« LA » grande question

Ceux et celles qui pratiquent l’ief savent déjà sans doute quel sujet je vais aborder, et celles et ceux qui se posent sérieusement la question de sauter le pas sont certainement très préoccupés par cet aspect des choses, car c’est en général le premier « contre-argument » qui nous est opposé lorsqu’on parle d’école à la maison à des personnes qui n’ont pas fait ce choix, famille, amis, connaissances, boulanger, cousin du frère de la tante du charcutier…

Voici donc la fameuse question vedette qui plane sur l’ief et couvre de son ombre les discussions avec les non-iefeurs : quid de la socialisation ?

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J’avoue que c’est une question que nous nous sommes nous-mêmes posée, car notre décision au moment d’inscrire Martin à la maternelle était avant tout due au fait que nous ne sentions pas notre aîné « prêt » à s’intégrer dans un groupe. C’était un enfant assez solitaire, réservé, facilement déstabilisé par les changements (à l’époque nous n’avions aucune idée du fait qu’il était autiste, mais nous avions conscience de ces ressentis chez lui). Nous nous sommes évidemment demandé si, à terme, le fait de ne pas aller à l’école n’allait pas accentuer ces aspects de sa personnalité.

Pour tout dire, une fois que l’aventure est lancée, cette question (voire cette inquiétude) tombe vite. On constate rapidement que notre enfant n’est pas asocial, ni particulièrement en retrait, « sauvage », incapable de s’intégrer. Même pour notre jeune Asperger (dont l’aisance en société n’est pas la caractéristique principale, disons), aucune angoisse : il était bien, comme sa sœur, un peu timide, mais c’est une question de personnalité (petite remarque en passant : j’ai été scolarisée à 3 ans, et j’ai traîné durant toute mon enfance une timidité maladive). Dès qu’ils avaient quelques repères, ils étaient tout à fait à l’aise.

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La socialisation ne s’acquiert pas en côtoyant 4 ou 5 jours par semaine, durant 6 ou 8 heures, des enfants du même âge. Honnêtement, quand, dans votre vie d’adulte, avez-vous eu à vivre toute une journée avec 25 personnes nées la même année que vous, assis dans une même salle pour effectuer la même activité ?

La socialisation, c’est tout un ensemble de choses, mais certainement pas ça.

C’est connaître les règles nécessaires à la vie en société : la politesse, la courtoisie, le fait d’attendre son tour, de pouvoir s’adresser à quelqu’un de façon appropriée. Tout cela s’acquiert chaque jour, au sein de la famille, avec les frères et sœurs, au parc, à la bibliothèque, au supermarché, à la piscine…

Cela se travaille aussi tout naturellement lors d’activité de groupe : une sortie nature avec un guide, une conférence, un atelier découverte… De plus, les activités « extra-scolaires » sont aussi un lieu où les enfants rencontrent d’autres enfants, d’autres adultes, et interagissent avec eux.

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Alors oui, il convient parfois de se poser cette question, spécialement je dirais si l’on considère le cas d’un enfant unique, et/ou vivant dans un endroit assez isolé, où l’on a peu d’occasions de rencontres et de discussions.

Mais honnêtement, à moins que votre enfant ne vive reclus dans une cave (ou un grenier, le résultat est le même), l’argument de la socialisation ne me semble pas pertinent pour critiquer un choix d’instruction en famille. Il suffit en général de regarder évoluer ces enfants ou adolescents en société : ils sont pour la plupart très à l’aise, et absolument pas angoissés par le fait de se trouver en groupe. Un petit plus à noter : ils sont souvent plus à même de discuter avec des personnes différentes d’eux, que ce soit en termes d’âge, d’origines, de centres d’intérêts. Ce n’est pas une règle absolue (loin de là), mais il faut avouer que le fait même d’avoir reçu un mode d’instruction « atypique », d’avoir parfois été en butte soi-même aux préjugés de par ce choix de vie, amène une ouverture d’esprit et une bienveillance qui ne sont pas toujours de mise parmi les personnes qui ont toujours vécu selon un mode « traditionnel », davantage « main-stream », pourrait-on dire.

Ceci dit, si cela vous préoccupe, il existe beaucoup de moyens pour vous assurer que vos enfants ne seront pas isolés : les relais parents-enfants, les centres aérés, les cours d’éveil à… ce que vous voudrez (musique, cuisine, escalade, découverte de la nature…), les ateliers de lecture dans les bibliothèques, les sorties proposées par les associations et qui se font souvent en groupe (réserves naturelles, archéologie, musées…). De nombreux cours et stages sont accessibles et en général se font en groupe (musique, sport, etc). Enfin, l’arme ultime : les sports collectifs, pour ceux qui les apprécient.

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Concrètement, chez nous, ça donne quoi ?

Avec 4 enfants, vous vous doutez qu’aucun de nous ne se sent isolé… Les enfants ont développé des liens très forts entre eux : ils passent une grande partie de leurs journées ensemble, ils jouent ensemble, les plus grands lisent des histoires aux petits, jouent avec eux, leur apprennent un tas de choses. Ils s’apprécient et ont une grande complicité.

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Chacun d’eux s’est ouvert au monde à sa façon, à son rythme. L’un avec facilité et naturel, l’autre après un temps d’observation et avec davantage de prudence… Ils grandissent, ils avancent avec leurs envies et leur personnalité. Ils sont à l’aise dans un groupe, aiment rencontrer de nouvelles personnes. Les activités communes à l’église (groupes d’enfants, spectacles, repas) et au conservatoire (cours collectifs, chorale, danse) sont un plaisir pour eux.

Quant à Martin, il apprend lui aussi, il fait partie d’un groupe de jeunes à l’église (et a participé pour Noël au montage d’un spectacle de mime en groupe) et suit sans souci le cours collectif de formation musicale. Il a aussi manifesté son intention de rejoindre l’an prochain la chorale du conservatoire). Si la question de la socialisation d’un enfant Asperger en ief vous intéresse, je vous invite à lire mon article sur le sujet (clic).

Bref, pour conclure, et comme je l’ai lu sur plusieurs sites/blogs : la socialisation n’est en fait une inquiétude que pour ceux qui ne sont pas en ief. Une fois que la vie sans école a commencé, on se rend compte à quel point il est hypocrite et infondé de faire reposer la socialisation d’un individu, quel que soit son âge, sur la fréquentation d’un établissement scolaire.

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Je vous laisse quelques liens vers des sites d’assos ief et des blogs qui abordent cette question :

 

Bonne lecture ! 😉

3 réflexions sur “« LA » grande question

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