié de combien ? De combien d’enfants parlons-nous ? Quel est le chiffre faramineux qui justifie qu’on prive de liberté des dizaines de milliers de familles respectueuses de la loi et qui ne font pas parler d’elles ? Ces chiffres, impossible de les obtenir. J’imagine pourtant que s’ils étaient si convaincants, on n’hésiterait pas à nous les communiquer…

C’est cette efficacité que nous voulons. C’est cette efficacité qui nous permettra de défendre la République au quotidien. C’est cette efficacité aussi qui nous permettra de défendre les droits de l’enfant. Je vous remercie.

Que puis-je ajouter ? L’efficacité est déjà d’actualité : sur tous les contrôles effectués, seuls 7% s’avèrent insuffisants et donnent lieu à un second contrôle, dont la presque totalité a un résultat satisfaisant. Si l’on parle de l’efficacité en termes de nombre de contrôles réellement effectués, il est vrai que l’administrations pourrait améliorer ses résultats. Les familles ne reçoivent pas toutes les visites prévues par la loi. Mais attention : ces contrôles non effectués ne sont pas le fait des familles, mais dans la grande majorité des cas celui des mairies et des académies qui ne prennent pas contact avec elles. Faut-il punir les familles en considérant qu’elles se soustraient aux contrôles ou plutôt fournir une meilleure information (certains maires ignorent tout simplement qu’il leur incombe d’effectuer une enquête auprès des familles instructrices), plus de moyens et une formation adaptée à l’administration qui peine parfois à assumer sa tâche, faute de temps et de personnel disponible ? Je ne nie pas que certaines personnes peuvent refuser sciemment de se soumettre à la loi, mais les sanctions déjà prévues sont suffisantes pour les y contraindre : l’efficacité serait simplement de les appliquer !

Pour conclure, et pour information, voici une infographie réalisée suite au sondage mené par le collectif Félicia en 2020, et présentant quelques chiffres intéressants, qui montrent que la réalité est bien loin de ce que le ministre dénonce :

A venir : mes commentaires sur l’intervention d’Anne Brugnera, rapporteure thématique pour les articles 21 à 25.

Projet de loi, Assemblée nationale, etc.

Voici longtemps que je n’ai pas trouvé le temps d’écrire sur ce blog…

Ceux qui me suivent sur la page Facebook du blog savent que je suis très investie dans la lutte contre l’article 21 du projet de loi confortant les principes de la République, au sein du collectif Félicia, notamment. Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler du fameux article, il propose grosso modo d’interdire l’IEF… Enfin, pardon, de la soumettre à autorisation, et de la limiter à quelques cas (état de santé, itinérance, activités sportives de haut niveau…).

Je rappelle que la liberté de choix du mode d’instruction est inscrite dans notre Constitution, mais cela ne semble pas gêner beaucoup notre Gouvernement. Depuis le 2 octobre et l’annonce par le Président de sa volonté de réduire l’instruction en famille de façon drastique, je suis sur le pied de guerre. Diffusion de pétitions, information de mes semblables, correction de courriers, articles, tribunes, visuels destinés à informer et mobiliser contre ce projet de loi, discussion avec des parlementaires, manifestations, j’essaie de faire ma part dans cette bataille qui nous a pris par surprise.

Nous n’avons rien demandé, et nous avons l’impression de nous retrouver punis pour des actions que nous n’avons pas commises…

Je vais redéposer ici le texte que j’avais écrit en réponse à un directeur d’école désireux de s’informer sur nos pratiques, et sur ce qui motivait notre choix de l’IEF pour nos enfants. Mais avant cela, je tiens à remercier publiquement les personnes qui ont pris fait et cause pour la liberté d’instruction, et tout particulièrement le député Grégory Labille, qui assure avec son assistant Louis Michaud un travail colossal depuis des mois pour porter notre voix, nos arguments, et défendre l’IEF auprès de ses collègues.

Voici donc ma réponse à la question « Pourquoi ne pas avoir choisi l’école pour vos enfants ? »

Bonjour monsieur, je commencerais comme d’autres en vous disant que nous ne nous sommes pas détournés de l’école. J’ai vécu une scolarité très enrichissante, j’ai profondément aimé l’école et mes enseignants.

Tout a commencé pour nous par un concours de circonstances. À l’âge d’être inscrit en maternelle, notre aîné n’était pas prêt à nous quitter pour passer sa journée en groupe. Il s’épanouissait à la maison, notamment auprès de sa petite sœur d’un an. Nous avons décidé d’attendre et de ne pas le scolariser en PS. Nous avons dû déménager peu après ses 3 ans, et nous nous sommes félicités d’avoir attendu, car ce changement aurait été difficile pour lui s’il avait été scolarisé. Cette année-là a été très riche : nous faisions déjà beaucoup de choses ensemble, mais je voulais lui apporter le meilleur et j’ai beaucoup cherché quelles activités je pouvais mettre en place. C’est comme ça que j’ai découvert l’IEF.

Comme vous, je croyais auparavant que cela ne concernait que quelques cas très particuliers. Mais ce que j’ai pu en voir sur les blogs et groupes m’a séduite. Nous avons longuement discuté avec mon mari de cette option, beaucoup hésité, et nous avons finalement décidé de faire un essai pour un an, de ne pas inscrire notre fils en MS, mais de continuer à la maison.

La suite ? Chaque année, en mars, on se posait la question d’inscrire notre fils, puis notre fille, puis leur petit frère à l’école. Et chaque année, nous décidions de continuer, tant ce mode d’instruction nous épanouissait. Liberté de creuser ce qui intéresse vraiment notre enfant (il veut lire ou compter durant 3 heures ? C’est possible. Il souhaite observer un escargot pendant 1 heure, le ramener à la maison pour une journée, apprendre à en prendre soin, le relâcher ensuite, et aller à la bibliothèque pour se documenter ? C’est possible.) Liberté de ne pas les réveiller le matin, ou de les laisser faire la sieste jusqu’à 7 ans révolus si besoin. Liberté de se coucher un peu plus tard aussi, pour regarder la Lune, ou l’ISS qui passe (vous avez déjà vu passer l’ISS ? C’est un spectacle magique !) Liberté de profiter en semaine des musées pour nous seuls. Liberté de choisir les manuels qui leur conviennent le mieux. Liberté d’adapter notre pédagogie à chacun, y compris en cours d’année.

Nos quatre enfants évoluent merveilleusement bien. Ils ne sont privés d’aucune des bonnes choses que l’école nous a apportées. Ils sont de grands lecteurs (enfin, le petit se fait lire les histoires et regarde les images, il n’a pas encore 3 ans), ils s’intéressent à des sujets très variés (l’espace et les oiseaux pour notre aîné, l’histoire et les sciences pour notre cadette, la géométrie et tout ce qui concerne les avions, camions et bateaux pour notre troisième), ils font de la musique au conservatoire et du sport en club, ils y ont des amis, ils vont régulièrement au musée, écouter des concerts, visiter des monuments… Ils apprennent à leur rythme, sont assez autonomes, et surtout savent où et comment chercher une information fiable.

Ils sont aussi de fervents patriotes : ils chantent la Marseillaise aussi fort que les joueurs à chaque match du XV de France que nous regardons, ils ne manqueraient pour rien au monde un dépouillement d’élection et leur plus grande peine, lors de ce confinement (en dehors de la fermeture de la médiathèque) a été de ne pouvoir comme prévu assister à la cérémonie de commémoration du 11 novembre, où ils devaient chanter la Marseillaise avec la chorale du conservatoire… Nous ne sommes pas contre l’école, nous avons choisi une autre voie. Mais si l’un d’entre eux souhaite y aller, il n’y a aucun souci pour nous. Il faut que cela reste un choix, et que cela reste épanouissant.

Pour résumer je dirais que l’école choisie peut être aussi épanouissante que l’IEF choisie. L’école sous la contrainte est aussi dommageable que l’IEF sous la contrainte (par manque d’avs, d’adaptation des enseignants 😉, suite à du harcèlement ou une phobie scolaire, lorsque les parents se retrouvent obligés de déscolariser alors que ce n’est pas leur souhait ni celui de leur enfant).

Je vais partager dans les jours qui viennent d’autres textes, notamment ma réaction aux interventions des ministres, députés, rapporteurs du texte de loi qui est examiné en ce moment-même à l’Assemblée nationale.

Edit : le premier est ici clic !

Si vous le souhaitez, il est encore temps de soutenir cette cause, qui ne concerne pas que les familles en IEF, mais tout parent, qui se verra privé par cette nouvelle loi de la liberté de choix du mode d’instruction de ses enfants. Vous pouvez vous rapprocher des associations IEF, du collectif Félicia, ou de tout autre organisation pour apporter votre aide.

En premier lieu, vous pouvez signer et relayer la pétition suivante (attention, un email vous sera envoyé, probablement en spam, pour confirmer votre signature) : https://www.mesopinions.com/petition/enfants/maintien-droits-instruction-famille/107871

Vous pouvez aussi signer et diffuser la pétition qui vise à exiger que le Gouvernement donne des chiffres concrets pour expliquer ce qui les motive à vouloir légiférer sur l’IEF : https://www.mesopinions.com/petition/enfants/ief-transparence-chiffres/124352#:~:text=P%C3%A9tition%20%3A%20IEF%20%3A%20transparence%20sur%20les%20chiffres&text=%22Nous%20permettons%20au%20plus%20grand,de%20d%C3%A9mocratie%20et%20de%20solidarit%C3%A9.%22&text=%22Participez%20%C3%A0%20la%20d%C3%A9mocratie%20num%C3%A9rique,interrogeant%20d’autres%20citoyens.%22

Merci pour votre soutien !

Littérature en CM2 : notre programme 2020-21

Mes enfants sont de grands lecteurs. C’est sans doute pour ça que :

  1. je ne me prends pas trop la tête à établir un programme très strict de littérature
  2. je galère autant à établir un programme…

Ils lisent beaucoup, tout le temps, et du coup la nécessité de leur faire découvrir des styles variés ou la volonté de les ouvrir à d’autres époques ou réalités ne sont pas des besoins impérieux. Ils s’ouvrent, ils découvrent, ils voyagent, ils se passionnent, et dénichent souvent des pépites par eux-mêmes.

Cette année, pour le CM2 de Joanne, je souhaitais tout de même avoir un « plan de vol » un peu mieux défini. En regardant de plus près les ouvrages sur lesquels j’envisageais de travailler avec elles, j’ai remarqué quelques points communs : beaucoup parlent de l’enfance, beaucoup parlent d’aventure, beaucoup sont basés sur le merveilleux, et beaucoup abordent les émotions. Voici donc les trois thèmes qui vont guider nos choix et notre réflexion.

Autour de ces thèmes centraux, je vais sélectionner divers supports, qui vont nous permettre d’élargir un peu notre culture, nos connaissances, et/ou de découvrir de nouvelles formes d’écrits. Contes, romans, bandes dessinées, albums, poésies, histoires courtes, théâtre… il y a de quoi faire !

Voici la liste des œuvres qui nous serviront de base de travail :

  • Les Contes de la rue Broca, de Pierre Gripari
  • C’est bien et C’est toujours bien, de Philippe Delerm
  • La Jardin secret, de Frances Hodgson Burnett
  • Le Magicien d’Oz, de L.F. Baum
  • La lettre au Père Noël du petit Nicolas, de Sempé et Goscinny
  • Lettres du Père Noël, de J.R.R. Tolkien
  • Planches de Boule et Bill, de Roba et de Calvin et Hobbes, de Bill Watterson
  • Extraits de Topaze, de Marcel Pagnol
  • Poèmes de Victor Hugo, Maurice Carême, Paul Eluard

Nous aimons travailler en lecture suivie sur des œuvres intégrales, plutôt que sur des extraits. Certains ouvrages ont déjà été lus par le passé, certains sont des découvertes pour Joanne. La plupart ne correspondent pas à un seul thème, mais à deux ou trois, voire quatre. Nous ferons aussi un petit retour sur des livres lus précédemment (La Belle et la Bête de Marie Le prince de Beaumont, Les Contes du Chat perché de Marcel Aymé, les Contes d’Andersen, divers contes traditionnels, Le Petit Nicolas de Sempé et Goscinny).

A ces ouvrages « imposés », il faut ajouter ceux que Joanne choisit, mais qui alimentent tout de même sa réflexion. En voici un petit aperçu :

  • la série des ouvrages de Laura Ingalls Wilder
  • la série Le Royaume d’Outrebrume, M. McAllister
  • la série des romans de l’univers de Narnia, de C.S. Lewis
  • Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, de Selma Lagerlöf
  • Anne… la maison aux pignons verts, de L.M. Montgomery
  • Objectif Lune et On a marché sur la Lune, d’Hergé

Et comme la narration passe aussi par d’autres voies, nous étudierons en parallèle :

  • Kiki la petite sorcière, de Hayao Miyazaki
  • Arrietty : le petit monde des chapardeurs, de Hiromasa Yonebayashi
  • Le Jardin secret, d’Agnieszka Holland
  • Le Magicien d’Oz, de Victor Flemming
  • Mary Poppins, de Robert Stevenson
  • Extraits de Topaze, de Louis Gasnier
  • Casse-Noisette, de Tchaïkovski, et le ballet chorégraphié par Aaron S. Watkin

Pour parler… du 11 novembre

Un petit article vite fait pour vous partager les liens glanés ici et là (sur des sites que je fréquente beaucoup), et qui proposent des ressources très intéressantes pour aborder le 11 novembre avec vos enfants (cycle 2 et 3).

La Trousse de Sobelle (cycle 3) : clic

Le Web pédagogique, avec renvoi vers d’autres sites sympas (cycle 2) : clic

Lutin Bazar (cycle 2) : clic

La classe de Sanléane (cycle 2 et documents vidéo pour cycles 2 et 3) : clic

Bout de Gomme (cycles 2 et 3, avec lectures, coloriages, poésie, etc.) : clic

Nous sommes un peu frustrés ici, les enfants devaient chanter avec la chorale du conservatoire pour la cérémonie de commémoration… Nous allons donc vivre cette journée de façon un peu différente.

Je profite de cet article pour vous recommander chaudement cet ouvrage (clic) :

Comme tous les ouvrages de cette collection, c’est très instructif, assez abordable pour de bons lecteurs à partir de 10 ans, et la mise en page est très agréable.

Petite remarque annexe : cela fera 100 ans cette année (le 11 novembre précisément) que la tombe du Soldat inconnu a été installée sous l’arc de triomphe de la place de l’Etoile, à Paris. Pour en savoir plus : clic !

Instruire un enfant Asperger #3 : donner un cadre

Comme je l’évoquais notamment dans l’article Un rythme à part, la gestion de l’emploi du temps d’instruction d’un enfant ou ado autiste peut se révéler délicate. Il faut en effet jongler presque heure par heure avec la fatigue, le stress, les oppositions, mais aussi les imprévus, et les impératifs générés par l’environnement : les frères et sœurs, les rendez-vous, et… les conditions exceptionnelles.

Vous voyez sans peine où je veux en venir : les périodes comme celle que nous vivons actuellement (confinement, déconfinement, reconfinement, activités interrompues, changements impromptus dans les routines) sont des gouffres à énergie pour les jeunes autistes.

Chez nous, la rentrée a été très exigeante : reprise d’activités après plusieurs mois d’arrêt (cours de flûte et de formation musicale), mais aussi démarrage de nouvelles (Martin a commencé la chorale et l’escrime). Il a fallu reprendre le rythme que nous avions laissé de côté depuis début mars, reprendre l’habitude des cours à heure fixe, des trajets en bus, des temps d’attente, et cela a été très coûteux pour Martin. Il ne faut jamais oublier non plus que même si ces activités sont un plaisir pour lui, elles sont aussi source de fatigue et de certaines tensions (il faut faire des efforts pour compenser les difficultés, prendre sur soi pour dialoguer avec les autres, supporter les bruits, les contacts, communiquer efficacement…). En général, en sortant de ses activités, Martin est épuisé, physiquement et psychologiquement. Il est inutile d’espérer caser un temps d’instruction après une activité à l’extérieur : Martin a besoin de s’isoler et de se ressourcer. Il faut aussi prévoir que ces activités vont lui demander d’être en forme, et donc anticiper les temps de repos.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les périodes de confinement ne sont pas spécialement plus faciles à gérer pour les personnes autistes. Certes, il y a moins d’interactions directes, mais il faut s’adapter à un tas de pratiques nouvelles, tout en n’ayant plus le cadre habituel… La mise en place de cours en visioconférence est une chance, car cela permet de conserver un lien avec les professeurs, et de progresser dans la pratique musicale ou sportive, mais gérer le dialogue via webcam n’est pas toujours simple (surtout quand on sait que le téléphone est encore un instrument avec lequel Martin est peu à l’aise), ni le fait d’avoir cours dans un lieu qui n’est pas celui où il se déroule habituellement, sans compter que certains horaires ont été modifiés… Ne perdons pas de vue non plus que l’anxiété liée à la pandémie est bien présente.

« Jamais content », me direz-vous ! Eh bien oui, c’est compliqué, mais pour un autiste, c’est le quotidien. Tout ou presque s’envisage en terme de « quantité d’énergie » et de « niveau de fatigue », il faut tout peser pour en mesurer les bénéfices et les conséquences, positives ou négatives, et prendre des décisions en fonction des impératifs… Pas simple pour un enfant ou un ado, c’est souvent aux parents de le guider, de le protéger, de décoder pour lui tout ce que suppose tel engagement, telle activité, et d’anticiper les temps de récupération dont il aura besoin. C’est vers cette maîtrise et cette autonomie que nous essayons d’amener notre fils.

Mais en attendant de trouver un équilibre, et lorsque le quotidien est perturbé, il devient extrêmement difficile de garder un emploi du temps fixe. On compose, on s’adapte, on pare au plus pressé. Le risque est alors de prendre simplement les choses comme elles viennent, ne plus avoir de cadre. Or, ce cadre est nécessaire aux personnes autistes : il est en partie contraignant, mais il est aussi et surtout rassurant. Il donne des repères, une routine, permet de savoir ce qui va se passer ensuite, et cela est d’une importance capitale lorsqu’il est impossible de s’appuyer sur les repères habituels.

Tout le défi consiste donc à établir dans l’urgence un nouvel emploi du temps, qui tienne compte à la fois des impératifs (horaires des cours en visio, notamment, mais aussi temps de récupération et besoins des autres membres de la famille) mais aussi des possibilités et envies de Martin, afin qu’il reste motivé et puisse s’instruire dans de bonnes conditions, en ayant des repères rassurants et un cadre qui le guide dans les étapes de la journée et de la semaine. C’est à ce défi que nous nous attelons depuis une semaine : redonner un cadre, établir un nouvel emploi du temps, à la fois suffisamment « rigide » pour être rassurant, et suffisamment souple pour être adapté et ne pas devenir source de stress supplémentaire.

Côté parent instructeur, le challenge est non seulement de savoir s’adapter, mais aussi et surtout de ne pas culpabiliser. Car il faut être lucide, c’est souvent le temps d’instruction qui est raboté. On ne peut exiger d’un enfant épuisé qu’il se mette au travail. Nous avons la chance avec Martin d’avoir un enfant curieux, qui aime lire, et beaucoup de choses sont acquises par des lectures au lieu d’être vues de façon plus « formelle ». Mais évidemment, cela ne laisse pas la « trace écrite » chère à l’inspection. Il faut à un certain moment se positionner : savoir si ce qui nous importe est le bien être de notre enfant, ou de plaire à l’institution. Pour ma part, je suis tout à fait convaincue qu’un enfant qui va mal ne pourra pas être dans de bonnes conditions pour apprendre. De même, je pense que le rythme d’acquisition compte moins que les bons réflexes, les bonnes habitudes, et la qualité de vie. Si Martin met 3 ans au lieu de 2 pour atteindre un niveau de fin de 4e, peu importe. Il avance, il progresse, et il conserve le plaisir de découvrir. Tout en apprenant à prendre soin de lui, à écouter ses besoins et à connaître ses limites, ce qui lui sera essentiel dans sa vie d’adulte.

J’espère vous avoir donné un éclairage utile sur la situation, et sur l’intérêt de conserver un cadre tout au long de l’année (j’ai parlé du confinement, mais cela vaut aussi par exemple pour les périodes de vacances qui peuvent être angoissantes pour les enfants autistes, qui perdent leurs repères et ne parviennent plus à trouver une routine dans les journées trop improvisées). Bon courage à vous tous dans ces jours difficiles, prenez soin de vous et vos familles.

Alors, vous êtes en vacances ?

Vivre l’instruction en famille, c’est souvent être décalé. Avoir d’autres habitudes, d’autres repères, mais surtout un autre rythme. Et cela est parfois déstabilisant pour notre entourage !

Dans notre famille, l’année d’instruction suit le rythme du travail de mon mari, formateur en CFA. Il a certes plus de vacances que dans une entreprise, mais moins que s’il était prof. Nous avons décidé, pour des raisons de praticité, de suivre son rythme. Nous avons donc 41 semaines dédiées à l’enseignement. Cela nous convient bien, car nos journées peuvent être moins chargées, et la pause estivale, que je trouve d’ordinaire vraiment trop longue, est ramenée à 1 mois et demi, ce qui est largement suffisant.

Nous commençons notre année début septembre ; nos premières vacances sont celles de Noël (15 jours). Nous avons ensuite une semaine fin février, une autre fin avril, et nous nous arrêtons autour du 14 juillet. Nous conservons les jours fériés et éventuels ponts, durant lesquels nous profitons de temps en famille, avec des amis…

On me pose souvent la question des vacances, temps de repos, cela a l’air de beaucoup intriguer les gens ! « Ils ont des vacances, quand même ? », « Vous travaillez même l’été ? », « Vous êtes toujours en vacances, alors? », « Ils se lèvent à quelle heure, en fait ? », « Vous travaillez tous les jours ? »… Les questions, réactions ou remarques sont très variées, parfois moqueuses, parfois inquiètes, et notre rythme de vie suscite de nombreuses interrogations.

Il est intéressant de constater à quel point le fait de ne pas suivre le rythme majoritaire semble étrange, voire suspect. On suppose quelquefois que nous vivons sans horaires, que les enfants sont incapables de se lever à une heure donnée, que nous faisons chaque jour la grasse matinée, ou que nous refusons toute contrainte d’emploi du temps…

C’est loin de la réalité ! Concernant l’instruction et notre rythme quotidien, s’il est vrai que nous avons aussi choisi l’ief pour laisser à nos enfants la possibilité de dormir selon leurs besoins, et de se lever de façon assez naturelle, nous conservons tout de même un rythme assez « classique ». Le matin, mon mari part au travail, et nous nous levons aux alentours de 8 heures. Nous prenons le petit déjeuner, et nous nous mettons ensuite au travail. Nous faisons une pause le midi pour le repas, puis un temps calme (lecture, dessin, puzzles, sieste si envie ou besoin). Nous reprenons ensuite l’instruction, sur un temps plus ou moins long, selon les besoins. Ça, c’est la base.

Dans les faits, cette année particulièrement, il y a des éléments à ajouter, incontournables, et aux horaires desquels nous devons nous adapter. Les activités sont nombreuses cette année, et malgré les restrictions liées au Covid-19, nous avons certains impératifs : les cours au conservatoire (2 instruments, 2 cours de formation musicale, la chorale, un atelier vocal et le Pass de découverte, le tout sur 4 jours, du mercredi au samedi), les activités sportives (le mercredi, mais horaires et lieux différents), ainsi que les engagements de mon mari à l’église. Il faut y ajouter les activités habituelles, bibliothèque, sorties au parc ou en forêt, courses variées, visites éventuelles chez le médecin/dentiste/ophtalmo, et les rdv ou réunions ponctuels…

Comme vous le voyez, outre que nous ne sommes pas des adeptes des journées pyjama à répétition, nous avons en fait un tas de choses à faire, et il nécessaire que nous soyons organisés pour que tout cela puisse avoir sa place sans que nous soyons pour autant obligés de passer notre temps à courir…

Notre rythme de vie est différent, certes. Je ne lève pas mes enfants le matin, sauf si nécessaire (cette année, je ne les réveille que le mercredi, pour le cours de sport). Les reste du temps, ils se lèvent lorsqu’ils ont assez dormi, en entendant les bruits de la maison qui se met en route… Je ne passe pas mon temps avec les yeux sur la pendule : nous avons le temps. En dehors du mercredi où nous avons plusieurs activités à caser, je peux me permettre de décaler le repas de 30 minutes, de commencer une activité avant de m’assurer que tout le monde est habillé-lavé-coiffé, de rester un peu plus longtemps dehors parce qu’il fait beau ou que nous observons quelque chose d’intéressant, de rester 2 heures à la bibliothèque à lire tout ce que mon fils souhaite me poser sur les genoux, ou de décider en concertation avec tout le monde que « ce matin, tant pis, on ne travaille pas, on va plutôt regarder ce livre/ce documentaire », ou chercher des réponses à telle question passionnante.

Donc, pour répondre à la question qu’on m’a le plus posée la semaine dernière : non, ce ne sont pas les vacances, on continue l’instruction, mais les semaines sont allégées car les activités sportives et musicales sont en pause pour deux semaines. Ce qui nous laisse encore plus de temps pour… tout le reste !

J’avoue qu’au départ, je n’étais pas toujours sereine face aux regard ou aux questions des gens qui me voyaient me promener avec mes enfants en pleine semaine, mais je me suis aguerrie, et honnêtement, il y a tant d’avantages à notre rythme quotidien que cela vaut bien quelques remarques et regards en coin… Oui, nos enfants savent ce qu’est un réveil, un emploi du temps, ou un impératif horaire. Oui, ils savent se presser quand il le faut, ils sont ponctuels, et conscients qu’il leur faudra le rester. Oui, ils se lèvent avec plaisir pour une activité qui les motive. Oui, ils ont des vacances, du temps (beaucoup) pour s’amuser et même s’ennuyer.

Je suis heureuse de ces années où je n’ai que très exceptionnellement eu besoin de réveiller un bébé endormi pour me rendre à un rendez-vous, de tirer mon enfant par le bras en lui disant qu’il fallait se dépêcher au lieu de regarder la fleur, ou le papillon, de quitter la maison avec des enfants encore ensommeillés, pour les déposer à toute vitesse chez la nounou ou à la garderie, de devoir les coucher à peine le repas avalé pour éviter qu’ils ne soient trop fatigués le lendemain quand le réveil sonnerait… Ce rythme qui est le nôtre nous est infiniment précieux, et il pose à mon sens des bases solides pour enseigner à nos enfants ce qui est le plus important dans la vie : profiter de chaque instant, être disponible pour vivre le présent. Préférer un travail qui nous laisse le temps d’être ensemble plutôt qu’un salaire plus élevé, mais avec des horaires qui ne permettent pas de conserver du temps en famille. Les années que nous passons avec nos enfants filent à toute allure, et je suis vraiment reconnaissante d’avoir la chance de pouvoir partager leur quotidien, assister à leurs premières fois, les connaître sur le bout des doigts, voir leur complicité grandir chaque jour aussi… Cette vie ensemble est un merveilleux cadeau, que j’espère voir préservé dans les années qui viennent.

#eniefmercinosenfantsvontbien

Témoignage #1 : Constance

J’inaugure aujourd’hui avec cet article une série de témoignages (que j’espère longue et riche !) venant de parents instructeurs. Le but est de montrer notre quotidien, nos points communs, mais aussi notre diversité et celle de nos enfants et de nos modes de fonctionnement. Bonne lecture, et n’hésitez pas à vous manifester via le blog ou la page Facebook si vous souhaitez vous aussi témoigner. 😉

Constance et son époux ont deux enfants, et ont fait très tôt le choix de l’instruction en famille. Vous n’êtes pas obligés de me croire sur parole, mais ce sont des amis chers, et je peux vous garantir que leur choix est vécu avec bonheur par toute la famille. Voici le témoignage de Constance.

Nos enfants G., 5 ans, et S., 2.5 ans, ne sont jamais allés à l’école. Je me permets ainsi de témoigner ici. J’ai découvert l’école à la maison grâce à une amie bien bien avant d’être Maman moi-même. Quand j’ai rencontré mon (futur) mari alors qu’il n’avait que 17 ans, je lui ai dit « tu sais je veux faire l’école à la maison pour nos enfants ». Lui m’a dit « euh tu te détends j’ai même pas le bac ».

Bref, de nombreuses années après nous avons attendu notre G. Nous l’avons accueilli dans la douceur, et avons écouté son rythme depuis ce jour. Il a été allaité longtemps, porté tant qu’il en a eu besoin…. Mon envie d’école à la maison existait toujours. Et ainsi nous ne l’avons simplement pas inscrit. J’avais pour différentes raisons arrêté de travailler à l’extérieur, j’étais avec lui. A l’âge où il aurait dû ou pu rentrer en PS, j’avais S. âgée de 5 petits mois. Elle avait besoin elle aussi qu’on respecte son rythme. Je ne me voyais pas la réveiller pour aller chercher son frère à l’école, elle qui a le sommeil léger et difficile…

Nos apprentissages se font tous les jours et en toutes situations. « G., va chercher les œufs au poulailler, combien on en a? Si on veut faire le gâteau qui demande 5 œufs on en a assez ou pas? Ah? Il nous en manque combien? »… et voilà il fait des soustractions… Alors évidemment c’est ce que nous nous vivons avec des enfants des âges des nôtres… âges où l’an dernier encore l’instruction n’était pas obligatoire…

Ce choix a été fait POUR, et non pas CONTRE. Pas contre le système, même si évidemment j’ai des griefs contre l’école, celle que moi j’ai fréquentée et dans laquelle je me sentais « inadaptée », celle dans laquelle je me suis beaucoup ennuyée… (et mon époux aussi!), celle qui n’a clairement pas assez de moyens. Mais vraiment c’est surtout pour. Pour être avec mes enfants et être celle qui est le témoin premier de leurs découvertes et apprentissages. Comme j’ai été émue aux larmes de voir mes enfants faire leurs premiers pas devant mes yeux, je m’émeus de mon fils qui écrit des premiers petits mots, (« papa fé Pipi é caca », on ne se refait pas, ief ou pas, le Pipi caca c’est non seulement facile à écrire mais vraiment tordant !).

Je veux continuer à être celle qui est le témoin de cela ! Depuis, mon mari est en congé parental à 80%, il est donc avec nous tous les mercredis… Il savoure notre rythme. Ce choix a été fait pour partir en vacances quand on le souhaite, pour les laisser dormir s’ils en ont besoin, pour apprendre avec les thèmes qui les font rêver… n’est-ce pas plus facile d’apprendre le son « p » avec le mot POMPIER quand on en est fana qu’avec le mot «papier» qui ne nous évoque rien? N’est-il pas plus facile d’additionner des armures de chevalier ou de compter des kilts (passions passions…!) que de compter des carottes ? Pour aussi développer la fraternité dans notre famille, pour que nos enfants puissent compter l’un sur l’autre. Bref POUR beaucoup de choses…

Pour ce qui est de l’insertion sociale de nos enfants, déjà je suis convaincue intimement qu’un enfant « sociable » le sera, école ou pas et inversement. Ainsi nos enfants ont la chance d’être sociables, parce que c’est leur nature, ils aiment tous deux les gens, parler à la boulangère et à notre primeur, parler aux gens dans la rue, aux mamans de bébés pour savoir comment ils s’appellent, etc… Mais pour ce qui est des activités sociabilisantes, pour notre cas:

  • activités « extra scolaires » classiques : escalade et piscine (après 2 ans de gym). S. débutera la piscine et la gym l’an prochain.
  • église et vie de paroisse
  • parcs de jeux
  • nous vivons dans une impasse donc nos enfants jouent avec les (petits-)enfants de nos voisins, qui sont scolarisés
  • ateliers de la médiathèque (ateliers, contes, contes signés, rencontres d’auteurs…)
  • plusieurs années d’atelier de langue des signes, comme langue déjà et comme groupe atelier ensuite
  • sorties nature tous les vendredis matins avec l’association nature Emoi
  • un vendredi/mois sortie nature avec d’autres enfants au parc de Miribel à l’Iloz avec animateurs nature
  • sorties et ateliers et visites diverses (chantier médiéval en construction, visite de grottes avec atelier « faire du feu comme à la préhistoire », ateliers de sciences à Ebullisciences, etc, etc…)
  • rencontres familiales et amicales, voyages à l’étranger… ce week-end (4 jours…), nous étions à Paris : G. a passé du temps avec son parrain et a visité la tour Eiffel car il est fan de monuments…

Évidemment ce serait mentir de dire que cette année après le Covid nous avons eu autant d‘interactions sociales que les années précédentes mais forcément quel enfant scolarisé pourrait en dire autrement…?

Ce choix est ici réévalué régulièrement, car nous nous donnons la possibilité de scolariser nos enfants si cela devenait leur souhait ou si ça devenait le mien, mais en l’état ça n’est l’envie de personne dans la famille. Ce choix a des conséquences lourdes sur notre famille. Ainsi je n’ai pas repris d’activité salariée (j’étais DRH avec un master 2 en droit du travail et une jolie carrière devant moi), mon époux est le seul à travailler à l’extérieur. Cela correspond à un certain nombre de sacrifices financiers. Mais c’est le choix que nous avons fait, en accord avec la loi, le droit. Et nous allons tenter de faire entendre notre voix, parce que nous ne souhaitons pas que ce droit à la liberté nous soit supprimé…

IEF interdite ?

Le jour de l’allocution du Président, j’avais un article en cours d’écriture sur l’enseignement des langues en ief. Cet article sera bientôt achevé, mais je voulais prendre un moment pour m’exprimer sur le projet de loi visant entre autres à interdire l’instruction en famille en France.

J’ai reçu cette annonce en décalé : ce matin-là, j’étais occupée à faire de la musique avec mes enfants. Nos trois grands font partie de la chorale du conservatoire, et ils vont chanter lors de la cérémonie du 11 novembre. Ils étaient tous les trois en train de déchiffrer la partition de la Marseillaise et la jouaient tour à tour sur notre Clavinova (merci encore Tiphaine !), sur leur carillon et à la flûte à bec. Martin a même cherché pour l’occasion comment jouer le Si bémol sur sa flûte traversière.

Et voilà que quelques heures plus tard, j’apprends avec stupéfaction que l’on propose d’interdire à mes enfants d’être instruits en famille, au nom de la République. Parce que notre mode d’instruction conduirait à l’obscurantisme, à la radicalisation, au sectarisme, au rejet des valeurs qui permettent de vivre ensemble, de « faire société », comme on dit.

Disons-le clairement : mes enfants ne sont pas coupés du monde. Ils voient des gens, de tous âges, de toutes origines, de toutes cultures. Ils fréquentent des enfants, des adolescents, des adultes, des personnes âgées. Des gens de toutes les couleurs et de toutes confessions. Ils vont à la bibliothèque chaque semaine, au conservatoire, au club de sport municipal.

Comme la loi le prévoit (déjà), nous recevons tous les deux ans une visite de la mairie destinée à vérifier que nos enfants vivent et apprennent dans des conditions décentes, et qu’ils ne sont pas en danger. Nous sommes inspectés tous les ans (ce qui est bien plus fréquent que pour n’importe quel professeur), et un rapport est rédigé. Si ce rapport est bon, nous pouvons continuer notre ief. Si le rapport est mauvais, il y aura un second contrôle. Et si celui-ci montre un défaut d’instruction ou des lacunes graves, nous recevrons une injonction de rescolarisation. Tout ceci, je le répète, est déjà prévu par la loi. Et c’est très bien comme ça. Il faut des contrôles, il faut s’assurer que les enfants vont bien, reçoivent l’éducation et l’instruction à laquelle ils ont droit.

Alors quand j’entends qu’il faut interdire l’ief, rendre l’école obligatoire pour tous dès 3 ans, je m’interroge.

En quoi cette mesure est-elle utile ? Qu’est-ce que cette loi permettra qui ne soit pas déjà possible ?

Il est question de lutter contre la radicalisation religieuse. Très bien ! Je suis pour ! Absolument pour ! Mais je ne vois pas le lien avec l’ief, honnêtement… D’où viennent les terroristes (puisque c’est bien de ça qu’il est question dans cette loi) ? Aucun n’est passé par l’ief. La plupart sont radicalisés au sein de leur mosquée ou en prison. Je ne sais pas quelles solutions peuvent être apportées, je ne suis ni sociologue, ni politicienne, mais je ne comprends pas comment l’interdiction de l’ief pourrait aider. Certaines écoles hors contrat proposent des enseignements que l’Etat trouve dangereux ? Qu’ils encadrent cela et qu’ils ferment les écoles en dérive. Si des enfants reçoivent dans leur foyer des enseignements en conflit avec les valeurs républicaines ou sont endoctrinés, qu’on les rescolarise. Mais pourquoi punir les familles qui obéissent déjà à la loi ?

Comment expliquer à mes enfants qu’ils n’ont rien fait de mal, mais que désormais nous devons payer pour les agissements d’autres qui n’ont même pas l’ief en commun avec nous ?

Je vais me permettre une comparaison. Vous savez à quel point la sécurité routière est importante pour les gouvernements successifs. C’est en effet un problème capital. Alors que certaines personnes (la majorité) sont des conducteurs responsables et respectueux du code le la route, d’autres sont des chauffards, des dangers publics. Ils se mettent en danger et mettent en danger les autres. Ils causent des accidents qui blessent ou tuent chaque jour de nombreuses personnes. Certains conducteurs utilisent même un véhicule alors qu’ils n’ont pas le permis ! Devant cette situation intolérable, le Président devrait à mon sens interdire purement et simplement à toute la population de se mettre au volant. Après tout, il existe des transports publics, tout le monde peut prendre le bus et le métro, ce sera la garantie de la fin des ennuis !

Vous voyez la logique ? Parce que certains conduisent ivres, trop vite ou sans attacher leurs enfants, devons-nous interdire à tout le monde de posséder un véhicule et de s’en servir ?

De la même façon, parce que certains parents (extrêmement minoritaires) endoctrinent leurs enfants, ne les instruisent pas, ou ne les déclarent pas en ief pour passer sous les radars, devons-nous interdire à tous les parents la liberté du choix d’instruction ?

Car ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas d’ôter un droit aux parents qui pratiquent l’ief, mais d’interdire à TOUT parent le libre choix du mode d’instruction de son enfant, qui est jusqu’ici prévu par la loi. De la même façon que vous seriez outrés qu’on vous impose l’ief (il n’y a qu’à voir les réactions devant le système d’école à la maison durant cette crise du covid), vous devriez être outrés qu’on impose la scolarisation en établissement.

On me répondra sans doute que l’ief restera possible pour certains enfants, notamment les enfants handicapés. C’est vraiment méconnaître l’ief. Le principe est dans le titre : instruction en famille. Si nous faisons ce choix, en ce qui nous concerne, c’est pour tous ou aucun. Ici, l’ief n’a pas été imposée par un handicap, mais elle est le fruit d’une réflexion sur un rythme de vie, des valeurs et une volonté d’offrir à nos enfants une éducation cohérente, dont l’instruction fait partie. J’ajoute aussi que toute une partie des enfants en souffrance à l’école ne seront probablement pas autorisés à pratiquer l’ief. Aujourd’hui déjà, la phobie scolaire (qui conduit à des troubles graves, jusqu’à la dépression, voire le suicide) n’est pas reconnue comme suffisant à justifier une scolarisation à distance, par exemple…

Il y aurait encore beaucoup à dire, et de nombreuses questions restent en suspens (notamment sur les moyens qu’il faudra mettre en œuvre pour permettre la réalisation de ce projet de loi : combien de classes seront ouvertes, combien d’enseignants recrutés, combien d’aesh recrutés et formés au handicap ?). En attendant d’en savoir plus, j’invite tous ceux qui le peuvent à :

  • rejoindre une association : ce seront elles qui seront entendues au niveau national, reçues au Ministère…
  • bien lire avant de signer une pétition : certaines sont clairement hostiles à l’école et utilisent un ton agressif qui ne servira pas notre cause.
  • écrire à votre député ou à votre sénateur pour leur exprimer votre point de vue sur cette proposition de loi : vous pouvez aussi demander à les rencontrer, c’est parfois efficace pour les sensibiliser à des problématiques qu’ils connaissent mal.
  • ne pas croire que la question ne concerne QUE les parents instructeurs : comme je le disait, il s’agit d’ôter à tous une liberté de choix protégée par la Constitution.

Merci de m’avoir lue. N’hésitez pas à relayer cet article ou d’autres si vous pensez que cela peut être utile ! 😉

Admin #4 : la visite de la mairie

Quand on souhaite se lancer dans l’ief, il est indispensable à mon sens de prendre connaissance des lois relatives à l’instruction en famille. Si vous connaissez vos droits et vos devoirs, vous pourrez agir en conformité avec la loi, et attendre la réciproque de la part de vos différents interlocuteurs.

Pour plus d’infos sur la législation, vos droits, vos devoirs, rendez-vous sur l’article « Admin #0 » , où vous trouverez les liens vers tous les articles de cette série. 😉

Toute famille qui pratique l’ief doit informer la mairie de son lieu de résidence principale de ce choix, soit pour la date de la rentrée de septembre, soit dans les 8 jours suivant la déscolarisation (voir ici). Cette déclaration est à renouveler chaque année.

Dès la première année où l’enfant n’est pas ou plus scolarisé en présentiel, puis tous les deux ans, la mairie effectue une enquête auprès des familles ayant un ou plusieurs enfants en ief ou scolarisé(s) à distance.

Cette enquête de mairie n’est pas une enquête sociale : elle n’a pas pour but d’évaluer votre relation avec vos enfants, votre cadre ou votre style de vie, vos choix éducatifs et encore moins vos choix pédagogiques.

Elle peut se dérouler, selon votre choix, à votre domicile ou dans les locaux de la mairie. Elle est généralement effectuée par le maire ou un de ses adjoints, mais peut aussi être menée par une assistante sociale, voire la police municipale. Pas de panique, c’est légal, et cela ne signifie pas que le rendez-vous se passera forcément mal. Dans la grande majorité des cas, cette visite est une pure formalité, et se passe très bien.

Cependant, il est bon de connaître le cadre légal qui entoure cette enquête, ne serait-ce que parce que la personne qui l’effectuera ne sera peut-être pas au courant elle-même de ce que cette visite suppose. Pour éviter tout souci, je vous invite à télécharger le flyer rédigé par l’association UNIE (clic), que vous pouvez joindre à votre déclaration et qui informera votre mairie de façon efficace sur son rôle lors de cette enquête.

A quoi sert l’enquête de la mairie ?

Le but de l’enquête de mairie est double :

  • recueillir les motifs du choix de votre mode d’instruction
  • s’assurer que le mode de vie permet de mettre en oeuvre l’instruction et, le cas échéant, de prendre en compte les besoins particuliers de l’enfant (problème de santé, handicap…)

Je précise que vous n’avez pas à broder ou cacher quoi que ce soit concernant vos motivations : il ne s’agit pas d’obtenir une autorisation, mais simplement d’exposer vos raisons de pratiquer l’ief. Vous pouvez parler du respect du rythme de vie de votre enfant, de l’éloignement de l’établissement scolaire, de votre volonté de voyager autant que possible, d’un choix pédagogique particulier, de l’adaptation au handicap de votre enfant, d’une réponse à une souffrance à l’école (harcèlement, phobie scolaire)… Toute raison est respectable, et il n’y aura pas de jugement porté sur le motif invoqué (sauf si celui-ci est vraiment tordu, mais c’est une autre histoire…).

Point positif : cette enquête peut être une chance de nouer des relations avec le personnel de mairie, mais aussi de mieux connaître les possibilités qui s’offrent à vous. Lorsque nous sommes arrivés en Seine-et-Marne, nous n’avions aucune idée de ce qui nous attendait ou de ce que nous avions à disposition. La rencontre avec l’adjointe au maire a été une bonne occasion d’en savoir plus sur la ville et ses alentours, de nous informer sur les associations et services proposés… J’ajoute que c’est aussi parfois un moyen de « rassurer » votre interlocuteur : en effet, dans de nombreuses villes, vous serez la seule famille en ief, vous représentez l’inconnu, un choix marginal… Cela peut déstabiliser. Le fait de vous rencontrer, de discuter avec vous, de voir que vous êtes ouverts, que vous vivez « normalement » permettra de faire progresser l’idée que l’ief n’est pas une idée farfelue de gens bizarres. 😉

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Concrètement, qu’est-ce qu’on peut me demander ?

  • l’état civil de l’enfant (nom, prénoms, date de naissance)
  • l’adresse de résidence
  • l’adresse du lieu d’instruction, s’il est différent
  • le nom des représentants légaux
  • le mode d’instruction : ief ou cours par correspondance
  • les motifs de votre choix
  • comment les journées sont organisées (dans le seul but de s’assurer que l’instruction est bien présente)
  • les activités de votre enfant (inscription au club de sport ou activité culturelle, fréquentation de la bibliothèque ou de la ludothèque…)
  • si un aménagement du contrôle pédagogique est nécessaire en raison de l’état de santé ou du handicap de votre enfant (attention : vous n’avez pas à donner de précisions sur cet état de santé ou ce handicap, simplement à exposer les aménagements souhaités)

Si vous avez un lieu dédié à l’instruction, il vous sera en général demandé de le visiter.

 

Ce qu’on ne peut pas vous demander :

  • de visiter votre domicile (sauf la salle dédiée à l’instruction, s’il y en a une)
  • le niveau d’études des parents
  • la profession des parents (dans les faits, cette question est systématiquement posée – personnellement, cela ne me gêne pas, mais sachez que vous n’êtes pas tenu de répondre)
  • quels sont les revenus de la famille, salaires, etc.
  • quelles sont vos relations avec la famille
  • quelle est votre religion (attention aux questions détournées, sur la façon de fêter Noël, par exemple)
  • ce que vous faites de vos vacances ou temps libre
  • quand vous comptez remettre votre enfant à l’école
  • ce qui concerne vos autres enfants, s’ils ne sont pas en ief

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Les documents qu’on ne peut pas vous demander de produire :

  • vos bulletins de salaire
  • vos fiches d’imposition
  • vos relevés bancaires
  • le carnet de santé de l’enfant (qui est strictement personnel)
  • les documents médicaux attestant d’un problème de santé ou d’un handicap (qui relèvent du secret médical)
  • les cahiers ou travaux de votre enfant (cela relève de l’inspection pédagogique)

 

Que faire en cas de visite inopinée ?

La plupart du temps, par correction et pour éviter de trouver porte close, la mairie va vous contacter afin de prendre rendez-vous avec vous, soit à votre domicile, soit dans ses locaux. Il n’y a pas de délai légal entre la prise de rendez-vous et ledit rendez-vous (à la différence de l’inspection pédagogique). Toutefois, il arrive que la personne mandatée pour l’enquête se présente chez vous à l’improviste. Dans ce cas, deux possibilités :

  • vous êtes disponible, votre intérieur est propre et rangé (je vous félicite), et vous acceptez de recevoir la personne.
  • vous n’êtes pas disponible, ou ne souhaitez pas (pour quelque raison que ce soit) que la visite s’effectue à ce moment-là : dans ce cas, il est tout à fait dans votre droit de refuser de laisser entrer la personne. Votre domicile est un lieu privé, où l’on ne peut exiger d’être reçu. Prenez simplement rendez-vous avec la personne à une date qui vous conviendra. Si vous craignez que votre refus soit mal perçu, prétextez que vous devez sortir, excusez-vous platement, et souvenez-vous que la loi est de votre côté. 😉

 

Mes conseils :

Je sais que c’est facile à dire, mais vraiment il n’y a aucune raison de s’inquiéter a priori de cette visite. Essayez de vous montrer détendu(e), ouvert(e), cordial(e). La personne en face de vous n’est pas votre ennemie, voyez en elle une personne désireuse de s’assurer que tout est mis en oeuvre pour le bien de votre enfant. N’hésitez pas à poser des questions, spécialement si vous êtes nouveaux dans la commune ou la région.

Comme je le disais plus haut, l’ief est une pratique mal connue, et il y a de fortes chances que vous soyez la première famille instructrice que rencontre la personne qui assure l’enquête de mairie. Il est primordial de ne pas être sur la défensive, de ne pas considérer que votre interlocuteur est un censeur intrusif : voyez-le autant que possible comme un allié, une personne capable de comprendre votre choix et de le respecter, et à même de vous délivrer des informations pertinentes et intéressantes.

Evidemment, certaines visites se passent mal, certaines personnes outrepassent leurs droits, voire se montrent totalement irrespectueuses, suspicieuses ou hostiles. Dans ce cas, je vous invite à vous rapprocher d’une association qui pourra vous conseiller et vous soutenir. Des recours existent, et vos droits doivent être respectés. Mais je pense également qu’il est de notre devoir, en tant que parents instructeurs, d’être une « vitrine » pour l’ief, de montrer une image positive de notre pratique, et de démontrer que nous ne souhaitons pas nous marginaliser ou nous opposer systématiquement aux institutions.

 

Pour toutes les informations complémentaires, les textes de lois, et les détails du déroulement de cette enquête, je vous renvoie au site de l’association UNIE : clic.